L'allaitement maternel est largement reconnu comme la méthode d'alimentation optimale pour le nourrisson. Malgré cela, les taux d'initiation et de durée de l'allaitement varient considérablement à travers le monde, et la France affiche l'un des taux les plus bas d'Europe. Cet article explore le consensus scientifique actuel sur l'allaitement maternel, en abordant ses nombreux avantages, les défis rencontrés par les mères, les recommandations des organisations de santé, et l'importance d'un soutien adéquat pour promouvoir et protéger cette pratique essentielle.

Les bienfaits de l'allaitement maternel pour le nourrisson et la mère

Les bienfaits de l'allaitement maternel pour le nourrisson sont multiples et bien documentés. Pratiqué dès la première heure suivant l'accouchement, il réduit la mortalité néonatale et infantile précoce. Le colostrum, le premier lait produit par la mère, est particulièrement riche en protéines, en anticorps et en agents anti-infectieux, offrant une protection immunitaire essentielle au nouveau-né. Sur le plan nutritif, le colostrum est plus riche en protéines mais plus pauvre en lactose et en lipides que le lait mature. Il se caractérise aussi par une teneur importante en anticorps - à un taux jusqu’à 100 fois plus élevé que dans le lait mature -, en agents anti-infectieux, etc.

Pour la mère, l'allaitement maternel contribue à réduire le risque de cancer de l'ovaire.

Des études suggèrent également un lien entre l'allaitement et le développement cognitif de l'enfant. Une étude de l'Inserm publiée en 2013 a montré que le développement cognitif global des enfants allaités est supérieur, en moyenne, à celui des autres enfants. Ils maîtrisent par exemple plus de mots et de profondeur de vocabulaire à 2 ans que les enfants qui n'ont pas été allaités. De plus, plus l'allaitement a été long, meilleurs sont les résultats cognitifs. Une étude brésilienne publiée en 2015 a révélé que les enfants allaités pendant un an avaient un quotient intellectuel (QI) moyen supérieur de 4 points à l'âge de 30 ans, ainsi que des revenus plus élevés.

Cependant, il est important de noter que ces études montrent une association, mais pas nécessairement une causalité directe. D'autres facteurs, tels que le contexte socio-économique et l'environnement familial, jouent également un rôle crucial dans le développement de l'enfant.

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Les défis et les obstacles à l'allaitement maternel

Malgré les nombreux avantages de l'allaitement maternel, de nombreuses femmes rencontrent des difficultés qui peuvent conduire à un sevrage précoce. En France, le manque de connaissance des femmes enceintes sur l'allaitement est un facteur associé au choix de ne pas allaiter. De plus, plusieurs facteurs amènent au sevrage précoce dans le premier mois d’allaitement. Ces facteurs sont le manque d’information durant la grossesse, le manque de confiance en elle, de soutien de l’entourage, les idées reçues, l’absence de prise en charge uniforme des professionnels, l’exposition à des informations sur les substituts au lait maternel.

Le manque de soutien de l'entourage, les idées reçues et l'absence de prise en charge uniforme des professionnels de santé peuvent également entraver la réussite de l'allaitement. L'exposition à des matériels publicitaires pour les substituts du lait maternel peut également influencer négativement la durée de l'allaitement. Autre point, l’exposition à des matériels publicitaires augmente de façon significative l’arrêt de l’allaitement maternel à deux semaines et réduit la durée de l’allaitement chez les femmes ayant des objectifs de durée d’allaitement incertains.

Une étude menée en Pays de la Loire a révélé que les recommandations au sujet de l’allaitement maternel sont insuffisamment suivies par les médecins généralistes. 45,2% des médecins suivaient moins d’un tiers des recommandations, 48% des médecins suivaient entre un tiers et deux tiers des recommandations, et 6,8% des médecins suivaient plus de deux tiers des recommandations. La moyenne de suivi de recommandations était de 37,4% et la médiane de 36%.

