L’allaitement maternel est une pratique universelle, profondément ancrée dans l’histoire de l’humanité, offrant des avantages considérables tant pour la santé des nourrissons que pour celle des jeunes mères. Bien que largement pratiqué, l’allaitement maternel est influencé par des facteurs culturels, socio-économiques et sanitaires spécifiques à chaque région du monde. Cet article examine de près la situation en Afrique, en mettant en lumière les statistiques, les pratiques culturelles, les défis rencontrés et les efforts déployés pour promouvoir et soutenir cette pratique vitale.
L’Allaitement Maternel: Une Pratique Universelle aux Racines Profondes
L’allaitement maternel est une pratique universelle qui offre de nombreux avantages pour la santé, tant pour les nourrissons que pour les jeunes mamans. De nombreuses femmes à travers le monde décident d’allaiter leur bébé. Certains pays comme l’Inde ou le Vietnam encouragent fortement l’allaitement, soutenant les mères par des politiques publiques favorables et une éducation dite positive. En Asie, l’allaitement maternel est profondément enraciné dans les cultures et traditions, dépassant son rôle d’alimentation pour les nourrissons. Une particularité en Asie est la prolongation de l’allaitement maternel au-delà des premiers mois, souvent pendant plusieurs années. Pour les Japonais, l’allaitement maternel apparaît comme une évidence. Certaines villes japonaises ont introduit des jyunyuu-shitsu, des espaces privés où les mères peuvent allaiter confortablement et en toute tranquillité lors de leurs sorties publiques.
L'Importance de l'Allaitement Maternel en Afrique
En Afrique, l’allaitement maternel occupe une place essentielle dans la vie quotidienne des différentes communautés. Les jeunes mamans y sont préparées grâce à un ancrage culturel profond. Dans de nombreuses cultures africaines, l’allaitement maternel est célébré comme un événement marquant le début de la vie, symbolisant la continuité familiale et communautaire. En Afrique, 5 millions d’enfants meurent chaque année sans avoir fêté leur 5e anniversaire. Diarrhée, pneumonie, paludisme, malnutrition, maladies infectieuses… Sur ce continent, la mort guette le bébé partout. Au point qu’un nourrisson y a quatorze fois plus de risques de mourir au cours de son premier mois de vie que dans un pays du Nord. Pourtant, il existe un élixir à la portée de chaque bébé, quel que soit le statut social, culturel et financier de sa famille : le lait maternel.
D’après les experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), la généralisation d’un allaitement maternel exclusif durant les six premiers mois de vie d’un bébé permettrait d’endiguer la mortalité néonatale et infantile et de sauver chaque année 200 000 vies rien qu’en Afrique de l’Ouest. S’appuyant sur diverses études scientifiques, les deux institutions onusiennes recommandent que tous les nourrissons reçoivent cette alimentation unique. C’est pour aider les mères à mieux s’informer sur ce sujet qu’elles ont lancé une campagne baptisée « Plus fort avec le lait maternel uniquement » à l’occasion de la semaine mondiale de l’allaitement maternel, du 1er au 7 août. Pilotée conjointement par l’Unicef, l’OMS et Alive & Thrive (une initiative mondiale en faveur de la nutrition), cette campagne met en avant les vertus d’un allaitement à la demande, jour et nuit, sans complément d’eau ni d’autres liquides ou aliments, même dans les climats chauds et secs comme en Afrique de l’Ouest.
Statistiques et Tendances de l’Allaitement Maternel en Afrique
En Afrique, les taux d’initiation de l’allaitement maternel sont élevés, souvent au-dessus de 90 % dans de nombreux pays. Cependant, le taux d’allaitement maternel exclusif (AME) est particulièrement bas en Afrique de l’Ouest et Centrale. Au cours des quinze dernières années, les progrès pour que plus de nouveau-nés soient mis au sein dès leur naissance ont été lents, selon l’UNICEF. En Afrique subsaharienne, où la mortalité des enfants de moins de cinq ans est la plus élevée au monde, les taux d’allaitement précoce n’ont augmenté que de dix points depuis 2000 en Afrique de l’Est et en Afrique australe mais sont restés inchangés en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.
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En Algérie, l’allaitement maternel a atteint un creux historique en 2006, avec seulement 7 % des enfants allaités à six mois. Malgré les efforts, en 2019, le taux d’allaitement exclusif jusqu’à six mois restait faible à 28,7 %. Ce recul est dû à divers facteurs, notamment l’influence du biberon perçu comme un symbole de modernité et le manque d’information des mères sur les bénéfices de l’allaitement. Les réseaux sociaux et le marketing agressif des substituts de lait maternel jouent un rôle important dans cette tendance, créant des enjeux de santé publique en termes d'hygiène et de nutrition.
