L'allaitement maternel, un sujet de santé publique majeur, suscite de nombreuses interrogations quant à son impact sur la santé maternelle et infantile. Si ses bienfaits pour le nourrisson sont largement reconnus, son rôle dans la prévention ou l'augmentation du risque de certains cancers, notamment le cancer du côlon, fait l'objet d'études approfondies et parfois contradictoires. Cet article vise à explorer les liens complexes entre l'allaitement et le cancer du côlon, en s'appuyant sur les données scientifiques disponibles et les recommandations actuelles.

Allaitement et Risque de Cancer : Une Revue Globale

De nombreuses études ont examiné les liens entre l'allaitement maternel et la diminution des risques de cancers chez la mère et chez l’enfant. Une équipe de recherche a réalisé une « revue parapluie » pour faire le point sur les connaissances scientifiques sur ce sujet. La revue parapluie est une forme de revue systématique qui compile les preuves d’autres revues systématiques. Une première analyse a consisté à comparer les mères ayant pratiqué l’allaitement maternel, quelle que soit sa durée, à celle ne l’ayant jamais pratiqué. Les résultats de cette comparaison confirment le rôle protecteur de l’allaitement maternel vis-à-vis de plusieurs types de cancers, chez l’enfant et chez la mère. Les auteurs ont par ailleurs effectué une deuxième analyse en comparant les mères ayant pratiqué l’allaitement maternel pendant moins de 6 mois à celles l’ayant pratiqué pendant plus de 6 mois. Pour conclure, les résultats de cette revue parapluie confirment l’association entre la pratique de l’allaitement maternel et la diminution des risques de cancers chez la mère et chez l’enfant.

L'Allaitement et le Cancer du Sein : Un Lien Établi

Plusieurs rapports d’expertise scientifique français et internationaux ont établi un lien entre allaitement maternel et la réduction du risque de développer un cancer du sein. En France, une expertise collective coordonnée par l’Institut National du Cancer (INCa) en 2015 a conclu à une diminution convaincante du risque de cancer du sein associée à l’allaitement maternel. Dès 2007, le World Cancer Research Fund (WCRF) et l’American Institute for Cancer Research (AICR) ont évalué les niveaux de preuve des associations entre allaitement maternel et risque de cancer. Le dernier rapport, publié en 2018, conclut que l’allaitement est associé à une diminution du risque de cancer du sein avec un niveau de preuve probable. De plus, les études montrent que plus le nombre de mois d’allaitement est grand, plus le risque diminue.

Plusieurs mécanismes semblent être impliqués dans la diminution de risque de cancer du sein lors de l’allaitement :

  • La diminution des taux sanguins d’hormones sexuelles (œstrogènes, androgènes) pendant la période d’aménorrhée (absence de règles) due à l’allaitement ;
  • L’élimination des cellules potentiellement porteuses de lésions de l’ADN via l’exfoliation importante du tissu mammaire au cours de la lactation ;
  • La mort cellulaire massive à la fin de l’allaitement, du fait de la régression de la glande mammaire.

Par ailleurs, l’allaitement a également un effet indirect chez l’enfant allaité, puisque le fait d’avoir été allaité contribue à diminuer le risque de surpoids et d’obésité durant l’enfance.

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Allaitement et Cancer du Côlon : Des Études Contrastées

Une étude a examiné les données de 158 696 femmes âgées de 27 à 93 ans. Pour affiner les résultats, les chercheurs ont collecté des informations concernant le tabagisme, la consommation d'alcool pendant la grossesse, les comorbidités, le poids et la taille. Après la prise en compte de toutes les variables, l’allaitement reste l’association la plus importante avec le cancer du côlon. Avant d'ajouter : "Particulièrement inquiétant, un groupe de femmes plus jeunes au sein de la cohorte présentait un risque accru d'environ 40 % de développer un cancer colorectal à haut risque avant l'âge de 55 ans". En conclusion de cette étude, les auteurs rappellent que d'autres recherches sont nécessaires pour confirmer ces résultats : "Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre les mécanismes biologiques sous-jacents, car cette association n’établit pas de lien de causalité".

Cependant, il est crucial de souligner que ces résultats sont isolés et nécessitent d'être confirmés par d'autres études. La majorité des recherches sur l'allaitement et le cancer du côlon tendent plutôt à démontrer un effet protecteur ou neutre. Les mécanismes biologiques potentiels derrière une telle association restent à élucider.

Facteurs de Risque du Cancer Colorectal : Une Approche Globale

Le World Cancer Research Fund (WCRF) a publié en avril 2025 un nouveau rapport reposant sur une méthodologie nouvelle prenant en compte les rôles des régimes alimentaires et du mode de vie dans la prévention du cancer. Le rapport fournit, à partir de l’examen de 170 études mondiales, des éclaircissements supplémentaires sur l’impact combiné des régimes alimentaires, de l’activité physique, de l’indice de masse corporelle, du tabagisme et de la consommation d’alcool sur les cancers du sein, du côlon et du rectum.

Pour le cancer colorectal, le panel a analysé 86 études. Sur la base de ces preuves, ils ont recommandé une alimentation et un mode de vie sain qui comprend plusieurs stratégies :

  • maintenir un poids « santé » et faire régulièrement de l’activité physique ;
  • privilégier les fruits et légumes, ainsi que les aliments contenant des fibres ;
  • consommer du café et des aliments/boissons contenant du calcium, comme les produits laitiers ;
  • réduire la consommation de boissons sucrées et d’alcool ;
  • éviter de fumer ;
  • éviter de manger des viandes transformées.

