Amina Yamgnane est une figure marquante dans le domaine de la gynécologie-obstétrique en France. Son parcours, marqué par une prise de conscience des maltraitances dans le milieu médical, l'a conduite à devenir une fervente défenseure de la bienveillance et de l'alliance thérapeutique dans les soins. À travers son expérience, ses prises de position et son engagement au sein du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF), elle œuvre pour une médecine plus humaine et respectueuse des patientes.
Un parcours familial et une formation médicale
Fille de Kofi Yamgnane, personnalité politique franco-togolaise et premier maire noir de France, Amina Yamgnane a hérité d'un héritage familial riche et diversifié. Bien que les détails de son enfance et de son adolescence restent discrets, son parcours académique l'a menée à des études de médecine en Belgique. Elle a ensuite exercé à l'hôpital Necker, se spécialisant dans les grossesses à très haut risque.
Formée à la médecine en Belgique, elle a été diplômée de gynécologie obstétrique à l’université de Louvain, en Belgique, en 2000.
La prise de conscience : une remise en question des pratiques médicales
Amina Yamgnane a opéré un virage radical dans sa pratique médicale après une prise de conscience des maltraitances gynécologiques. « Accouchements traumatiques, paternalisme dans les soins, fausses couches passées sous silence, absence de consentement, médecins brutaux… Jamais le milieu de la gynécologie-obstétrique n'a été aussi frontalement remis en question. Les femmes protestent mais elles nous parlent et il est temps pour nous, soignants, de les écouter. Parce que j'ai été formée par mes pairs, héritiers de siècles de médecine patriarcale, j'ai moi aussi appris la maltraitance gynécologique, jusqu'à ce que j'opère un virage à 180 degrés. »
Elle explique avoir été formée à être maltraitante dès l'université, lors de son premier stage à l'hôpital. Un événement particulier l'a marquée : un médecin a fait effectuer, à chacun des étudiants, un toucher rectal à un patient agenouillé, de dos, sans l'en informer.
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Ce déclic s'est produit lors d'une formation où elle a visionné des témoignages de femmes traumatisées par des rencontres avec le corps médical en obstétrique. Ces témoignages ont mis en lumière des pratiques qu'elle reproduisait quotidiennement : enchaîner un grand nombre de patientes, ne pas prendre le temps de les écouter, les brusquer lors des examens.
« Mon déclic a eu lieu dans les années 2000 lors d’une formation à laquelle un confrère m’avait inscrite. On m’a fait regarder des témoignages de femmes traumatisées par des rencontres avec le corps médical en obstétrique. Elles décrivaient exactement ce que je faisais quotidiennement : enchaîner cinquante patientes par jour, ne pas prendre le temps de les écouter, les brusquer pour les examens. Pour moi, cela a été une révélation implacable, comme si j’avais une fracture au genou − il était absolument impossible de ne pas agir pour réparer. Mais tout mon combat porte sur le fait que, à l’avenir, cette prise de conscience ne dépende plus d’un déclic. Nous disposons de tous les arguments scientifiques et pédagogiques, ainsi que la demande pressante des femmes, pour modifier l’approche que nous avons du soin. »
Elle a pris conscience de l'importance du consentement, de l'information des patientes et du respect de leur corps. Elle reconnaît avoir elle-même été « maltraitante dans le soin », héritière d'une médecine centrée sur l'organe et la maladie, sans se préoccuper de l'individu.
Engagement pour une médecine bienveillante
Forte de cette prise de conscience, Amina Yamgnane s'engage activement pour promouvoir une médecine plus respectueuse et bienveillante envers les femmes. Elle cofonde la Clinique des femmes à Paris et plaide pour un éveil des consciences de ses confrères et consœurs, afin de reconstituer l'alliance thérapeutique avec les patients.
Elle insiste sur la nécessité de placer la bienveillance au cœur des pratiques médicales, en s'appuyant sur plusieurs piliers : le consentement éclairé, une explication honnête du soin et le respect des recommandations pratiques cliniques.
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Elle souligne l'importance de faire confiance aux femmes, de les informer pleinement et de les impliquer dans les décisions concernant leur santé. Elle encourage les patientes à rédiger un projet de naissance pour anticiper les éventuels obstacles et alternatives.
