L'allaitement maternel est un sujet de santé publique majeur, reconnu pour ses nombreux bienfaits tant pour l'enfant que pour la mère, et plus largement pour la société. Malgré une valorisation croissante et des campagnes de santé publique, la France reste en retrait par rapport à ses voisins européens en matière d'allaitement. Cet article explore les chiffres clés, les enjeux, les initiatives et les perspectives d'avenir de l'allaitement maternel en France.

Progression de l'Allaitement Maternel en France : Les Chiffres Clés

Les résultats de l’étude Elfe confirment la tendance à l’augmentation de l’initiation de l’allaitement maternel en maternité documentée depuis plusieurs années, en parallèle des nombreuses actions de santé publique qui ont été initiées pour promouvoir l’allaitement maternel. L’enquête Elfe a permis d’apprendre que 70 % des mères allaitent à la maternité, un chiffre en forte progression depuis les années 1970 (59 % des mères allaitent exclusivement et 11 % donnent un biberon en plus du lait maternel). L'étude Epifane 2021, menée par Santé Publique France, révèle des résultats encourageants :

  • Initiation à la maternité : 77% des enfants sont allaités à la maternité, contre 74% en 2012.
  • Durée médiane : La durée médiane de l’allaitement (exclusif + mixte) a progressé de 15 à 20 semaines entre 2012 et 2021.
  • Allaitement à 6 mois : Plus du tiers des enfants étaient encore allaités à 6 mois en 2021, contre moins d’un quart en 2012.

Ces chiffres témoignent d'une évolution positive, mais la France reste en deçà des taux observés dans d'autres pays européens, où l'allaitement à la naissance dépasse souvent les 80%.

Les Bénéfices de l'Allaitement Maternel : Un Enjeu de Santé Publique

La synthèse du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) rappelle les bénéfices de l’allaitement maternel en s’appuyant sur les preuves scientifiques. Ces bénéfices concernent les aspects tant immunologiques, anti-infectieux et développementaux de l’enfant, mais également les bénéfices pour la mère et, plus largement, pour la société.

Pour l'enfant :

  • Immunité renforcée : L'allaitement maternel constitue le premier « vaccin » du bébé, le protégeant contre diverses infections.
  • Développement optimal : Il favorise une croissance normale et un développement sain.
  • Réduction des risques : Des études montrent une diminution des risques d'obésité, de diabète de type 1, d'asthme, et d'autres maladies à long terme.

Pour la mère :

  • Bien-être psychologique : L'allaitement peut contribuer à réduire la dépression post-partum et améliorer l'humeur.
  • Réduction des risques de maladies : Allaiter diminue le risque de développer un diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires, certains cancers (sein, ovaires), et l'ostéoporose.

Pour la société :

  • Économies de coûts de santé : L'allaitement réduit les dépenses de santé liées aux maladies infantiles et maternelles.
  • Réduction des inégalités : Donner à chaque enfant un bon départ dans l'existence est un déterminant majeur de santé dans une perspective de vie entière. C’est également un moyen efficace de réduire les inégalités en matière de santé.

Les Obstacles à l'Allaitement Maternel en France

Malgré les avantages indéniables, plusieurs obstacles persistent en France, contribuant à des taux d'allaitement inférieurs à ceux de nombreux pays européens :

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  • Arrêt précoce : A 2 mois, le fait de trouver le biberon plus pratique (y compris le souhait de faire davantage participer le père) et l’insuffisance ressentie de la production de lait maternel (sans que celle-ci ne soit objectivée par une baisse effective de poids du nouveau-né) sont les deux principales causes d’arrêt de l’allaitement. Les problèmes liés à la mise au sein (57%) et les problèmes d’organisation et de manque de temps (54%) sont également invoqués par plus d’une femme sur deux.
  • Conciliation travail-allaitement : La difficulté de concilier un emploi avec l’allaitement est un frein majeur. La moitié des mères qui allaitaient encore à 6 mois donnaient au moins six tétées par jour à leur enfant, et se trouvaient donc dans une situation difficilement compatible avec la reprise sereine d’une activité professionnelle.
  • Manque de soutien et d'information : L’insuffisante formation des professionnels de santé et des employeurs en matière d’accompagnement des femmes souhaitant allaiter, ou encore les informations contradictoires reçues sur l’allaitement et l’alimentation du jeune enfant, sont des obstacles importants.
  • Pression sociale et culturelle : La sexualisation du sein féminin dans la culture occidentale peut rendre certaines mères réticentes à allaiter en public, par crainte du jugement ou de l’embarras. Il existe également une pression sociale contradictoire : les mères qui n’allaitent pas ou qui allaitent trop longtemps peuvent être jugées sévèrement.
  • Manque d'infrastructures : Le manque d’installations pour allaiter ou tirer son lait dans les lieux publics et sur le lieu de travail est un frein significatif.

