Les allergies alimentaires chez l'enfant sont un sujet de préoccupation croissante pour les parents et les professionnels de santé. En France, ces allergies touchent un pourcentage non négligeable de la population infantile, avec une augmentation significative au cours des dernières décennies. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble des allergies alimentaires chez l'enfant, en abordant les symptômes, les causes, les méthodes de diagnostic, les options de traitement et les mesures de prévention.

Prévalence et Importance des Allergies Alimentaires

En France, les allergies alimentaires affectent entre 4 et 8 % des nourrissons et entre 6 et 8 % des enfants de moins de 12 ans. Cette prévalence est en constante augmentation, suscitant une inquiétude croissante parmi les professionnels de santé et les parents. En 20 ans, le nombre d'enfants concernés par des allergies alimentaires a augmenté de 300 %.

Qu'est-ce qu'une Allergie Alimentaire ?

Une allergie alimentaire est une réaction anormale du système immunitaire à un aliment spécifique. Chez une personne allergique, l'ingestion d'un aliment va créer une réaction exagérée par rapport à un sujet sain. Normalement, le système immunitaire protège le corps contre les substances étrangères nocives, mais dans le cas d'une allergie alimentaire, il réagit de manière excessive aux protéines alimentaires, les considérant à tort comme une menace.

Types d'Allergies Alimentaires

Les allergies alimentaires peuvent être classées en deux grandes catégories :

  • Allergies IgE-médiées : Ces allergies sont médiées par la présence d'anticorps IgE (immunoglobulines E). La réaction provoque généralement des symptômes sévères et rapides, parfois potentiellement mortels.
  • Allergies non IgE-médiées : Ces allergies provoquent une réaction de l'organisme plus tardive et n'entraînent pas une production d'IgE. Les symptômes, dont l'intensité est proportionnelle à la quantité d'aliments ingérée, apparaissent plusieurs minutes voire plusieurs heures après la consommation de l'allergène.

Causes des Allergies Alimentaires

Les causes des allergies alimentaires sont multiples, mais les principales sont la génétique et l'environnement.

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Facteurs Génétiques

La prédisposition génétique joue un rôle crucial. Les personnes ayant des antécédents familiaux d'allergies sont plus susceptibles de développer des allergies alimentaires.

Facteurs Environnementaux

Des facteurs environnementaux comme l'exposition à certains allergènes durant la petite enfance, la pollution, les modifications du régime alimentaire et l'hygiène excessive influencent également le développement de ces allergies. La plupart des allergies alimentaires surviennent lorsque le système immunitaire libère excessivement des anticorps IgE en réponse à des allergènes.

Autres Mécanismes Allergiques

Il existe un autre mécanisme, plus rare (environ 10 % des cas), impliquant les cellules T du système immunitaire. Dans ce cas, la réaction allergique n'apparaît pas immédiatement, mais un à deux jours après l'exposition à l'allergène, se manifestant par une éruption cutanée. Ce phénomène est observé chez les patients atteints de neurodermatite.

Symptômes des Allergies Alimentaires

Les symptômes d'une allergie alimentaire peuvent varier en fonction de la gravité de la réaction et de la sensibilité individuelle. Voici les principales manifestations :

  • Réactions cutanées : Rougeurs, démangeaisons, urticaire (plaques rouges sur la peau), eczéma. Le symptôme le plus fréquent des allergies alimentaires est l’urticaire : des boutons en relief qui grattent. Ça débute souvent autour de la bouche, mais on peut en retrouver sur tout le corps.
  • Symptômes respiratoires : Éternuements, congestion nasale, toux, respiration sifflante, difficultés respiratoires.
  • Symptômes gastro-intestinaux : Nausées, vomissements, diarrhée, douleurs abdominales.
  • Symptômes cardiovasculaires : Accélérations cardiaques, baisse de la pression artérielle, étourdissements, évanouissements.
  • Symptômes systémiques : Anaphylaxie (réaction allergique sévère et potentiellement mortelle, caractérisée par une combinaison de symptômes tels que des difficultés respiratoires, un gonflement de la gorge, une baisse de la pression artérielle, une perte de conscience). Dans les formes les plus sévères (œdème de Quincke), l’œdème de la gorge peut bloquer la respiration et mettre la vie en danger. On observe parfois une perte de conscience et un coma (choc anaphylactique).

