Introduction
L'endométriose, une affection gynécologique chronique touchant environ une femme sur dix, se caractérise par la présence de tissu endométrial en dehors de l'utérus. Cette condition peut entraîner des douleurs invalidantes, l'infertilité et une altération significative de la qualité de vie. Face à ce défi, la recherche explore activement des stratégies de prévention et de gestion des symptômes. Parmi les pistes prometteuses, l'allaitement maternel émerge comme un facteur potentiellement protecteur contre l'endométriose et ses manifestations douloureuses. Cet article explore en profondeur le lien entre l'allaitement et l'endométriose, en s'appuyant sur des études scientifiques récentes et des avis d'experts, afin d'offrir aux femmes concernées une information complète et nuancée.
Qu'est-ce que l'endométriose ?
L'endométriose est une maladie gynécologique chronique et incurable qui touche environ 10 % des femmes en âge de procréer. Elle se caractérise par la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine (endomètre) en dehors de l'utérus, notamment sur les ovaires, les trompes de Fallope, les ligaments utérins, les organes digestifs, et plus rarement le vagin, la vessie ou encore les poumons. Ces localisations ectopiques (anormales) évoluent sous l’influence des hormones ovariennes, provoquant une réaction inflammatoire chronique.
Les symptômes de l'endométriose sont multiples et varient d'une femme à l'autre, mais les plus fréquents sont :
- Douleurs abdominales et pelviennes chroniques
- Règles douloureuses (dysménorrhée)
- Douleurs pendant les rapports sexuels (dyspareunie)
- Infertilité
Dans certains cas, l'endométriose peut être asymptomatique et découverte fortuitement lors d'un examen médical.
L'origine de l'endométriose reste encore mal comprise, mais plusieurs facteurs sont suspectés, notamment des facteurs génétiques, environnementaux et immunitaires. Jusqu'à présent, aucun facteur de risque modifiable n'avait été identifié.
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L'allaitement : un facteur protecteur potentiel contre l'endométriose
Une étude du Brigham and Women's Hospital a révélé que les femmes qui ont allaité leurs bébés ont un risque significativement moindre de recevoir un diagnostic d'endométriose. Cette étude, basée sur les données de la Nurses 'Health Study II (NHSII) qui a suivi des milliers de femmes pendant plus de 20 ans, a constaté que les femmes qui ont allaité pendant de plus longues périodes présentent un risque beaucoup plus faible d'être diagnostiquées avec l'endométriose.
Plus précisément, l'étude a montré que chaque trimestre d’allaitement supplémentaire par grossesse diminuait le risque d’endométriose de 8 %. Cette baisse s’avère encore plus élevée chez les mères qui allaitent exclusivement : le risque d'endométriose est alors réduit de 14% par « tranche » de 3 mois d’allaitement exclusif par grossesse.
Les mécanismes potentiels de l'effet protecteur de l'allaitement
Plusieurs mécanismes pourraient expliquer l'effet protecteur de l'allaitement contre l'endométriose :
- L'aménorrhée post-partum : L'allaitement entraîne une aménorrhée post-partum, c'est-à-dire une absence temporaire de règles. Cette période de repos hormonal pourrait réduire l'exposition aux œstrogènes, qui stimulent la croissance des tissus endométriaux ectopiques.
- Les modifications hormonales : L'allaitement induit des modifications hormonales qui peuvent temporairement réduire la douleur et l'inflammation causées par l'endométriose. En particulier, la lactation maintient des niveaux plus bas d'œstrogène dans le corps, ce qui peut aider à ralentir la croissance des tissus endométriaux ectopiques.
- L'ocytocine : L'allaitement favorise la sécrétion d'ocytocine, une hormone qui favorise le bien-être, l'attachement et la détente. Cette hormone pourrait avoir un effet bénéfique sur la douleur et l'inflammation associées à l'endométriose.
- Les contractions utérines : Les contractions utérines provoquées par la succion du bébé en post-partum immédiat aident l'utérus à retrouver plus rapidement sa taille et sa tonicité, ce qui pourrait contribuer à réduire le risque d'endométriose.
Grossesse et endométriose : une relation complexe
La grossesse peut avoir un impact variable sur l'endométriose. Chez certaines femmes, les symptômes s'atténuent pendant et immédiatement après la grossesse, créant une "lune de miel" sans douleur. Cependant, les symptômes peuvent aussi réapparaître rapidement après l’accouchement.
Il est important de noter que la grossesse ne guérit pas l’endométriose, mais crée une pause dans la maladie. Le suivi de grossesse chez une femme qui a une endométriose n’est pas différent de celui d’une grossesse chez une femme n’ayant pas de pathologie.