Les recommandations des organisations de santé

Face à la multiplication des recherches démontrant ses bienfaits, l’allaitement fait l’objet, depuis les années 1980, d’un intérêt croissant de la part des organisations internationales et nationales. Dès 1989, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) incite les gouvernements à « protéger, soutenir et encourager l’allaitement ». En 2001, l’Organisation mondiale de la santé adopte une résolution poussant les États membres à « privilégier l’allaitement maternel exclusif pendant six mois, qui doit être considérée comme une recommandation de santé publique mondiale ». En 2003, dans un document intitulé « Stratégie mondiale pour l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant », l’OMS recommande l’allaitement exclusif jusqu’à 6 mois, puis un allaitement partiel complété avec des aliments de diversification adaptés jusqu’à 2 ans. Cette recommandation est reprise l’année suivante par la Commission européenne dans le « Plan d’Action pour protéger, promouvoir et soutenir l’allaitement dans l’ensemble des pays européens ».

La France figure parmi les derniers pays industrialisés à mettre en place des programmes en faveur de l’allaitement. C’est principalement avec l’instauration du Programme National Nutrition Santé (PNNS), au début des années 2000, qu’apparaissent les premières initiatives visant à encourager l’allaitement. Le PNNS recommande aujourd’hui l’allaitement « si possible de façon exclusive, jusqu’à l’âge de 6 mois révolus et au moins jusqu’à 4 mois pour un bénéfice santé » mais même de plus courte durée, l’allaitement reste recommandé (PNNS, 2005).

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Ces recommandations visent à promouvoir l'allaitement maternel comme la norme en matière d'alimentation infantile, en raison de ses nombreux avantages pour la santé de la mère et de l'enfant.

L'importance du soutien et de l'information

Des informations préalables durant la grossesse par les professionnels de santé peuvent augmenter la confiance maternelle, renforcer positivement le vécu de l’allaitement maternel et réduire le risque de sevrage précoce. « Elles ont un impact sur le choix d’allaiter ou non, sur les pratiques d’initiation et la durée d’allaitement, l’image positive ou négative qu’ils [les parents] vont transmettre à leur entourage » selon le Pr Türck. Le médecin généraliste a toute sa place dans la promotion de l’allaitement maternel auprès des femmes enceintes qu’il reçoit dans le cadre du suivi de grossesse ou pour un autre motif. Bien que les femmes enceintes soient suivies en majorité par les gynécologues et les sages-femmes, le médecin généraliste reste un interlocuteur privilégié des femmes enceintes.

Il est essentiel que les professionnels de santé soient formés et informés sur les meilleures pratiques en matière d'allaitement, afin de pouvoir fournir un soutien et des conseils adéquats aux mères. La formation complémentaire à l’allaitement maternel était aussi un facteur de meilleure réponse mais le contenu d’une formation à une autre étant trop différent, il n’était pas possible de conclure à un lien.

Le soutien de l'entourage, y compris le partenaire, la famille et les amis, est également crucial pour la réussite de l'allaitement. Les groupes de soutien à l'allaitement peuvent offrir un espace précieux pour partager des expériences, obtenir des conseils et trouver un soutien émotionnel.

Allaitement et allergies : attention aux recommandations non fondées

Il est important de rester vigilant face aux recommandations non fondées ou potentiellement nuisibles concernant l'allaitement et les allergies. Le Formindep s’est joint à un appel collectif dénonçant le rôle néfaste des industriels sur la protection de la santé du nourrisson. La Société Française d’Allergologie (SFA) suggère de donner 10 ml de “lait 1er âge”, chaque jour, aux nouveau-nés allaités à risque atopique (c’est-à-dire aux bébés ayant des antécédents familiaux d’allergie). Cette récente recommandation s’applique dès la première semaine de vie, et ce jusqu’à la diversification (1,2). Ainsi, cette introduction de lait industriel servirait, selon la SFA, à prévenir l’allergie aux protéines de lait de vache.

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Cette recommandation est controversée car elle ignore la protection conférée par un allaitement exclusif, perturbe l'allaitement exclusif et va à l'encontre de la priorité actuelle de diminuer le "don" fréquent de préparations pour nourrissons (PPN) aux nouveau-nés allaités en maternité. En effet, ces compléments donnés ponctuellement aux nouveau-nés allaités sont les premiers responsables d’une sensibilisation aux protéines du lait de vache.

Il est donc crucial de se baser sur les recommandations des organisations de santé publique telles que l'OMS, qui préconisent un allaitement exclusif pendant environ 6 mois, sans introduction d'aucun autre aliment ni liquide.

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