Syndrome d’Entérocolite Induite par les Protéines Alimentaires (SEIPA)

On suspecte le SEIPA surtout au début de la diversification alimentaire. Les symptômes typiques du SEIPA sont des vomissements 1 à 4 heures après le repas, avec parfois une pâleur, un état léthargique, suivis d’une diarrhée en différé. Sous sa forme sévère, le SEIPA se traduit par de forts vomissements, un état léthargique et une pâleur du visage survenant entre 1 et 4 heures après l’ingestion.

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Troubles Digestifs et Reflux Gastro-Œsophagien

Les troubles du système digestif et le reflux gastro-œsophagien causés par l’allergie alimentaire vont créer chez l’enfant de nombreuses manifestations : pleurs très fréquents et insistants, irritabilité, tortillements, réveils nocturnes, demande constante de téter (notamment pour soulager une œsophagite).

Anaphylaxie

L’anaphylaxie est la manifestation la plus sévère de l’allergie. Pouvant être mortel, le choc anaphylactique constitue une urgence absolue.

Différence entre Allergie Alimentaire et Intolérance Alimentaire

L'allergie alimentaire implique le système immunitaire, qui réagit de manière excessive aux protéines alimentaires en produisant des anticorps IgE. Les symptômes apparaissent rapidement après l'ingestion de l'aliment allergène.

En revanche, l'intolérance alimentaire n'implique pas le système immunitaire mais résulte d'une difficulté à digérer certains aliments, souvent en raison d'un manque d'enzymes. Les symptômes, principalement gastro-intestinaux, tels que ballonnements, crampes et diarrhées, sont généralement moins graves et apparaissent plusieurs heures après la consommation. Les intolérances courantes incluent l'intolérance au lactose et au gluten.

Allergènes Alimentaires Communs chez l'Enfant

Le lait de vache est le premier aliment en cause dans les allergies alimentaires des nourrissons. Plusieurs autres aliments peuvent déclencher des allergies chez le jeune enfant lors de la diversification alimentaire :

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  • Produits laitiers (yaourt, fromage…)
  • Œufs (le blanc d’œuf principalement)
  • Arachide
  • Moutarde
  • Noix (les fruits à coque de manière générale)
  • Soja
  • Blé
  • Légumineuses (lentilles, haricots, pois cassés…)
  • Fruit de mer
  • Poisson

Diagnostic des Allergies Alimentaires

Si vous observez des réactions allergiques chez votre enfant, il est crucial de consulter rapidement un pédiatre. Le diagnostic repose sur trois éléments complémentaires :

  • Examen clinique : Le médecin effectuera un examen clinique de l’enfant.
  • Tests cutanés (Prick Test) : Un allergène est déposé sur la peau sous forme liquide. Après 10 à 20 minutes d’observation, l’allergie est constatée si surviennent un bouton d’allergie, une rougeur localisée, un gonflement et/ou des démangeaisons.
  • Patch test (test épicutané) : Il s’agit de déposer sur le dos du patient des petites doses d’allergène durant 48 heures. En cas de réactions allergiques, un érythème simple ou accompagné de vésicules et de bulles apparaît au bout de 24 heures sur la peau du sujet.
  • Prise de sang : Cette dernière permet de rechercher les anticorps spécifiques contre l'aliment et, plus précisément, contre certaines protéines de cet aliment.
  • Tests de provocation orale : Ces tests sont pratiqués dans certaines situations, notamment pour confirmer le diagnostic ou évaluer la tolérance à un aliment. Parfois, lorsque la guérison traîne et/ou n’est que partielle, un protocole de désensibilisation peut être initié : c’est l’immunothérapie orale. Cela ne concerne qu’un nombre restreint d’aliments et nécessite un suivi spécialisé allergologique.