Les Actions et Initiatives de Santé Publique

Face à ces défis, plusieurs actions et initiatives sont mises en œuvre pour promouvoir et soutenir l'allaitement maternel en France :

  • Programmes Nationaux Nutrition Santé (PNNS) : Ces programmes visent à favoriser l’apprentissage des éléments pratiques pour la promotion et le soutien des femmes qui allaitent.
  • Initiative Hôpitaux Amis des Bébés (IHAB) : Ce programme de l’OMS et de l’UNICEF vise à améliorer l'allaitement maternel dans de nombreux pays à revenu élevé. Les maternités labellisées IHAB présentent des taux d'allaitement exclusif plus élevés.
  • Formation des professionnels de santé : Renforcer, améliorer et rendre plus cohérente la formation initiale et la formation continue des professionnels de santé et de la périnatalité en intégrant l’allaitement maternel et la prévention de l’exposition aux contaminants.
  • Information des parents : Informer les parents que le lait artificiel est un aliment industriel transformé qui ne pourra jamais être équivalent au lait maternel. Donner aux parents une information sur l’exposition aux contaminants environnementaux, élaborée par Santé publique France (site internet 1000 premiers jours) et déclinée, en lien avec les ARS et les professionnels de périnatalité sur l’ensemble du territoire (hexagone et outremer).
  • Soutien à l'allaitement après la reprise du travail : Des mesures réglementaires complémentaires pourraient être envisagées pour rendre effective la possibilité d’allaiter après la reprise du travail, faire connaître et faire respecter la législation existante sur les droits des femmes qui allaitent (au travail, dans les lieux publics…). Labelliser et soutenir les entreprises actives dans le soutien aux femmes qui allaitent (prolongation du congé maternité, pièce et matériel de conservation pour tirer le lait, information diffusée…).
  • Etudes et enquêtes : Santé publique France met en place un système de surveillance de l’alimentation et de l’état nutritionnel du nourrisson et du jeune enfant pour permettre de décrire les pratiques en matière d’allaitement et de diversification alimentaire, de contribuer à l’évaluation des politiques de santé publique, et d’orienter les actions de promotion de l’allaitement et les recommandations pour une alimentation plus adéquate du jeune enfant.

Les Recommandations du Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP)

Le Haut Conseil de Santé Publique dans sa synthèse énonce les chiffres insuffisants de la pratique de l’allaitement en France et les actions mise en place avec l’OMS et l’UNICEF tel que l’IHAB conçue pour protéger l’allaitement. Dans l’axe 1, entre autres objectifs le HCSP recommande :

  • Allonger la durée post-natale du congé de maternité : De 6 mois, mais 4 mois dans l’immédiat dont 2 mois supplémentaires sous prescription donnée par un médecin pour « congé d’allaitement ».
  • Renforcer la formation des professionnels de santé : Renforcer, améliorer et rendre plus cohérente la formation initiale et la formation continue, en l’inscrivant dans le DPC, des professionnels de santé et de la périnatalité en intégrant l’allaitement maternel et la prévention de l’exposition aux contaminants, en milieux professionnel et non professionnel, des femmes enceintes, allaitantes et des nourrissons. Ces formations doivent être totalement indépendantes des industriels qu’il s’agisse de leur contenu, de leur organisation ou des supports de formation.
  • Informer les parents : Informer les parents que le lait artificiel est un aliment industriel transformé qui ne pourra jamais être équivalent au lait maternel. Donner aux parents une information sur l’exposition aux contaminants environnementaux, élaborée par Santé publique France (site internet 1000 premiers jours) et déclinée, en lien avec les ARS et les professionnels de périnatalité sur l’ensemble du territoire (hexagone et outremer).

L'Initiative Hôpitaux Amis des Bébés (IHAB) : Un Label de Qualité

L'Initiative internationale « the Baby Friendly Hospital Initiative » (BFHI) (en français « Hôpitaux amis des bébés » - IHAB) lancé en 1991 par l’OMS et l’UNICEF améliore l'allaitement maternel dans de nombreux pays à revenu élevé. Parmi les recommandations listées dans le cadre de cette initiative, il est à noter qu’il existe un volet ciblant spécifiquement les bébés de petits poids de naissance.

L’initiative « Hôpital Ami des bébés » a été mise en œuvre pour la première fois en France en 2000. L’étude parue ce mois-ci dans la revue International Journal of Epidemiology rapporte les résultats de l’évaluation de son efficacité dans les hôpitaux en France détenant le label IHAB. Elle vise notamment à évaluer le rôle de ce label dans la réduction des inégalités en matière d'allaitement maternel parmi différents sous-groupes mère-enfant présentant des caractéristiques socio-économiques, démographiques et cliniques variables.

Les résultats de l'étude montrent que :

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  • Dans les maternités labellisées IHAB, les taux bruts d'allaitement exclusif étaient plus élevés que dans les maternités non labellisées, alors que les taux bruts d'allaitement mixte étaient plus faibles que dans les maternités non labellisées.
  • L'IHAB a eu un impact positif sur les taux d'allaitement chez les mères ayant un niveau d'éducation moyen à élevé (Bac +2 et au delà).
  • L'augmentation des taux d'allaitement exclusif et la diminution des taux d'allaitement mixte associées à la labellisation IHAB étaient plus importantes chez les nouveau-nés de faible poids de naissance, contribuant ainsi à réduire l'écart existant entre ce groupe vulnérable et les bébés de poids normal.

Les Perspectives d'Avenir

Afin de continuer à faire évoluer les pratiques et les connaissances sur ces sujets, une 3ème édition d’Epifane est d’ores-et-déjà planifiée pour 2027. Par ailleurs, Santé publique France a mené des travaux sur les pratiques de l’allaitement des femmes de retour au travail en Europe.

Les pays de la région Europe de l’OMS présentent le taux d’allaitement exclusif au sein à 6 mois le plus faible au monde, à savoir 25% des nourrissons. Améliorer cette situation pose, entre autres, la question de l’allongement du congé maternité mais aussi du maintien de l’allaitement après la reprise du travail : Comment concilier travail et allaitement ? Quelles sont les caractéristiques de l’emploi ou des emplois favorables à la poursuite de l’allaitement après le retour au travail ?

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