Angélique Cauchy, ancienne étoile montante du tennis français, a vécu une enfance marquée par le sport, mais aussi par les abus. Son histoire poignante est celle d'une résilience face à l'emprise et d'un engagement profond pour la protection de l'enfance dans le milieu sportif.
Une Passion Précoce pour le Tennis
Angélique Cauchy a commencé le tennis dès l'âge de 6 ans. Très tôt, elle démontre des prédispositions pour ce sport. Son talent est rapidement remarqué, et sa progression fulgurante. À 11 ans, Angélique rejoint le club de Sarcelles, le meilleur du département, et devient numéro 2 française chez les juniors.
C'est là qu'elle rencontre son entraîneur, Andrew Geddes, qui deviendra son agresseur. Il repère son talent sur les courts, mais aussi sa sensibilité et ses fragilités.
L'Emprise et les Abus
Alors qu'elle n'avait que 12 ans, Angélique Cauchy est tombée sous l'emprise de son entraîneur de tennis. L'enfer qu'elle a vécu, les viols, les agressions, les humiliations, son entrée en résistance à 13 ans pour se sortir des griffes de son prédateur, elle s'en rappelle parfaitement. ''J'ai été violée près de 400 fois par mon entraîneur de tennis, pendant deux ans.''
Angélique décrit un processus insidieux, où l'entraîneur gagne sa confiance en flattant son potentiel et en comblant un manque de reconnaissance familiale. Il l'isole progressivement de ses proches, la culpabilise et finit par abuser de son emprise.
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Outre ces menaces, Andrew Geddes utilise aussi des stages de tennis, et donc l'éloignement de ses victimes, pour y perpétrer des violences. A l'été 2000, un nouveau cap dans l'horreur est franchi. L'entraîneur propose aux parents d'Angélique de l'emmener gratuitement en stage à La Baule (Loire-Atlantique). ''Ça a été terrible d'être loin de ma famille pendant quinze jours. ''Le premier soir, il m'a dit de venir dans sa chambre, affirme-t-elle. Comme j'ai refusé, il est venu dans la mienne et cela a été pire. Je me suis sentie prisonnière car après les faits, j'ai dû rester à l'endroit où ça s'était passé. Du coup, les autres soirs j'y suis allée de moi-même, ce qui est terrible. J'ai passé les 15 pires jours de ma vie.'' Il reproduira ce même schéma lors d'autres stages à La Baule, notamment avec Margaux, la dernière de ses victimes, qu'il viole pour la première fois à 17 ans en 2013. Fort de son impunité, l'homme poursuit Angélique partout. Il ne lui laisse aucun répit. Trois jours après la fin du stage à La Baule, alors qu'Angélique est en vacances en Espagne avec sa famille, il la rejoint avec sa compagne. Alors qu'Angélique vient d'avoir ses premières règles, sa mère en informe l'entraîneur. ''Quelques heures plus tard, il m'a dit : 'Dis donc, t'es grande maintenant, on va pouvoir faire plus de choses, mais il va falloir que je fasse gaffe'. Sur le court aussi, l'entraîneur exerce son double jeu. Il alterne moments d'encouragement et d'humiliation publique. ''Quand je jouais mal, il me mettait sous terre. En tournoi, il lui arrivait de me laisser seule sur le parking à l'autre bout de l'Ile-de-France ou de la France. Il boit et s'énerve aussi régulièrement lors des matchs, dit-elle. ''Il me demandait de tricher pour gagner, ce qui était contre mes valeurs et celles de mon père. J'avais tellement peur de lui que je finissais parfois par le faire. ''Il se prenait pour Dieu et avait une omnipotence sur les enfants et les adultes. Pire, si aucune sanction n'a été prise, selon Angélique, aucun signalement n'aurait été formulé au sein du club.
Totalement sous le joug de son bourreau, Angélique se décrit alors comme le ''clone'' de son entraîneur, dont elle suit inconsciemment le modèle : ''Je suis devenue triste sur le terrain. Pourtant, là encore, personne ne réagit. ''Il y avait une espèce d'omerta où tout le monde savait que ce qu'il se passait était louche. Comme les gens n'étaient pas sûrs, ils se disaient que ce n'était pas à eux de gérer, mais aux parents. Avec Angélique, elles sont trois autres femmes, Astrid, Margaux et Mathilde, à déposer plainte contre ce même entraîneur.