Toutefois, les statistiques montrent que près des deux tiers des nourrissons au Cameroun ne sont pas allaités exclusivement au sein pendant les 6 premiers mois recommandés après la naissance. Même si l’allaitement a toujours occupé une place privilégiée dans l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant en Afrique, sa pratique est jugée encore bien trop confidentielle. Aujourd’hui, seuls quatre nouveau-nés sur dix sont mis au sein dans l’heure suivant la naissance et seuls trois bébés sur dix sont exclusivement nourris de cet aliment jusqu’à l’âge de 6 mois. C’est trop peu.
Facteurs Culturels Influençant l’Allaitement Maternel en Afrique
Tout universel que soit l’allaitement, les croyances, les pratiques, les normes qui l’entourent varient et l’influencent selon les lieux et les époques. Diverses pratiques sociales et culturelles, comme les rites traditionnels consistant à administrer au nouveau-né des décoctions et des onguents, peuvent influencer l’allaitement exclusif. Une tradition qui s’observe dans les 24 pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale et qui peut être partiellement tenue pour responsable de la malnutrition aiguë sévère dont souffrent quelque 4,9 millions d’enfants de ces régions.
En Afrique de l’Ouest, le portage des bébés fait partie des mœurs. Dans certaines régions, il est même dit que poser bébé par terre, lui porterait malheur, et nuirait à son bon développement. Ainsi, les mères portent constamment leurs enfants contre elles, facilitant l’allaitement fréquent. Cependant, même si la mère l’allaite à la demande, le taux d’allaitement exclusif reste faible. Il est à 37 % selon l’UNICEF. Dans des pays comme l’Éthiopie, le Kenya et la Tanzanie, l’allaitement est perçu comme essentiel pour la croissance du bébé. Pourtant, certaines croyances locales persistent, comme l’idée que allaiter son enfant peut être dangereux, en cas de maladie maternelle. En Afrique du Nord, ce sont les coutumes religieuses qui encouragent l’allaitement jusqu’à deux ans, conformément aux recommandations du Coran. Une spécificité de la région est la notion de « frères et sœurs de lait ». Ce sont des enfants nourris par la même femme, sans qu’elle ait accouché des enfants. La femme devenant ainsi la mère de lait en Islam, selon certaines conditions.
Défis et Obstacles à l’Allaitement Maternel en Afrique
Plusieurs défis entravent la promotion et le maintien de l’allaitement maternel en Afrique. Parmi ceux-ci, on retrouve :
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- Le manque d’information et de soutien: De nombreuses mères manquent d’informations précises sur les avantages de l’allaitement maternel et sur les techniques appropriées pour allaiter. Le manque de soutien de la part des familles, des communautés et des professionnels de la santé peut également décourager les mères.
- Les pratiques traditionnelles: Certaines pratiques traditionnelles, telles que l’administration de liquides ou d’aliments autres que le lait maternel aux nouveau-nés, peuvent interférer avec l’allaitement exclusif et augmenter le risque d’infections.
- La commercialisation des substituts du lait maternel: Le marketing agressif des entreprises de lait infantile peut influencer les mères et les amener à opter pour des substituts du lait maternel, souvent perçus comme modernes et pratiques.
- Les contraintes socio-économiques: La pauvreté, le manque d’accès aux soins de santé, le travail des femmes et le manque de politiques de soutien à l’allaitement maternel peuvent rendre difficile la pratique de l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois.
- Les maternités trop étroites: Bien souvent, « les maternités sont trop étroites pour recevoir plusieurs parturientes en même temps et le nombre important d’accouchements empêche de proposer l’allaitement dès les premières minutes de vie du nouveau-né », explique Marie-Thérèse Arcens Somé, sociologue de la santé et autrice d’une étude sur « le défi de l’adoption de l’allaitement maternel exclusif au Burkina Faso ». Pour elle, « l’attention des sages-femmes se concentre sur les gestes techniques et très peu sur les informations à transmettre et à faire appliquer pour la survie du bébé ». Les jeunes mères repartent donc à la maison sans avoir été guidées sur l’importance du geste nourricier en termes de santé et de développement de leur enfant. Et sans qu’on leur ait montré les bons gestes. C’est d’autant plus dommage que, comme le rappellent les spécialistes, allaiter n’a rien de « naturel ». C’est un geste qui s’apprend.
