Le cancer de l'ovaire est un cancer gynécologique souvent découvert tardivement en raison de symptômes discrets. Il touche majoritairement les femmes après 60 ans. Des traitements combinant chirurgie et chimiothérapie sont proposés aux patientes. Cet article explore le lien entre l'allaitement et le risque de cancer de l'ovaire, en s'appuyant sur des études récentes et des données épidémiologiques.
Cancer de l'ovaire : quelques chiffres clés
Selon l’Institut national du cancer (INCa), le cancer de l’ovaire est le 8e cancer le plus fréquent chez la femme. En France, il a provoqué près de 3 400 décès en 2021 et 5 348 nouveaux cas ont été recensés en 2023. L’âge médian au diagnostic est de 70 ans. Environ 43 % des femmes atteintes d’un cancer de l’ovaire sont encore en vie 5 ans après le diagnostic.
Qu'est-ce que le cancer de l'ovaire ?
Le cancer de l’ovaire est une tumeur maligne qui se développe à partir des cellules des ovaires, les organes reproducteurs féminins responsables de la production des ovules et de certaines hormones. Il en existe plusieurs types. Selon l’Institut Gustave Roussy, il s’agit dans 90 % des cas de carcinomes épithéliaux prenant naissance à la surface de l’organe. Plus rares, les autres formes de cancer de l’ovaire sont engendrées par des dysfonctionnements au niveau des cellules germinales ou stromales productrices d’ovules ou d’hormones.
Dans 15 à 20 % des cas, les cancers de l’ovaire sont liés à une mutation des gènes BRCA1 ou BRCA2, nécessaires à la production des protéines du même nom qui sont impliquées dans la réparation du matériel génétique lors de la division cellulaire. Présente dans toutes les cellules de l’organisme, cette mutation prédispose au cancer de l’ovaire. Ces formes génétiques sont particulièrement sensibles à certaines chimiothérapies et thérapies ciblées.
D’autres éléments liés au mode de vie ou à l’histoire reproductive peuvent entrer en jeu. Ainsi, les femmes n’ayant jamais eu d’enfant, ou ayant eu une première grossesse tardive présentent un risque légèrement accru de développer un cancer de l’ovaire. À l’inverse, les grossesses, l’allaitement et l’utilisation prolongée de contraceptifs oraux semblent exercer un effet protecteur.
Lire aussi: Comprendre le lien entre règles et allaitement
Symptômes, diagnostic et traitements
Le cancer de l’ovaire est souvent une maladie silencieuse, progressant sans symptômes notables, ce qui conduit à un diagnostic tardif à un stade avancé. Les symptômes, lorsqu'ils se manifestent, sont discrets et facilement attribués à des troubles digestifs ou gynécologiques bénins. Des troubles digestifs peuvent également survenir, comme des nausées, une perte d’appétit ou des modifications du transit intestinal, notamment une constipation ou des diarrhées.
Le diagnostic repose sur un examen clinique, complété par des examens d'imagerie comme l'échographie pelvienne pour visualiser les ovaires et détecter des anomalies. Une prise de sang est prescrite pour rechercher le marqueur biologique CA 125, bien que sa concentration puisse être augmentée dans d'autres pathologies bénignes. La biopsie reste indispensable pour caractériser la nature cancéreuse des cellules et déterminer le type exact de cancer.
La chirurgie de cytoréduction, visant à enlever complètement la tumeur, les ovaires, les trompes de Fallope, l’utérus et partiellement les organes digestifs touchés, est un traitement de référence. Une chimiothérapie est souvent associée pour éradiquer les cellules cancéreuses restantes, parfois administrée avant la chirurgie pour réduire la masse tumorale. Des thérapies ciblées peuvent être proposées en fonction des caractéristiques biologiques de la tumeur.
Le suivi post-thérapeutique est essentiel pour surveiller d’éventuelles récidives grâce à des examens cliniques, des imageries et des analyses biologiques régulières.
L'allaitement : un facteur protecteur contre le cancer de l'ovaire ?
Plusieurs études suggèrent un lien entre l'allaitement et une diminution du risque de cancer de l'ovaire. L'histoire hormonale de la femme a une influence sur le risque de cancer de l’ovaire. En effet, plus il y a de cycles ovariens tout au long de la vie, plus le risque d’accumulation d’erreurs de l’ADN des cellules ovariennes s’élève. L’effet dose est là encore significatif, c’est-à-dire que plus vous avez d’enfants et que vous les allaitez, plus vous diminuez vos risques. Une femme qui n’allaite pas aura son retour de couche en général 6 semaines environ après son accouchement alors qu’une femme allaitante peut rester des mois voire des années sans règles.
Lire aussi: Comment choisir un soutien-gorge d'allaitement pas cher ?
À l’inverse, la nulliparité (le fait de ne jamais avoir été enceinte), une puberté précoce (avant 8 ans) ou une ménopause tardive (après 55 ans) sont des facteurs de risque de cancer ovarien.
Grossesses et allaitement : une pause bénéfique
La grossesse et l’allaitement permettent une pause des cycles menstruels et par conséquent un nombre plus faible d’ovulations et une moins grande exposition aux œstrogènes, ce qui selon les études, aurait un effet préventif sur ce type de cancer féminin. Il est classique de dire que chaque grossesse réduit le risque de cancer de l'ovaire de 10 %. Les femmes n’ayant jamais eu d’enfant et dont l’ovulation n’a jamais été interrompue, ou celles qui ont un enfant après 30 ans sont plus exposées que celles qui ont eu des grossesses.
