L'allaitement maternel est un sujet central dans les discussions sur la santé infantile et maternelle. Bien que souvent présenté comme la norme idéale, il est essentiel d'examiner les bénéfices et les risques associés à cette pratique pour prendre des décisions éclairées. Cet article explore en profondeur les avantages de l'allaitement pour la mère et l'enfant, tout en abordant les défis potentiels et les alternatives possibles.
Les bienfaits de l'allaitement maternel pour la mère
L'allaitement maternel offre de nombreux avantages pour la santé de la mère, tant à court qu'à long terme.
Récupération post-partum et réduction des risques de cancer
L'allaitement favorise une meilleure tonicité et une réduction de l'endométriose chez les femmes touchées. Grâce aux contractions utérines provoquées par la succion du bébé en post-partum immédiat, l'utérus retrouve plus vite sa taille et sa tonicité qu'une mère non allaitante. De plus, plus la durée de l'allaitement est longue, plus la mère est protégée contre le risque de développer un cancer. Une étude datant de 25 ans a montré qu'allaiter plus de 12 mois par enfant diminuait le risque de plus de la moitié, comparé à un allaitement de 0 à 3 mois.
On assiste depuis ces 30 dernières années à une montée en flèche des cancers du sein et ce chez des femmes de plus en plus jeunes, c’est-à-dire avant 50 ans. C’est très inquiétant or il a été démontré que la grossesse et l’allaitement avaient des effets protecteurs sur cette maladie grave qui reste, malgré les progrès en médecine, la première cause de décès féminins par cancer. Le sein atteint en fait sa maturation complète grâce à la grossesse et à la lactation. Chaque naissance diminue le risque de cancer du sein de 7% et chaque année d’allaitement le diminue de 4,3%.
La grossesse et l’allaitement permettent une pause des cycles menstruels et par conséquent un nombre plus faible d’ovulations et une moins grande exposition aux œstrogènes, ce qui selon les études, aurait un effet préventif sur ce type de cancer féminin. L’effet dose est là encore significatif, c’est-à-dire que plus vous avez d’enfants et que vous les allaitez, plus vous diminuez vos risques. Une femme qui n’allaite pas aura son retour de couche en général 6 semaines environ après son accouchement alors qu’une femme allaitante peut rester des mois voire des années sans règles.
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L’effet protecteur de l’allaitement augmente avec la durée cumulée de l’allaitement, qui correspond à la durée d’allaitement d’une femme pour tous ses enfants. Pour chaque douze mois cumulés d’allaitement, la réduction du risque de cancer du sein est estimée à 4,3 %. Cet effet protecteur s’ajoute à la protection associée à la parité (c’est-à-dire la réduction du risque de cancer du sein directement liée au fait d’avoir eu un enfant). Dans ce contexte, une femme qui a deux enfants et qui nourrit chaque enfant au sein pendant douze mois aura une diminution de risque de cancer du sein de 8,6 %.
Bien-être psychologique et attachement
Même en cas d’antécédent de fragilité psychique, les contacts en peau à peau répétés (corps nu du bébé sur le corps de sa maman ou seulement son visage et ses petites mains sur le sein) et les hormones sécrétées durant l’allaitement favorisent l’attachement de la maman à son bébé, et sa détente. Devenir maman n’est pas simple mais si on vous soutient et vous valorise dans votre allaitement vous allez vous sentir utile, essentielle même, car vous seule pouvez le faire pour le plus grand bien de votre bébé.
Prévention des maladies cardio-vasculaires
Actuellement, les taux de mortalité liés à des accidents cardio-vasculaires (infarctus, hypertension, thrombose veineuse, embolie pulmonaire, AVC..) sont considérables, c’est même devenu la première cause de mortalité dans la population féminine française ! Il existe des liens certains avec le stress, le surpoids, la mauvaise alimentation, le manque d’activité physique régulière, le tabagisme, la consommation abusive d’alcool mais le grand public connait moins les effets bénéfiques de l’allaitement maternel sur la prévention de ces maladies.