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Le post-partum et l'endométriose : une période à surveiller
Le post-partum désigne la période qui suit l'accouchement et dure en moyenne 4 à 10 semaines. Cette période est marquée par d’intenses bouleversements à la fois physiques et psychiques.
Le post-partum des femmes ayant une endométriose n’est pas différent de celui des autres femmes. Cependant, il est important de reprendre une contraception avant 6 à 8 semaines après l’accouchement pour ne pas laisser les règles revenir trop rapidement, surtout si la femme prend un traitement hormonal en continu pour traiter son endométriose.
Seules les femmes qui allaitent de façon exclusive peuvent attendre la fin de cet allaitement avant de reprendre une pilule.
Allaitement et récidive de l'endométriose
Une étude prospective observationnelle a évalué l’effet de l’allaitement sur la dysménorrhée, la dyspareunie, les douleurs pelviennes chroniques acycliques, les lésions d’endométriose et le taux de récidive chez les femmes présentant une endométriose histologiquement confirmée. Les résultats de l’étude suggèrent que l’allaitement exclusif et prolongé peut bénéficier aux femmes atteintes d’endométriose, et peut réduire les symptômes de la douleur et prévenir les récidives. En particulier, l’étude a montré que l’allaitement réduit significativement l’intensité des symptômes douloureux. Ces résultats sont en corrélation avec la durée et l’intensité de l’allaitement. Une taille réduite des endométriomes ovariens et des récidives a également été observée, bien que le rôle de l’allaitement sur les lésions d’endométriose ne soit pas encore clair.
D’après l’étude, les gynécologues devraient donc encourager les femmes à commencer à allaiter immédiatement après l’accouchement et à continuer longtemps.
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Les bénéfices de l'allaitement pour la santé de la mère
Outre son potentiel effet protecteur contre l'endométriose, l'allaitement présente de nombreux autres avantages pour la santé de la mère :
- Réduction du risque de cancer : L'allaitement diminue le risque de développer un cancer du sein, de l'utérus et de l'endomètre. Chaque naissance diminue le risque de cancer du sein de 7% et chaque année d’allaitement le diminue de 4,3%.
- Perte de poids : L'allaitement brûle davantage de calories (environ 500 Kcal par jour), ce qui peut aider à perdre plus rapidement les kilos accumulés durant la grossesse.
- Prévention des maladies cardiovasculaires : L'allaitement peut aider à prévenir les maladies cardiovasculaires, qui sont la première cause de mortalité dans la population féminine française.
- Prévention du diabète de type 2 : Des études ont montré une influence positive de l'allaitement sur les risques de développer un diabète de type 2.
- Amélioration de la santé osseuse : L'allaitement peut aider à améliorer la santé osseuse et à prévenir l'ostéoporose.
- Bien-être psychologique : Les contacts en peau à peau répétés et les hormones sécrétées durant l’allaitement favorisent l’attachement de la maman à son bébé, et sa détente.
Grossesse et fertilité
L'endométriose n'affecte pas systématiquement la fertilité. Certaines femmes peuvent avoir une endométriose sévère ou des antécédents chirurgicaux importants, mais être enceintes naturellement. Inversement, une femme avec peu ou pas de symptômes d'endométriose peut être infertile, parce qu’elle peut avoir une infertilité liée à une autre pathologie (trouble de l’ovulation par exemple).
Sur le plan clinique, l’association infertilité-endométriose est établie : le taux de grossesse spontanée en cas d’infertilité liée à une endométriose est de 36 % à 3 ans, versus 55 % dans les infertilités inexpliquées.
Dans les formes d'endométriose connues pour être associées à une réduction de la fertilité, comme l'endométriose ovarienne sévère, la conservation de leurs ovocytes (auto-conservation des gamètes) peut être proposée aux femmes ayant un futur projet de grossesse.
Lorsqu'une femme atteinte d'endométriose a un projet de grossesse et ne tombe pas enceinte naturellement, un bilan de fertilité est rapidement proposé pour détecter d'éventuels problèmes de fertilité. Ce bilan comprend des examens sanguins et des examens d'imagerie médicale (échographie endovaginale, hystéroscopie).