Rompre le Silence et la Reconstruction
Quinze ans plus tard, un appel de deux anciennes coéquipières lui apprend qu'elle n'est pas la seule victime. Pour elles, pour toutes les autres, elle décide de rompre le silence. Angélique ne veut ''plus être la victime'' mais plutôt ''tirer quelque chose de positif'' de son passé.
Un an après le début des violences, Angélique essaie de prendre ses distances avec son entraîneur. Pour tenter de desserrer l'étau, elle participe à davantage de tournois proches de chez elle afin de s'éloigner et de ne plus avoir à dormir chez lui. Mais le véritable déclic a été son changement de téléphone pour son quatorzième anniversaire. ''Ma mère m'a offert un Nokia 3310 bleu ciel et je me suis toujours promis de ne jamais répondre à son numéro : 06 '', récite sans la moindre hésitation Angélique, HPI (haut potentiel intellectuel) et hypermnésique, un don naturel mais aussi une malédiction dans son cas. ''Encore aujourd'hui, il m'arrive de donner machinalement son numéro au lieu du mien. C'est un numéro que j'emmènerai avec moi dans la tombe. Elle ne lui répondra plus. A la rentrée 2001, elle s'arme de courage et réussit à vaincre la peur qui la tétanise : elle demande à changer d'entraîneur, avant de changer de club l'année suivante. ''Personne n'a vraiment posé de questions, se remémore-t-elle. On disait que je n'étais plus sa préférée. Si Angélique a mis deux ans à se détacher de cette emprise, elle avait conscience, dès le départ, que ce qu'il se passait n'était pas normal. Pourtant, la petite fille d'alors 12 ans se mure dans le silence. ''Il disait que si je parlais, je ne pourrais plus m'entraîner avec lui et que je deviendrais nulle'', commence-t-elle. Seule dans ce combat, elle mettra finalement deux ans, après les premières violences, à se sortir de l'engrenage. ''J'étais complètement sous emprise, il m'aurait demandé n'importe quoi, je l'aurais fait'', souffle-t-elle. Elle n'en parlera en effet que des années plus tard lorsqu'un jour, l'une des victimes, Astrid, l'appelle et lui annonce qu'elle va porter plainte. La prescription des faits concernant cette dernière tombait quatre jours après. ''Elle m'a dit, se souvient Angélique, 'ça fait longtemps que je ne suis pas bien, et si je ne le fais pas maintenant, je m'en voudrai. Il faudra trois mois à Angélique pour porter plainte à son tour, en mars 2014, à quelques jours de son 27e anniversaire, date à laquelle elle lâche la raquette en tant que joueuse. Après quelques années dans l'encadrement de jeunes, elle arrêtera définitivement le tennis en 2017. Au total, elles sont quatre - Angélique, Astrid, Margaux et Mathilde - à déposer plainte contre ce même entraîneur. Angélique Cauchy a été la plus jeune de ses victimes au moment des faits. Commence alors une procédure longue et complexe. Un ''cataclysme nécessaire'' pour digérer l'horreur. A la brigade des mineurs, Angélique, qui n'avait encore jamais parlé, déballe tout. ''J'ai parlé pendant sept heures sans m'arrêter. Lors du procès, la capitaine de police en charge de l'enquête a dit : 'Pour Angélique, ça a été une diarrhée verbale'. Plus de vingt ans après les faits, Angélique Cauchy, 36 ans, a accepté, de raconter pour la première fois son histoire. Mais le plus dur a été d'en parler à ses proches, qui n'ont pas eu la réaction qu'elle attendait. ''La première réaction de ma mère a été de me dire : 'J'espère qu‘il n'a pas touché ta sœur'. Moi aussi je l'espérais, mais j'espérais aussi qu'elle pense à moi'', explique-t-elle, la voix nouée. Elle affirme que ce manque d'empathie, voire d'affection de sa mère, a fini par rompre leurs liens, deux ans plus tard.Elle coupe aussi les ponts avec son père et sa sœur. Selon elle, quand elle leur a raconté ce qu’il s’était passé, ils ne l’auraient pas soutenue et lui auraient fait porter le mal-être de sa famille… ''Ça a été très dur'', confie Angélique, qui aujourd'hui ''n'attend rien d'eux''. Mettre des mots sur ses traumatismes a été une nouvelle étape pour elle, qui enchaîne alors dérèglements du cycle menstruel, crises de boulimie et d'anorexie pendant plusieurs années. Le procès se tient en 2020. Si les quatre victimes se connaissaient, elles découvrent à l'audience les détails des histoires et des violences subies par chacune d'entre elles. "Quand Margaux a dit à la barre : 'A la fin, je préférais qu'il me sodomise parce que j'avais trop mal à force, et je ne pouvais plus mettre de jeans', j'ai vrillé. Je me suis écroulée dans la salle des pas perdus, j'ai lâché un cri et je pense que ce jour-là, la petite fille de 12 ans est morte'', poursuit-elle. Une nouvelle blessure à surmonter, mais une étape essentielle dans sa reconstruction.