Gestion du poids et prévention du diabète
Si vous allaitez vous brûlez davantage de calories (environ 500 Kcal par jour) et si par ailleurs vous avez une alimentation saine et équilibrée et maintenez une activité physique douce et régulière (marche, yoga, natation…) Vous perdrez plus rapidement vos kilos accumulés durant la grossesse. Des études ont d’autre part montré une influence positive sur les risques de développer un diabète de type 2, et sur la prise de poids durant la pré-ménopause et ménopause, les graisses abdominales étant bien plus importantes chez les femmes n’ayant pas allaité. Pourquoi ne pas envisager une promotion nationale de l’allaitement maternel par cette phrase : « Pour rester mince ou le devenir, allaitez.. tout simplement et le plus longtemps possible !
Effets sur les maladies chroniques
(ex: sclérose en plaque, maladie de Crohn, arthrite..). Il est en effet notable que le fait d’allaiter ou d’être en lactation prolonge la période de rémission de certaines maladies chroniques, là encore il s’agirait des effets d’une activité hormonale complexe améliorant le métabolisme et les états inflammatoires sans oublier cette fameuse « ocytocine », hormone du bien-être, de l’amour, du bonheur, de l’attachement, largement sécrétée durant l’allaitement. Cette hormone qui vous fait voir la vie du bon côté et qui chasse les ennuis de santé !
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Protection contre l'ostéoporose
Cette pathologie est caractérisée par une fragilité excessive du squelette et un risque de fractures en cas de chute. Alors n’hésitez plus !
Les bienfaits de l'allaitement maternel pour l'enfant
L'allaitement maternel est considéré comme l'alimentation optimale pour les nourrissons, offrant une multitude de bienfaits pour leur santé et leur développement.
Prévention de la Mort Subite du Nourrisson (MSIN)
Les Hospices Civiles de Lyon définissent la Mort Inattendue du Nourrisson comme « le décès incompréhensible à première vue et imprévisible, le plus souvent pendant le sommeil, d’un tout-petit qui semblait jusqu’ici en bonne santé apparente. « Dans les années 1980, on a commencé à soulever l’hypothèse d’une origine multifactorielle impliquant une accumulation de facteurs (génétiques, environnementaux…). Et dans ce cadre, on a de nouveau envisagé le rôle possible de l’alimentation infantile, et commencé à discerner que l’allaitement était inversement corrélé à la MSIN. Les médecins ont alors commencé à se demander si c’était le lait humain lui-même qui avait un impact protecteur ou si c’était l’acte d’allaiter. On a alors discuté des bénéfices nutritionnels et immunologiques du lait maternel, de son impact bénéfique sur le développement neurologique ou sur la maturation du système respiratoire, du fait que les bébés allaités se réveillaient plus souvent, que la succion au sein favorisait une meilleure coordination entre la respiration et la déglutition, que l’allaitement augmentait la sensibilité maternelle au comportement de l’enfant… Pendant les 3 décennies suivantes, de plus en plus d’études ont constaté que l’allaitement pendant au moins 2 mois abaissait le risque de MSIN. Pourtant, dès les années 1980, la littérature sociale considérait que l’allaitement était un facteur important de prévention de la MSIN. Les partisans du sommeil partagé, dans les années 1990 et par la suite, soulignaient que l’allaitement présentait des bénéfices, qu’il favorisait le partage du lit parental et abaissait le risque de MSIN. Ils estimaient que la combinaison de l’allaitement et du partage du lit parental présentait d’importants bénéfices, tandis que les professionnels de santé continuaient à considérer que le partage du lit parental constituait un risque quel que soit le mode d’alimentation. Article intégral sur demande chez IPA en anglais et en français. L’allaitement n’a pas besoin d’être exclusif pour conférer cette protection à condition qu’il dure au moins deux mois. Source : Thompson J.M.D., Tanabe K, Moon RY, et al. Duration of Breastfeeding and Risk of SIDS: An Individual Participant Data Meta-analysis. Pediatrics. Nous avons également assisté à la Formation de prévention dispensée par le département du Rhône pour les PMI, avec le Dr. Béatrice Kugener des HCL. La prévention fonctionne, mais elle est fragile.
Alimentation naturelle et complète
Un allaitement exclusif pendant les 4-6 premiers mois permet de couvrir tous les besoins nutritionnels du bébé. Le lait maternel contient les vitamines, sels minéraux, oligoéléments, sucres, graisses et protéines dont le bébé a besoin pour bien grandir, le tout, en justes quantités. Sa composition évolue au cours de la tétée, pendant la journée et au fil des mois pour s’adapter aux besoins de l’enfant.