Il est important de noter que ces recommandations fonctionnent comme un modèle intégré.

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Le Mode de Vie : Un Facteur Déterminant

Le Fonds mondial de recherche contre le cancer élargit son champ d’analyse au-delà de l’alimentation en prenant désormais en compte l’ensemble du mode de vie pour mieux évaluer les risques et formuler des recommandations globales. Plutôt que d'examiner des nutriments individuellement ou des aliments ou des comportements spécifiques, les chercheurs ont opté pour l'utilisation d'approches qui considèrent l'alimentation et d'autres composantes du mode de vie comme un modèle intégré et aux actions synergiques. Ils ont catégorisé ceux-ci en (1) modèles alimentaires et (2) modèles alimentaires et de mode de vie - le premier incluant uniquement des éléments liés à l’alimentation, tandis que le second considère également des facteurs de mode de vie modifiables comme l’activité physique, le poids corporel et l’allaitement.

Pour permettre aux individus de suivre ces recommandations, les décideurs politiques doivent s’assurer que leurs citoyens comprennent non seulement l’importance d’y adhérer, mais aussi qu’ils vivent dans un environnement qui est propice à cela. Un certain nombre de points clés devraient, à ce titre, être considérés par les décideurs politiques pour soutenir cette adhésion :

  • Il est important que ces recommandations préventives soient adaptées à la région. Cela ne sera adopté par les individus et les communautés, et cela sera durable que si cela est considéré comme culturellement acceptable.
  • Lors du développement ou de la mise à jour des directives alimentaires basées sur les aliments, la prise de conscience de la manière dont le régime alimentaire impacte le climat et est impacté par le changement du climat doit être communiquée.

Le Lait Humain : Des Propriétés Anticancéreuses Potentielles

Des études ont retrouvé dans le lait humain un facteur induisant l’apoptose chez les cellules cancéreuses, mais pas chez les cellules saines. Une étude avait fait état de l’efficacité du lait humain pour le traitement des papillomes. Le complexe HAMLET (human alpha-lactalbumine made lethal to tumor cells) a été découvert par l’équipe de Svanborg lorsqu’elle étudiait les propriétés anti-adhésives de certaines molécules du lait humain (Håkansson). La HAMLET se forme suite à la précipitation de la caséine en raison du pH bas de l’estomac. Cela induit une modification de la structure spatiale de l’alpha-albumine et sa liaison avec un acide gras. La HAMLET s’est avérée déclencher une dégradation rapide des cellules tumorales in vitro ainsi que chez des patients souffrant de cancer (Trulsson).

Son efficacité a été démontrée tant in vitro que sur des modèles animaux, et sur divers types de cancer (glioblastome, cancer vésical, intestinal, papillomes). De plus, elle n’a aucun impact sur les cellules saines et sa toxicité est nulle. Dans une étude sur des souris chez qui un cancer urinaire à cellules humaines avait été déclenché, l’instillation intra-vésicale pendant 8 jours de HAMLET retardait le développement de la tumeur et prolongeait la survie par rapport aux souris du groupe témoin (Mossberg). Dans une autre étude, la HAMLET a été testée en administration orale sur le cancer du côlon (Puthia) chez des souris. Le nombre et la taille des tumeurs étaient significativement abaissés, et la durée de survie était plus élevée chez les souris traitées que chez celles du groupe témoin.

Expérience de Patients Cancéreux Utilisant du Lait Humain

Un certain nombre de patients cancéreux ont demandé à recevoir du lait humain, en complément de leur traitement. Le but d'une étude qualitative était de faire le point sur l’utilisation du lait humain dans le traitement des cancers : motivation pour l’utilisation du lait humain, perception de son impact sur la qualité de vie, intégration de la prise de lait humain dans le traitement.

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L’étude a inclus des sujets âgés de 18 à 80 ans, qui ont demandé à recevoir du lait humain, et qui ont pu en obtenir, et ce entre 1999 et 2005. Les informations sur la possibilité d’utiliser du lait humain comme adjuvant avaient été obtenues sur Internet par tous les patients. Le lait humain avait été prescrit par un médecin. En l’absence de toute recommandation sur la posologie, cette dernière avait été déterminée expérimentalement, et elle allait de 59 à 355 ml/jour.

Globalement, le lait humain était vu comme la dernière chance, qui méritait d’être tentée même s’il n’y avait qu’une chance de succès sur 1 million. De ce point de vue, la prise de lait humain avait un indéniable impact psychologique bénéfique, il était porteur d’espoir. Certains patients estimaient que le lait humain avait eu un impact bénéfique sur leur fonction digestive, qui contrebalançait l’impact négatif des chimiothérapies. Ce lait constituait également un apport nutritionnel significatif. Pour certains patients, le lait humain avait une composante spirituelle.

Cette étude montre que certains patients cancéreux sont déterminés à utiliser du lait humain comme adjuvant dans le traitement de leur cancer, même en l’absence de données scientifiques sur son éventuel impact bénéfique, et en dépit de son coût élevé, du goût du lait humain jugé désagréable par certains, ou de la désapprobation de leur médecin ou de leur entourage.

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