Traitement des Allergies Alimentaires

Le traitement des allergies alimentaires chez les enfants vise principalement à éviter les allergènes et à gérer les réactions allergiques lorsqu'elles surviennent. Voici les principaux traitements et stratégies de gestion :

  • Éviction des allergènes : La méthode la plus efficace pour prévenir les réactions allergiques consiste à éviter complètement les aliments responsables. Cela nécessite une lecture attentive des étiquettes alimentaires et une vigilance constante pour éviter la contamination croisée. Pour la plupart des allergènes, l’allergologue va prescrire un régime d’éviction totale (l’aliment est tout simplement retiré de l’alimentation de bébé). Le meilleur moyen de prévenir une réaction, c’est d’éviter le ou les aliments auxquels l’enfant est allergique.
  • Plan d'action en cas d'urgence : Les parents et les enfants doivent avoir un plan d'urgence détaillant les étapes à suivre en cas de réaction allergique. Ce plan inclut généralement l'utilisation d'un auto-injecteur d'épinéphrine (EpiPen) pour traiter les réactions sévères. Dans l’allergie IgE, une trousse d’urgence suit l’enfant dans ses déplacements. Elle comporte les médicaments nécessaires en cas de réaction allergique : un antihistaminique (sous forme de sirop ou comprimé) et parfois un stylo auto-injectable d’adrénaline et les traitements de crise d’asthme.
  • Auto-injecteurs d'épinéphrine : Pour les réactions allergiques graves, l'épinéphrine est le traitement de choix. Les enfants à risque d'anaphylaxie doivent toujours porter un auto-injecteur et savoir comment l'utiliser. Dès que possible, il faut faire une injection d‘adrénaline qui est le traitement de base.
  • Médicaments antihistaminiques : Ces médicaments peuvent être utilisés pour traiter les symptômes légers à modérés d'une réaction allergique, comme les éruptions cutanées ou les démangeaisons. En plus du régime d’éviction, la prise d’antihistaminiques ou de corticoïdes est souvent recommandée pour traiter certains symptômes de l’allergie, notamment l’urticaire ou l’eczéma.
  • Immunothérapie orale (ITO) : Pour certains enfants, l'immunothérapie orale peut être une option. Ce traitement consiste à administrer progressivement de petites quantités de l'allergène sous supervision médicale pour augmenter la tolérance. Ce traitement est encore en développement et doit être supervisé par un allergologue. Dans les centres spécialisés, nous proposons des ITO (Inductions de Tolérance Orale), l'équivalent d'une désensibilisation pour les allergies alimentaires. L'enfant est hospitalisé une journée et consomme l'allergène de façon progressivement croissante sous surveillance médicale. Une fois le seuil de réaction déterminé, un protocole personnalisé est mis en place à domicile avec des quantités prédéfinies d'aliments industriels.
  • Gestion de l'alimentation en dehors de la maison : Enseigner aux enfants et aux parents comment gérer les allergies alimentaires dans les restaurants, les écoles et lors des activités sociales est crucial. Cela inclut d’informer les responsables des allergies de l'enfant et de fournir des repas sûrs si nécessaire. Selon les cas, l’enfant mangera à la cantine le même menu que ses camarades sous réserve de l’absence de l’allergène, ou un plateau spécifique garanti sans allergène ou bien un panier-repas préparé par la famille.

Prévention des Allergies Alimentaires

Aucune méthode de prévention des allergies alimentaires ne fait aujourd’hui consensus auprès de la communauté scientifique. Plusieurs études récentes ont toutefois fait évoluer les pratiques des allergologues et des professionnels de santé. Plusieurs mesures préventives peuvent être adoptées pour en limiter la hausse :