Protection contre les infections et les allergies
Le lait maternel permet au bébé de mieux se défendre contre les agents infectieux, en particulier grâce aux anticorps qu’il contient. Les bébés nourris au lait maternel sont moins souvent et moins gravement malades (cela vaut tout le temps de l’allaitement et jusqu’à 3 mois après son arrêt). Plus la durée de l’allaitement sera prolongée, plus le bébé sera protégé contre les infections. Un enfant est prédisposé aux allergies quand sa mère, son père ou encore son grand frère ou sa grande sœur sont eux-mêmes allergiques. Le lait maternel contribue à réduire la fréquence de certaines allergies (eczéma et asthme uniquement) chez les “enfants à risque” à condition que l’allaitement soit exclusif pendant au moins 3 mois.
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Digestion facile et développement optimal
Le lait maternel contient moins de protéines, plus facilement digestes et de sels minéraux que le lait de vache. Le bébé reconnaît l’odeur de sa mère et celle de son lait, tout comme la mère sait distinguer l’odeur de son bébé. Or, le lien d’attachement se tisse aussi autour de l’odeur reconnue.
Impact sur le QI
En plus d’être bon pour la santé, certains scientifiques affirment que l’allaitement rendrait intelligent. Une méta-analyse parue en 2015 dans Acta Paediatrica a ainsi montré l’existence de liens positifs entre l’allaitement maternel et le développement du QI (Quotient Intellectuel) des enfants. Cette publication recoupait les résultats de plusieurs études qui rapportaient toutes cet effet. En moyenne, il était question d’une augmentation de deux points de QI. En 2016, l’UNICEF affirmait dans une campagne polémique que l’allaitement « stimule le QI, les performances scolaires et le revenu à l’âge adulte » d’un enfant.
Les défis et les risques de l'allaitement maternel
Malgré les nombreux avantages de l'allaitement maternel, il est important de reconnaître les défis et les risques potentiels associés à cette pratique.
Difficultés initiales et soutien nécessaire
De nombreuses mères rencontrent des difficultés d’allaitement, en général temporaires. Il s’agit principalement de crevasses, d’une perception de lait insuffisant, d’engorgements ou de douleurs. Si ces difficultés persistent, un soutien professionnel adéquat peut être proposé. « Les mères ont besoin de soutien et de transmission pour mener à bien cette pratique. Je les invite à avoir recours aux visites remboursées de sages-femmes ou à l’aide des associations ».
Impact sur le mode de vie de la mère
Si tu veux coller aux recommandations de l'OMS, t'as intérêt à prendre un congé parental ou à ce que ton congé de maternité soit prolongé d'une manière ou d'une autre… et ça m'énerve que l'OMS encourage implicitement cette répartition inégalitaire du travail domestique entre parents,- je peux pas sortir faire du sport ou prendre du temps pour moi seule trop longtemps… J'aime mon indépendance, aïe ?- je voudrais bien que mes proches prennent un peu le bébé. Genre, vraiment. Longtemps. Vous savez, c'est pas parce que je l'allaite que je dois le garder avec moi tout le temps,hein. Les repas complets au calme, j'aime bien vous savez.- ah et puis tiens,ce serait cool qu'il y ait des auxiliaires de vie dédié.e.s aux jeunes parents. Dans un monde idéal.- on m'avait pas dit non plus que parfois ton bébé,tu lui donnes une longue tétée,tu le posés délicatement pour aller faire autre chose… et il se réveille. Frustration ? Bonjour !
Risque de transmission d'agents infectieux
L’Afssaps a été informée de l’existence sur internet d’un réseau mondial de partage de lait maternel « The Human Milk for Human Babies global network ». L’Afssaps met vivement en garde les personnes tentées par ces échanges de lait maternel sur le risque de transmission d’agents infectieux associé à cette pratique. Aucun contrôle microbiologique et sérologique n’étant exercé a priori sur la donneuse lorsque le don est effectué en dehors des lactariums, le lait présente un risque pour l’enfant. Les bactéries en cause peuvent provoquer des septicémies et des méningites chez le nouveau-né si ces germes sont ingérées en quantité importante dans le lait maternel. Des virus, transmissibles par le lait maternel peuvent aussi être présents, les plus fréquents étant le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), le virus T-lymphotrophique (HTLV), les virus des hépatites et celui de la rubéole. Pour rappel, seuls les lactariums agréés[1] peuvent collecter et distribuer en France le lait maternel humain. Le réseau des lactariums et les produits qui en sont issus font l’objet de contrôles actifs par l’Afssaps. Ces contrôles permettent de garantir la qualité et la sécurité du produit par un encadrement des conditions de collecte, de préparation, de conservation et de distribution du lait maternel humain. En conséquence, l’Afssaps recommande vivement aux donneuses de se mettre en contact avec les lactariums pour la sécurité des enfants qui bénéficieront de leur lait.