- Le lobbying des laitiers: A cela s’ajoutent les messages véhiculés par les fabricants de lait en poudre. Ces derniers, qui ont compris que l’Afrique était une terre prometteuse à l’heure où les prévisions démographiques parient sur un doublement de la population d’ici à 2050, font entendre leur voix sur un marché qui représentait déjà quelque 71 milliards de dollars en 2019 (environ 63 milliards d’euros), selon l’ONG Action contre la faim. Or tous les spécialistes le répètent depuis les années 1960 : les substituts au lait maternel constituent un des obstacles majeurs à l’élargissement de l’allaitement sur le continent. Ces messages en faveur du lait en poudre, qui s’appuient sur des références à une certaine « modernité », sont d’autant plus néfastes que mettre le bébé au sein reste « un moyen parmi les plus efficaces de préserver sa santé, sa croissance et aussi d’assurer le développement de son pays », estime Aita Cissé, d’Alive and Thrive. Pour elle, l’allaitement ne représente pas qu’un enjeu de santé publique, c’est aussi « une urgence pour le développement humain et économique en Afrique subsaharienne ».
Efforts et Initiatives pour Promouvoir l’Allaitement Maternel en Afrique
Face à ces défis, de nombreux efforts sont déployés pour promouvoir et soutenir l’allaitement maternel en Afrique. Parmi ces initiatives, on peut citer :
- Les campagnes de sensibilisation: Des campagnes de sensibilisation sont menées pour informer les mères, les familles et les communautés sur les avantages de l’allaitement maternel et sur les pratiques optimales en matière d’allaitement.
- La formation des professionnels de la santé: Les professionnels de la santé, tels que les médecins, les infirmières et les sages-femmes, sont formés pour fournir des conseils et un soutien appropriés aux mères qui allaitent.
- La mise en place de politiques de soutien à l’allaitement maternel: Certains pays africains ont mis en place des politiques de soutien à l’allaitement maternel, telles que des congés de maternité rémunérés, des pauses d’allaitement au travail et la réglementation de la commercialisation des substituts du lait maternel.
- L’Initiative Hôpitaux Amis des Bébés (IHAB): Lancée par l’OMS et l’UNICEF, l’IHAB vise à transformer les maternités en centres de soutien à l’allaitement maternel, en mettant en œuvre des pratiques fondées sur des données probantes.
- Les programmes communautaires: Des programmes communautaires sont mis en place pour soutenir les mères qui allaitent, en leur offrant un soutien psychosocial, des conseils et des informations sur l’allaitement maternel.
Le Rôle des Organisations Internationales
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) jouent un rôle crucial dans la promotion de l’allaitement maternel en Afrique. En 2003, ces organisations ont développé deux stratégies globales et standardisées en termes d’allaitement : l’initiation à l’allaitement maternel dans la première heure suivant l’accouchement et l’allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de l’enfant. Elles fournissent des orientations techniques, un soutien financier et un plaidoyer pour l’adoption de politiques et de programmes favorables à l’allaitement maternel. L’OMS et l’Unicef ont initié en 1991 une vaste action de sensibilisation mondiale, connue sous le nom de « Initiative hôpitaux amis des bébés » pour « protéger, promouvoir et soutenir l’allaitement maternel » dans le service de maternité des centres de santé. La promotion et l’importance de l’allaitement maternel sont renforcées à travers l’élaboration des stratégies mondiales pour l’Alimentation du nourrisson et des jeunes enfants (ANJE) en 2003, insistant à la fois sur l’importance de l’initiation au lait maternel dans l’heure suivant la naissance de l’enfant et la pratique de l’allaitement maternel exclusif (AME) pendant les six premiers mois du nourrisson.
Impact Économique de l'Allaitement Maternel
L’allaitement maternel ne représente pas qu’un enjeu de santé publique, c’est aussi « une urgence pour le développement humain et économique en Afrique subsaharienne ». En effet, si ce mode de nutrition infantile se généralisait, il générerait un gain économique de 42 milliards de dollars par an grâce notamment à la réduction des dépenses de santé, estime la spécialiste. Anne-Sophie Le Dain rappelle, elle, que « chaque dollar investi dans le soutien à l’allaitement génère des retours économiques de 35 dollars américains ». Un des investissements les plus rentables, donc. D’autant que la responsable nutrition de l’Unicef qui s’est aussi intéressée au coût généré par le manque d’allaitement en Afrique subsaharienne, observe que la perte économique subie aujourd’hui à cause de la faiblesse de cette pratique est de 2,57% du revenu national brut de la zone.
Vers un Avenir Prometteur pour l’Allaitement Maternel en Afrique
La conscience des bienfaits multiples de l’allaitement commence à se répandre et, en dépit du marketing offensif des laitiers, des avancées notables se font jour. Selon le dernier rapport mondial sur la nutrition, publié en mai, onze pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale sont en bonne voie pour atteindre le taux de 50 % d’allaitement exclusif que se sont fixé les Nations unies pour l’horizon 2025. Le Burkina Faso, le Cameroun, la Mauritanie et la République démocratique du Congo (RDC) en font partie, même s’il leur reste de nombreux autres défis à relever pour que tous les nouveau-nés aient un bon départ dans la vie.
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