En 2021, son agresseur a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle par le tribunal de Nanterre.
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"Si un jour quelqu'un te fait du mal" : Un Témoignage Puissant
Aujourd'hui, à 37 ans, Angélique Cauchy, qui vit à Boucau, au Pays basque, a trouvé le courage de raconter son parcours dans un livre, Si un jour quelqu'un te fait du mal, qui paraît ce mercredi en librairie. "C'est l'histoire d'un sportif de haut niveau sur trois".
Dans son livre, Angélique Cauchy raconte tout ce qu'on voyait, ou ce qu'on ne voulait pas voir…Tout d'un coup, elle est devenue une jeune fille très violente sur le terrain de tennis alors qu'elle ne l'était pas. Elle criait tout le temps, elle insultait, elle jetait sa raquette, elle pleurait à tous les matches. Ce changement de comportement aurait dû alerter. Elle trichait parce qu'il lui demandait de tricher et tout le monde savait que dans le Val-d'Oise, et ailleurs, les joueurs qu'il entraînait, trichaient. Alors que la mission d'un entraîneur, c'est d'éduquer. Et éduquer, ça veut dire porter des valeurs. Et déjà dans ça, il y avait un souci. Elle était une petite fille qui travaillait très bien à l'école. Puis après, elle a encore mieux travaillé parce que dans les signaux faibles, soit il y a un surinvestissement, soit un décrochage. C'était dans ce mécanisme où il fallait qu'elle soit excellente pour ne pas que ça se remarque. Parce que lui lui disait que si elle n'était pas excellente à l'école, elle n'allait plus pouvoir s'entraîner. C'était un cercle vicieux. Et puis, il y a eu la deuxième période où au contraire elle était très absente. Ses notes baissaient, elle s'en fichait complètement. Elle était devenue un peu insolente. Et ça, ça aurait dû alerter aussi. Le changement, ça peut être un changement alimentaire brutal, quelqu'un qui va devenir boulimique ou anorexique. Elle avait beaucoup de TOC, elle comptait tout, elle était psychorigide, avec ce besoin de contrôle absolu sur ce qui pouvait l'être, parce qu'en fait, elle ne contrôlait plus rien dans sa vie. Et après, il y a toutes les violences envers les autres, envers soi-même. Chez certains, ça peut être des automutilations. Ce sont aussi les cauchemars, les insomnies et j'en avais beaucoup, beaucoup. Ça entraîne une fatigue excessive chez un jeune, qui se remarque à l'école ou dans le sport pour qui s'endort en cours, ou qui paraît très fatigué quand il s'entraîne et qui du coup se blesse de plus en plus souvent. On peut remarquer aussi quelqu'un qui, tout d'un coup, va changer sa façon de s'habiller radicalement, qui va se "surhabiller" même quand il fait chaud pour ne pas montrer des parties de son corps, ou qui, au contraire, va complètement se dénuder. Et enfin, il y a toutes les addictions, à l'alcool, au tabac, à la drogue, au sexe et aux jeux… On en revient à ces signaux que finalement le monde extérieur aurait pu constater…Oui, ce n'est pas normal qu'on laisse un adulte humilier des jeunes en les insultant, les discriminant, avec des enfants qui, entre huit et quatorze ans, pleuraient à chaque entraînement. Un garçon est venu témoigner au procès pour raconter qu'il marchait sur des clous pour se blesser et ne pas venir à l'entraînement. Ça paraît fou qu'on ait laissé les enfants dans une détresse à ce point-là.
Elle explique les mécanismes complexes qui l'ont poussée à garder le silence durant toutes ces années. Et se souvient d'une phrase que disait toujours son père, policier : "Si un jour quelqu'un te fait du mal - ou vous fait du mal à ma sœur et à moi - je n'attendrais pas que justice soit faite. Je lui mettrai une balle entre les deux yeux, quitte à prendre 20 ans de taule."
