L'allaitement maternel est un sujet important pour les nouvelles mamans, mais il peut être particulièrement complexe pour celles qui luttent contre la boulimie. Cet article vise à fournir des informations complètes sur la relation entre l'allaitement et la boulimie, en abordant les défis potentiels, les recommandations et les stratégies de prise en charge.
Introduction
Les troubles du comportement alimentaire (TCA), tels que l'anorexie et la boulimie, touchent plus particulièrement les jeunes filles et les femmes en âge de procréer. Il est désormais reconnu que ces troubles peuvent avoir un impact significatif sur le déroulement de la grossesse et la période post-partum, y compris l'allaitement. Cet article explore les liens entre la boulimie et l'allaitement, en mettant en lumière les risques potentiels et les stratégies de prise en charge adaptées.
Boulimie : Définition et Caractéristiques
La boulimie est un trouble des conduites alimentaires (TCA) caractérisé par la survenue répétée de crises alimentaires incontrôlées, suivies de comportements compensatoires destinés à éviter la prise de poids. Ces comportements peuvent inclure des vomissements auto-provoqués, l'utilisation de laxatifs ou de diurétiques, le jeûne ou l'exercice excessif. Contrairement à l'anorexie mentale, la boulimie n'entraîne pas nécessairement une perte de poids importante, et de nombreuses personnes boulimiques ont un poids normal, voire légèrement supérieur à la moyenne.
Crises Alimentaires et Comportements Compensatoires
Pendant une crise, l'enfant ou l'adolescent va ingérer une grande quantité de nourriture en un laps de temps très court, souvent en moins de deux heures. Cette caractéristique fait partie des critères diagnostiques définis par le DSM-5. La personne boulimique n’arrive pas à s’arrêter, même lorsqu’elle n’a plus faim ou se sent physiquement mal. Ce comportement est souvent suivi d’un sentiment intense de honte, de culpabilité ou de dégoût de soi. Ce type de nourriture est parfois ingéré sans même être mâché ou savouré, dans un état proche de la dissociation.
Impact sur l'Estime de Soi
Comme dans l’anorexie mentale, on retrouve une estime de soi influencée de manière excessive par le poids ou la forme corporelle mais contrairement à l’anorexie mentale, la boulimie n’entraîne pas nécessairement une perte de poids importante : de nombreuses personnes boulimiques ont un poids normal, voire légèrement supérieur à la moyenne. Il existe une influence majeure du poids et de la forme corporelle sur l’estime de soi, le poids devient le moteur de l’estime et rien d’autre ne peut le remplacer. Le jeune peut alors adopter des rituels de pesées quotidiennes voire plusieurs fois par jour.
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Facteurs de Risque et Vulnérabilité
La boulimie ne résulte jamais d’un seul élément déclencheur. Comme pour la plupart des TCA, elle apparaît à la croisée de plusieurs facteurs, qui peuvent varier d’une personne à l’autre. Il a été identifié des facteurs prédisposants, qui influenceraient une trajectoire de vulnérabilité d’intensité variable selon le type et la répétition de ces facteurs. Des facteurs précipitants, qui déclenchent les premiers symptômes de la maladie, les TCA seraient alors une réponse adaptative de l’individu à une situation de stress psychique. Et des facteurs d’entretiens, qui renforcent les symptômes et maintiennent l’individu dans ses conduites qui deviennent rapidement inadaptées et délétèrent.
La boulimie est souvent liée à certaines fragilités psychologiques. Chez les personnes concernées, on observe fréquemment une faible estime de soi, un perfectionnisme prononcé, ainsi qu’une peur intense de l’échec ou du rejet. Ces individus ont parfois des difficultés à exprimer ou gérer leurs émotions, ce qui peut les pousser à utiliser la nourriture comme un moyen d’apaiser leur anxiété, leur tristesse ou un mal-être difficile à nommer. Ces personnes disent fréquemment qu’elles mangent leurs émotions ou comblent une sensation de vide avec la nourriture. Le contexte familial joue un rôle déterminant dans le développement du trouble. De plus, une exposition précoce à des régimes restrictifs ou à des discours dévalorisants sur le corps peut favoriser l’apparition du trouble. Selon les études épidémiologiques comparants des jumeaux, il existe une composante génétique prédisposant aux TCA. Il n’y aurait pas un ou plusieurs gènes prédisposants, mais plutôt une multitude de gènes et de mécanismes qui en interagissant avec l’environnement (épigénétique) constituerait un facteur de vulnérabilité. L’héritabilité de la boulimie nerveuse est estimée entre 50 et 60%, ce qui signifie que si l’on considère l’ensemble des facteurs prédisposants, la part génétique représenterait 50 à 60%.