« La bientraitance et l’alliance thérapeutique sont les deux outils de la réconciliation entre les femmes et le corps médical. La première repose sur plusieurs piliers : le consentement, une explication honnête du soin et le respect des recommandations pratiques cliniques. Il faut faire confiance aux femmes, elles sont parfaitement intelligentes et capables de prendre des décisions, une fois qu’elles ont toutes les données en main. La plupart du temps, les refus - pas d’ocytocine, pas de rupture de la poche des eaux… - sont une manière pour elles d’avoir un peu de contrôle sur leur accouchement. Rédiger en amont un projet de naissance permet de désamorcer les tensions et leurs suspicions envers le corps médical. Il faut, en tant que soignant, créer avec la patiente un chemin de soin, en anticipant les possibles obstacles et les alternatives. Par exemple, pour une première grossesse, une femme a, je l’ai dit, 40 % de chance de ne pas pouvoir accoucher sans assistance. C’est pourquoi je demande à l’avance : « Si cela fait une heure et demie que vous poussez et que le bébé ne vient pas, vous préférez la césarienne ou le forceps ? » Cela permet d’avoir la discussion au calme, plutôt que dans l’urgence et dans la douleur. Oui on sauve des vies, mais cela ne nous donne pas le droit de maltraiter les corps et les esprits. »
Elle lutte contre l'idée reçue selon laquelle la maltraitance ne concerne que la gynécologie-obstétrique, soulignant qu'elle est présente dans d'autres spécialités médicales et qu'elle commence dès la formation initiale des médecins. C'est pourquoi elle se bat pour modifier cette formation dès l'université.
"Prendre soin des femmes" : un appel à la bienveillance
Amina Yamgnane a publié un livre intitulé "Prendre soin des femmes", dans lequel elle dresse un constat alarmant sur l'état de la confiance entre les femmes et le corps médical. Elle y partage son expérience, ses réflexions et ses propositions pour une médecine plus humaine et respectueuse.
Dans cet ouvrage, elle appelle à placer la bienveillance au cœur des pratiques médicales et à reconstituer l'alliance thérapeutique avec les patientes. Elle y dénonce les violences gynécologiques et obstétricales, les examens brutaux, l'absence d'égards et le paternalisme médical.
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Elle y raconte son propre parcours, sa prise de conscience et son engagement pour une médecine plus respectueuse des femmes. Elle y invite ses confrères et consœurs à remettre en question leurs pratiques et à adopter une approche plus humaine et empathique.
Une présence médiatique et un engagement public
Amina Yamgnane est une personnalité publique engagée, qui utilise sa notoriété pour défendre ses convictions et sensibiliser le public aux questions liées à la santé des femmes. Elle intervient régulièrement dans les médias pour partager son expertise et ses réflexions.
Elle a notamment participé à l'émission "Ça commence aujourd'hui", où elle a démenti la légende selon laquelle il y aurait une hérédité dans les jumeaux et les triplés.
« C'est une légende. Il n'y a pas d'hérédité dans les jumeaux ni dans les triplés ». « Il y a zéro lien donc cette question est inutile ».
Son engagement ne se limite pas au domaine médical. Elle a été candidate aux élections municipales de 2008 dans le 7e arrondissement de Paris, témoignant de son désir de s'engager dans la vie publique et de contribuer au bien commun.
Vie privée
La vie privée d'Amina Yamgnane reste discrète, protégée de la curiosité publique. Bien que des informations en ligne mentionnent la présence d'enfants, les détails concernant sa vie familiale sont peu nombreux. On sait cependant qu'elle a su concilier sa carrière exigeante avec ses responsabilités familiales, témoignant d'une organisation et d'un équilibre remarquables. Son implication personnelle et son engagement envers ses enfants restent des aspects importants de sa vie, même si peu d'informations publiques sont disponibles sur ce sujet.
Défis et perspectives
Amina Yamgnane est consciente des défis qui l'attendent dans sa lutte pour une médecine plus bienveillante. Elle redoute la réaction de certains de ses confrères et consœurs, qui ne sont pas prêts à remettre en question leurs pratiques.
« Pour certains, le propos sur la maltraitance est insoutenable, ils ne sont pas capables d’avoir ce regard critique sur eux-mêmes. Alors ils se réfugient derrière des arguments fallacieux, en mettant en doute la véracité des chiffres. En se répétant sans cesse qu’on fait le plus beau métier du monde - voilà un autre mythe, on refuse de voir la réalité des situations. Oui on sauve des vies, mais cela ne nous donne pas le droit de maltraiter les corps et les esprits. »
Elle espère que son livre et ses prises de position contribueront à un éveil des consciences et à une évolution des pratiques médicales. Elle est convaincue qu'il est possible de faire mieux et que les femmes méritent une médecine plus humaine et respectueuse.
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