  • Introduction précoce des allergènes : Ces études ont en effet pu démontrer que l’introduction précoce des aliments lors de la diversification alimentaire (en particulier des aliments à risque) réduisait les réactions allergiques chez le jeune enfant. Il est par exemple désormais conseillé de faire goûter du poisson à l’enfant dès l’âge de 4/6 mois, et d’introduire les fruits à coque sous forme de purée d’oléagineux par exemple (dont les cacahuètes) vers les six mois de l’enfant (mais pas avant). Différentes études ont conduit progressivement les médecins à actualiser leurs préconisations. D’abord, le traitement actif d’un éventuel eczéma et la prévention des expositions indirectes aux allergènes : on évite les cosmétiques à base de protéines alimentaires, on se lave bien les mains avant de toucher son bébé si on a consommé soi-même des allergènes à risque. Ensuite, une diversification alimentaire dès 4 à 6 mois, incluant sans délai les aliments à fort potentiel allergisant en prenant en compte les habitudes alimentaires familiales car c’est ceux auxquels l’enfant sera exposé indirectement et cela garantira la régularité de la consommation dans le temps.
  • Allaitement maternel : L’allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois de votre nourrisson réduirait les risques d’allergie. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande d’allaiter exclusivement votre bébé pendant ses six premiers mois de vie, puis de l’allaiter jusqu’à 2 ans, une fois la diversification alimentaire mise en place. Sachez que le lait maternel ne présente absolument aucun risque d’allergie pour votre bébé. En outre, du fait des nombreux bienfaits qu’il représente pour le système immunitaire de votre enfant, votre lait le protège naturellement contre les allergènes.
  • Pas de régime d’exclusion pendant la grossesse et l’allaitement : Par ailleurs, il peut aussi être recommandé de ne pas faire de régime d’exclusion lors de la grossesse et de l’allaitement.
  • Hygiène modérée : Il est préférable également de ne pas tomber dans une hygiène excessive pour permettre une exposition modérée aux microbes, afin de renforcer le système immunitaire.
  • Utilisation judicieuse des antibiotiques : Utiliser judicieusement les antibiotiques, car leur surutilisation peut perturber le microbiote intestinal et augmenter le risque d’allergies.
  • Alimentation variée et équilibrée : Favoriser une alimentation variée, équilibrée et le fait maison dès le plus jeune âge pour soutenir un microbiote sain. Si peu de mesures s’avèrent véritablement efficaces en prévention, la plus utile d’entre elles consiste à adopter une alimentation variée et équilibrée pendant votre grossesse.
  • Réduction de l'exposition aux polluants : Réduire l'exposition aux polluants et aux produits chimiques.

Allergies Alimentaires : Guérison et Évolution

La recherche médicale estime que certaines allergies disparaissent dans 80 à 90 % des cas avant l’âge de 2 ans. Oui, certaines allergies peuvent disparaître chez les enfants. C’est le cas de celles au lait, aux œufs, au soja et au blé, qui tendent à disparaître avec l'âge, souvent avant l'adolescence. Cependant, les allergies aux arachides, aux noix, aux poissons et aux crustacés sont moins susceptibles de disparaître et peuvent persister à l'âge adulte.

Pour l’allergie IgE, c’est l’évolution des résultats des tests cutanés ou des prises de sang qui va guider le médecin. Si les feux semblent « au vert », une tentative de réintroduction sera programmée à l’hôpital pour être en conditions sécuritaires : c’est le test de provocation par voie orale (TPO pour les médecins).

Projet d’Accueil Individualisé (PAI)

Sachez que lorsque votre enfant entre en crèche ou à l’école, il est possible de mettre en place un Projet d’Accueil Individualisé (PAI). Il peut être envisagé très tôt chez l’enfant atopique, notamment en cas d’allergies alimentaires associées. Pour cela, un document sera élaboré à la demande de la famille de l’enfant sujet aux allergies, par le directeur de la crèche et le médecin de la structure à partir des informations données par la famille et le médecin traitant. Ainsi, le jeune patient pourra bénéficier de repas adaptés. En collectivité (crèches, écoles, etc.), il est indispensable de mettre en place un PAI (Projet d'Accueil Individualisé). Ce document établit le cadre légal permettant à l'établissement d'éviter de donner l'allergène à l'enfant et précise où déposer la trousse d'urgence ainsi que le plan d'action à suivre selon les symptômes observés en cas d’ingestion.

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