Boulimie et Grossesse
La grossesse peut être une période particulièrement vulnérable pour les femmes souffrant de boulimie. Les changements hormonaux, physiques et émotionnels associés à la grossesse peuvent exacerber les symptômes du trouble. Cependant, certaines femmes peuvent connaître une amélioration temporaire de leurs symptômes pendant la grossesse, en raison d'une plus grande préoccupation pour la santé de leur bébé.
Impact sur la Grossesse
Pendant la grossesse des femmes souffrant de boulimie - comme dans l’anorexie - les praticiens observent une « parenthèse enchantée » : la fréquence et l’intensité des crises diminuent. « Malgré les perturbations biologiques provoquées par les vomissements pluriquotidiens, la santé du futur bébé est le plus souvent normale. Mais la boulimie s’aggrave à nouveau après la grossesse », précise le Pr Rigaud.
Risques Potentiels pour la Mère et l'Enfant
Les troubles des conduites alimentaires (TCA) concernent plus particulièrement la jeune fille et la femme en âge de procréer et il est maintenant reconnu que ces troubles ont un impact sur le déroulement de la grossesse. Des complications liées à la dénutrition risquent d’entrainer un retard de croissance du fœtus, un accouchement prématuré, des carences vitaminiques préjudiciables. La vulnérabilité psychique, accrue dans cette période de grossesse, fragilise aussi les jeunes femmes déjà malmenées par leurs difficultés. Les modifications corporelles sont mal supportées, on peut craindre l’aggravation des symptômes après la naissance de l’enfant et l’apparition rapide de troubles dépressifs.
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Boulimie et Allaitement
L'allaitement maternel est généralement recommandé pour les nourrissons en raison de ses nombreux avantages pour la santé. Cependant, les femmes souffrant de boulimie peuvent se demander si l'allaitement est sûr et approprié pour elles et leur bébé.
Défis Potentiels
L’allaitement maternel est dit exclusif si le nourrisson reçoit uniquement du lait maternel à l’exception de tout autre ingestat, solide ou liquide, y compris l’eau. En France, l’allaitement maternel concerne 70 % des enfants à la naissance et dure en médiane 15 semaines (3,5 semaines pour l’allaitement exclusif). Ces résultats sont parmi les plus faibles d’Europe, malgré des taux multipliés par 2 en 20 ans.
Les femmes souffrant de boulimie peuvent rencontrer des défis spécifiques liés à l'allaitement, tels que :
- Préoccupations concernant la qualité et la quantité du lait maternel: Les comportements compensatoires, tels que les vomissements ou l'utilisation de laxatifs, peuvent entraîner des carences nutritionnelles qui peuvent affecter la qualité et la quantité du lait maternel.
- Difficultés à maintenir un poids santé: Les fluctuations de poids associées à la boulimie peuvent rendre difficile le maintien d'un poids santé pendant l'allaitement, ce qui peut affecter la production de lait.
- Stress et anxiété: Les préoccupations concernant l'allaitement et la santé du bébé peuvent augmenter le stress et l'anxiété, ce qui peut aggraver les symptômes de la boulimie.
- Culpabilité et honte: Les femmes souffrant de boulimie peuvent ressentir de la culpabilité et de la honte concernant leur trouble alimentaire, ce qui peut rendre difficile la recherche de soutien et d'aide.
Recommandations
Malgré ces défis, l'allaitement maternel peut être possible et bénéfique pour les femmes souffrant de boulimie, à condition qu'elles reçoivent un soutien et une prise en charge appropriés. Voici quelques recommandations :
- Consulter une équipe de professionnels de la santé: Il est essentiel de consulter une équipe de professionnels de la santé, comprenant un médecin, un nutritionniste, un psychologue ou un psychiatre, et un consultant en lactation, pour élaborer un plan de prise en charge individualisé.
- Surveiller l'état nutritionnel: Il est important de surveiller l'état nutritionnel de la mère et du bébé pour s'assurer qu'ils reçoivent tous les nutriments nécessaires. Des compléments alimentaires peuvent être recommandés pour combler les carences nutritionnelles.
- Gérer les symptômes de la boulimie: Il est essentiel de continuer à gérer les symptômes de la boulimie pendant l'allaitement. Cela peut inclure une thérapie individuelle ou de groupe, des techniques de gestion du stress et des stratégies d'adaptation.
- Rechercher du soutien: Il est important de rechercher du soutien auprès de la famille, des amis, ou de groupes de soutien pour les femmes souffrant de troubles alimentaires.
- Être bienveillante envers soi-même: Il est important d'être bienveillante envers soi-même et de se rappeler que l'allaitement est un défi pour toutes les nouvelles mamans, et encore plus pour celles qui luttent contre la boulimie.