Grossesse et accouchement
L'endométriose, même sévère, même après une chirurgie lourde, ne constitue pas une contre-indication à la grossesse. Le déroulement de la grossesse d'une femme atteinte d'endométriose est le même que pour toutes les femmes. Les femmes font souvent l'objet d'une surveillance médicale et d'une prise en charge renforcées, d'une part parce que les femmes atteintes d'endométriose sont régulièrement suivies pour leur maladie gynécologique, et d'autre part pour détecter une éventuelle complication de la grossesse. Le risque de fausse couche augmente avec l'endométriose, en particulier les fausses couches spontanées du début de la grossesse.
L'endométriose n'impose pas un mode d'accouchement spécifique, mais comme pour toute grossesse, certains contextes peuvent nécessiter de programmer une césarienne avant le terme de la grossesse. Les femmes atteintes d'endométriose peuvent donc accoucher comme toutes les femmes enceintes, même si le taux de césarienne est supérieur chez les femmes atteintes d'endométriose. Il n'y a pas de risque accru de prématurité ou de grande prématurité chez les femmes atteintes d'endométriose.
Après la grossesse
En cas de symptômes, il faut reprendre le traitement de l'endométriose. Actuellement, les choix thérapeutiques contre cette maladie chronique restent limités et aucun médicament spécifique et efficace n'existe. Dès le retour de couches, les femmes retrouvent leurs règles et donc leurs crises douloureuses. Après l'accouchement, le gynécologue prescrit dès la sortie de la maternité une pilule contraceptive à la jeune mère.
En fonction du mode d'allaitement, le médecin choisira la pilule contraceptive la plus adaptée. En cas d'allaitement maternel, il optera pour une pilule progestative, moins efficace sur les douleurs d'endométriose, mais compatible avec l'allaitement.
Cependant, la recrudescence de la symptomatologie douloureuse n’est pas systématique après la grossesse : parfois certaines patientes n’ont plus de symptômes, parfois certaines patientes deviennent symptomatiques alors qu’elles ne l’ont jamais été. L’histoire de l’endométriose n’est pas un continuum croissant de symptômes.
Préparation à la grossesse
Avant de tenter de concevoir, il est recommandé aux femmes atteintes d'endométriose de faire une évaluation complète de leur état de santé reproductive. Cela peut comprendre des examens médicaux pour évaluer l'étendue de l'endométriose, des conseils sur la nutrition et le mode de vie, ainsi que des discussions sur les solutions de traitement pour améliorer la fertilité. Certaines techniques chirurgicales peuvent aussi améliorer la fertilité.
Pour les femmes atteintes d'endométriose, plusieurs astuces peuvent augmenter les chances de conception naturelle. Ces tecnhiques comprennent des traitements médicaux pour soulager l'inflammation et la douleur, des changements de mode de vie comme l'adoption d'une alimentation anti-inflammatoire à l’aide d’un diététicien spécialisé, et des techniques de gestion du stress.
Suivi médical pendant la grossesse
Un suivi médical régulier est important pour les femmes enceintes atteintes d'endométriose. Cela permet d'ajuster les traitements au fur et à mesure que la grossesse progresse, en tenant compte des changements hormonaux et physiques.
La prise en charge des symptômes de l'endométriose pendant la grossesse peut impliquer des approches non médicamenteuses telles que des exercices de relaxation, de la physiothérapie, ou des techniques de gestion de la douleur. Il est également important de maintenir une alimentation équilibrée et de rester active dans la mesure du possible, en adaptant les activités à son niveau de confort.
Les femmes enceintes avec endométriose présentent un risque pour certaines complications, telles que les fausses couches, l'accouchement prématuré, et les douleurs pelviennes. D'autres complications peuvent inclure la croissance restreinte du fœtus et des difficultés lors de l'accouchement.
Un suivi personnalisé est vital pour surveiller la santé de la mère et le développement du bébé. Cela comprend des échographies plus fréquentes, des tests sanguins, et des consultations régulières avec des spécialistes.
Alternatives d'accouchement
L'endométriose peut aboir un impact sur les alternatives d'accouchement, par exemple en augmentant la probabilité d'une césarienne en raison de complications potentielles ou de la position du bébé influencée par des adhérences pelviennes.
Une préparation adéquate à l'accouchement inclut des discussions sur la prise en charge de la douleur et des attentes post-partum, notamment comment l'endométriose peut affecter la récupération.
Soutien et ressources
Les réseaux de soutien, qu'ils soient en ligne ou locaux, peuvent apporter des conseils précieux, du soutien émotionnel et des informations pratiques pour la régulation de la grossesse avec l'endométriose. Des ressources comme des guides de grossesse spécifiques à l'endométriose, des consultations avec des spécialistes en fertilité et en gestion de la douleur, ainsi que des recommandations de soins pré et post-nataux peuvent être extrêmement utiles.
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