Culpabilité et pression sociale
Aussi naturel soit-il selon ses défenseurs, l’allaitement n’est pas possible ou souhaitable pour toutes les femmes. Et ce n’est pas grave : « L’essentiel est de se faire confiance, s’écouter, sans se laisser juger », rapporte Anna Roy. « L’allaitement au sein ou au biberon doit rester un choix personnel. Chaque femme mérite un respect égal dans ses choix.
Alternatives à l'allaitement maternel
Dans certains cas, lorsque les difficultés pour allaiter persistent ou que des causes médicales sont impliquées, il est possible de recourir à des laits infantiles de qualité, sous la supervision d’un professionnel de santé, ou encore à des dons de lait maternel. La composition du lait industriel est aujourd’hui très contrôlée et son utilisation dans les pays occidentaux où l’accès à l’eau n’est pas un enjeu ne pose aucun problème en termes de santé.
Allaitement prolongé : Avantages et considérations
Anja Constance Gaca est sage-femme et conseillère en allaitement. Elle fournit des informations sur l’allaitement de longue durée - l’allaitement des enfants en bas-âge. Quel est le bon moment pour arrêter l’allaitement ? L’âge de sevrage naturel se situe entre deux et quatre ans. Cela signifie qu’une période d’allaitement prolongée jusqu’à la petite enfance est tout à fait normale, mais notre société, les obligations professionnelles des femmes, ainsi que nos idées préconçues sur l’allaitement associent l’allaitement uniquement au bébé. Dans notre culture, il est presque tabou d’allaiter un bébé un peu plus longtemps. Dès que le bébé devient enfant, il est considéré normal de ne plus allaiter, et l’allaitement prend fin pour de nombreuses mères et leurs enfants lors de la diversification alimentaire. En tant que conseillère en allaitement, quel âge de sevrage recommandez-vous ? L’allaitement maternel prolongé est parfaitement sensé et l’allaitement jusqu’à la petite enfance présente de nombreux avantages, non seulement pour l’enfant, mais également pour la mère : le lait maternel est l’aliment le plus naturel pour l’enfant. Il offre au bébé une protection immunitaire naturelle et il est prouvé que ces enfants contractent moins d’infections que les enfants nourris au biberon. Les enfants allaités ont également moins de problèmes gastro-intestinaux et la mâchoire se développe mieux grâce à la succion du sein. L’allaitement réconforte et calme. Pendant l’allaitement, l’enfant bénéficie d’un important contact physique et peut satisfaire son besoin de téter. Pour la mère, l’allaitement réduit le risque de cancer du sein et des ovaires. Nous recommandons donc, dans la mesure du possible, d’allaiter jusqu’au deuxième anniversaire du bébé. Cependant, il arrive que l’allaitement ne fonctionne plus ou que le bébé n’ait plus envie de téter. L’allaitement maternel est fondamentalement bon tant que la mère et l’enfant le souhaitent et tant qu’il fait du bien à tous les deux. En cas de doute, vous pouvez demander conseil et soutien à une sage-femme, une conseillère en allaitement ou un groupe d’allaitement. Écoutez votre propre intuition. D’après mon expérience, l’allaitement maternel selon les besoins s’est avéré être un bon choix. Cela peut signifier un allaitement une ou deux fois par jour, par exemple au réveil ou avant d’aller se coucher, voire pas du tout pendant une journée. Avec la poussée dentaire, l’allaitement prend une nouvelle dimension et de nombreuses mères cessent d’allaiter et commencent à introduire les allaitements complémentaires. Il est toutefois tout à fait possible d’allaiter plus longtemps. Si un enfant mord pendant l’allaitement, il remarquera généralement à la réaction de sa mère que celle-ci n’apprécie pas. La mère et l’enfant doivent donc s’adapter l’un à l’autre. Normalement, les enfants se sèvrent d’eux-mêmes, en ce sens qu’ils ne demandent plus le sein. Allaiter sur une période prolongée est une expérience qui s’acquière au jour le jour.
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