Prise en Charge des TCA et Chirurgie Bariatrique
Coralie Gaspard (Nancy) fait le point, quant à elle, sur les liens entre la chirurgie bariatrique et les TCA. Elle souligne le fait que la reprise ou l’apparition de TCA après une chirurgie bariatrique est un phénomène relativement fréquent. Si de nombreux patients améliorent leurs comportements alimentaires et leur qualité de vie après une telle intervention, une proportion notable développe ou retrouve des TCA, parfois même plus graves qu’avant l’opération.
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Troubles Psychiatriques et Vulnérabilité Psychique
Coralie Gaspard souligne le fait que les patients présentant une obésité sévère sont plus vulnérables sur le plan psychique que la population de poids normal et que la chirurgie bariatrique va avoir un fort retentissement sur le corps et l’image du corps à travers l’amaigrissement, sur les capacités relationnelles du patient, ainsi que sur la gestion du stress et des émotions.
Différenciation des Comportements Adaptatifs et Pathologiques
Coralie Gaspard met en avant le fait qu’il est parfois difficile de différencier les comportements adaptatifs attendus après la chirurgie bariatrique, des comportements pathologiques.
Recommandations pour la Prise en Charge
Pour conclure, Coralie Gaspard recommande une prise en charge précoce des TCA durant le parcours de chirurgie bariatrique, comprenant une évaluation psychologique ou psychiatrique, ainsi qu’un suivi investi pour travailler sur les causes (traumatismes, gestion des émotions) et un accompagnement diététique adapté.
Diagnostic et Suivi des TCA pendant la Grossesse
Najate Achamrah (Rouen) met tout d’abord en lumière la forte hausse des prévalences de TCA suite à la crise du Covid, quel que soit le type de TCA. Najate Achamrah souligne le fait que la présence de TCA pendant la grossesse est loin d’être anecdotique : selon la littérature scientifique récente, entre 5 et 10 % des grossesses se déroulent en présence d’un TCA. La grossesse est souvent synonyme d’aggravation des symptômes des TCA, en raison des changements physiques, hormonaux, émotionnels ou encore sociaux associés à cette période de la vie. Cependant, pour certaines patientes, la grossesse est parfois au contraire une période d’amélioration des symptômes, par intérêt porté pour la santé de l’enfant à naître.
Sous-Diagnostic et Importance du Diagnostic
Les TCA pendant la grossesse sont fréquemment sous-diagnostiqués, en particulier en raison du fait qu’il existe souvent un chevauchement entre les symptômes des TCA et ceux habituellement observés pendant une grossesse. L’enjeu de faire le diagnostic de TCA est pourtant majeur, tant pour la mère que pour l’enfant à naître.
Outils de Diagnostic et Suivi
Pour réaliser le diagnostic de TCA, Najate Achamrah recommande d’utiliser le questionnaire SCOFF-F, constituée de cinq questions spécifiques, même si cet outil n’a pas été spécifiquement validé dans la population des femmes enceintes. et enfin un suivi de la relation mère-enfant par une sage-femme puis un infirmier de la petite enfance et, en cas de besoin, un pédopsychiatre.
Impact des TCA sur la Période Périnatale
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît la santé mentale des femmes pendant la période périnatale comme un enjeu de santé publique majeur. Or, il existe une prévalence importante de formes cliniques et subcliniques de troubles des conduites alimentaires (TCA) dans la population des femmes en âge de procréer comme l'anorexie mentale, la boulimie, l'hyperphagie boulimique ou encore les autres troubles de l'alimentation ou de l'ingestion d'aliments spécifiés. Ainsi, il est proposé dans cette revue de la littérature de détailler l'impact des TCA pour la femme et future mère et pour l'enfant, à différents temps de la période périnatale.
Conséquences Préconceptionnelles
Tout d'abord, il s'agit de préciser le lien en période préconceptionnelle entre TCA et hypofertilité ainsi que le recours aux techniques d'assistance médicale à la procréation (AMP) pour enfanter.
Complications Obstétricales et Néonatales
Sont détaillées ensuite les complications obstétricales et néonatales associées aux troubles.
Retentissement Post-Partum
Le retentissement des TCA sur le post-partum est également explicité (symptômes alimentaires, comorbidités psychiatriques, allaitement).
Effet sur la Parentalité et le Devenir des Enfants
Pour finir, l'effet des TCA sur la parentalité et le devenir des enfants sont développés (perturbations des conduites alimentaires, dysfonctionnements des interactions précoces et troubles de la parentalité, troubles du développement cognitif, émotionnel et comportemental chez l'enfant).
Importance de la Prévention et de la Prise en Charge
La prévention, le repérage et la prise en charge des TCA en période périnatale sont ainsi importants considérant le risque de comorbidités psychiatriques et complications obstétricales maternelles associées aux TCA et l'impact possible des troubles sur le développement somatique, psychoaffectif et comportemental de l'enfant. Cependant, ces troubles sont insuffisamment connus des professionnels de santé et leurs prises en charge en période périnatale ne font pas l'objet de consensus forts.
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