Une phrase qui a eu un effet dévastateur sur la jeune fille de l'époque. "J'avais tendance à croire ce qu'il disait. Et même s'il y avait un infime risque qu'il le fasse, ce risque existait et je ne pouvais pas prendre la responsabilité de me dire que j'allais envoyer mon père en prison, ma mère en hôpital psychiatrique parce qu'elle était fragile et ma petite sœur en foyer. Et en fait, ça a un effet inverse sur l'enfant parce que l'enfant, la première chose qu'il veut, c'est protéger sa famille."
Pour briser le schéma, Angélique Cauchy a choisi de dire une autre phrase à son fils : "Si un jour quelqu'un te fait du mal, je t'écouterai, je te croirai, je te protégerai."
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L'Association Rebond : Un Engagement pour la Protection de l'Enfance
Après avoir survécu à ces violences, Angélique dirige aujourd'hui Rebonds, l'association qu'elle a fondé pour sensibiliser le milieu du sport à la protection des enfants. Angélique Cauchy a fondé en 2017 une association, Rebond, pour venir en aide aux jeunes sportifs victimes de violences sexuelles.
Aujourd'hui Angélique Cauchy vient en aide aux jeunes victimes d'agressions sexuelles par le biais de son association, Rebond, créée en 2017 avec les trois autres femmes qui ont été agressées par Andrew Geddes.
L'objectif d'Angélique est de développer l'association. Elle est en contact avec des fédérations sportives. À la FFT, on lui a dit qu'on se reverra en janvier après les élections, alors que ça n'a rien à voir avec des élections. Il y a une inertie folle. Quand on a du pouvoir, on a des responsabilités. Et à son sens, la FFT, même si des choses sont déjà entreprises, devrait être un exemple pour toutes les autres fédérations afin d'amener le sport français à évoluer plus vite. L'année dernière, elle avait demandé qu'on fasse un clip de sensibilisation pendant Roland-Garros, mais on nous a dit au final qu'il n'y avait pas d'espace télé disponible pour le diffuser dans le stade. Avec la FFF, il y a eu une écoute et une volonté de mettre en place des choses. Concrètement, il va y avoir une action avec des lycées autour de son livre pour qu'il puisse avoir une vie à long terme. Des élèves de première-terminale vont étudier des thèmes comme le pouvoir de la parole de l'adulte sur l'enfant, le pouvoir de la non-parole avec le silence, le pouvoir de la libération de la parole sur la recherche de soi, justement quand on est sous emprise. Et elle fera une conférence de sensibilisation pour les jeunes, les entraîneurs et les parents à travers des lectures qui seront faites par les élèves, qui amèneront à discuter, selon l'extrait choisi, de l'emprise, du silence, du rôle du témoin, des traumatismes, des signaux faibles qu'on peut percevoir. Il y aura un concours d'éloquence où les lycéens auront écrit, soit la plaidoirie des parties civiles, soit la plaidoirie de l'accusé de la défense devant un jury. On abordera tous ces sujets comme la justice, la résilience, la reconstruction. Pour amener vers du positif et vers de la lumière. Parce que moi, le sport, il m'a détruite, mais avant ça, il m'a construite et après ça, il m'a reconstruite. Il y a aussi énormément de belles valeurs dans le sport.
Avec l'association « Rebond », elle a un partenariat, notamment avec Engie qui a un sponsoring sur les treize tournois du territoire français dont il est partenaire. Engie a décidé qu'elle viendrait faire une sensibilisation sur les violences lors de ces tournois. Si ces derniers ne l'acceptent pas, pas de subventions. Elle aimerait qu'aujourd'hui tout le monde, à la fois individuellement et collectivement, s'empare du sujet et prenne ses responsabilités à son niveau. Et que les entreprises suivent ce qu'a fait Engie sur des actions sociétales, pour ne pas être juste un sponsor parce que le sport rapporte de l'argent.
Signaux d'alerte
Angélique Cauchy insiste sur l'importance de reconnaître les signaux d'alerte qui peuvent indiquer une situation d'abus :
- Changement de comportement brutal
- Surinvestissement ou décrochage scolaire
- Troubles alimentaires
- Violences envers les autres ou envers soi-même
- Cauchemars et insomnies
- Changement radical dans la façon de s'habiller
- Addictions
Elle souligne également la nécessité de ne jamais laisser trop de pouvoir à une seule personne, et de privilégier les binômes d'entraîneurs pour assurer une meilleure protection des jeunes.
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