Le lien entre ovulation et cancer épithélial de l’ovaire pourrait s’expliquer par le fait qu’au cours de chaque ovulation, l’épithélium de l’ovaire est rompu pour permettre la migration de l’ovule. Un talcage de la cavité abdominale à l'occasion d'une intervention chirurgicale. Dans ce cas, une inflammation chronique se développerait qui ferait le lit à la maladie, pour certains auteurs.
Durée de l'allaitement et réduction du risque
La durée d'allaitement joue un rôle important dans la réduction des risques de cancer, en particulier pour le cancer du sein. En effet, des études ont montré que plus la durée de l'allaitement est longue, plus le risque de cancer peut diminuer. Par exemple : "Les femmes qui ont allaité pendant une durée totale d’au moins 25 mois présentent un risque réduit de 33 %, par rapport à celles qui n’ont jamais allaité" (source = Collaborative group on hormonal factors in breast cancer. Breast cancer and breastfeeding : collaborative reanalysis of individual data from 47 epidemiological studies in 30 countries, including 50,302 women with breast cancer and 96,973 women without the disease. Lancet 2002; 360 : 187-95.) D’ailleurs, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande l'allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois jusqu'à au moins 2 ans de l’enfant. Donc allaitez si vous le pouvez !
Selon une étude australienne, l’allaitement serait en mesure de diminuer les risques de cancer des ovaires. Publiée dans la revue scientifique American Journal of Clinical Nutrition, cette étude démontre que les mamans allaitant moins de 7 mois leur enfant présentaient 63% plus de chances de développer un cancer des ovaires que les mamans ayant allaité pendant au moins 13 mois. Plus effarant encore, ce chiffre passait à 91% chez les mamans ayant eu trois enfants et ayant allaité au moins 31 mois.
Lire aussi: Tétine et allaitement mixte
Les bienfaits de l'allaitement pour la mère
Au-delà de la protection contre le cancer de l'ovaire, l'allaitement offre de nombreux avantages pour la santé de la mère :
- Meilleure tonicité utérine et réduction de l’endométriose : Grâce aux contractions utérines provoquées par la succion de votre bébé en post-partum immédiat, votre utérus retrouve plus vite sa taille et sa tonicité qu’une mère non allaitante.
- Protection contre le cancer du sein : Il a été démontré que la grossesse et l’allaitement avaient des effets protecteurs sur cette maladie grave qui reste, malgré les progrès en médecine, la première cause de décès féminins par cancer. Le sein atteint en fait sa maturation complète grâce à la grossesse et à la lactation. Chaque naissance diminue le risque de cancer du sein de 7% et chaque année d’allaitement le diminue de 4,3%.
- Bien-être psychologique : Même en cas d’antécédent de fragilité psychique, les contacts en peau à peau répétés (corps nu du bébé sur le corps de sa maman ou seulement son visage et ses petites mains sur le sein) et les hormones sécrétées durant l’allaitement favorisent l’attachement de la maman à son bébé, et sa détente.
- Prévention des maladies cardio-vasculaires : Il existe des liens certains avec le stress, le surpoids, la mauvaise alimentation, le manque d’activité physique régulière, le tabagisme, la consommation abusive d’alcool mais le grand public connait moins les effets bénéfiques de l’allaitement maternel sur la prévention de ces maladies.
- Aide à la perte de poids : Si vous allaitez vous brûlez davantage de calories (environ 500 Kcal par jour) et si par ailleurs vous avez une alimentation saine et équilibrée et maintenez une activité physique douce et régulière (marche, yoga, natation…) Vous perdrez plus rapidement vos kilos accumulés durant la grossesse. Des études ont d’autre part montré une influence positive sur les risques de développer un diabète de type 2, et sur la prise de poids durant la pré-ménopause et ménopause, les graisses abdominales étant bien plus importantes chez les femmes n’ayant pas allaité.
- Amélioration de certaines maladies chroniques : Il est en effet notable que le fait d’allaiter ou d’être en lactation prolonge la période de rémission de certaines maladies chroniques, là encore il s’agirait des effets d’une activité hormonale complexe améliorant le métabolisme et les états inflammatoires sans oublier cette fameuse « ocytocine », hormone du bien-être, de l’amour, du bonheur, de l’attachement, largement sécrétée durant l’allaitement.
- Protection contre l'ostéoporose : Cette pathologie est caractérisée par une fragilité excessive du squelette et un risque de fractures en cas de chute.
Lait maternel et propriétés anticancéreuses
Le lait maternel contient des nutriments essentiels, des enzymes et des acides gras spécifiques (comme les acides gras oméga-3 et la molécule HAMLET) qui peuvent aider à prévenir le développement des cellules cancéreuses.
Découverte par des chercheurs suédois, la molécule HAMLET (acronyme pour « Human a-Lactalbumin Made Lethal to Tumor cells » ) est une protéine dénaturée, c'est-à-dire une association de protéines avec des acides gras, ayant la capacité de tuer les cellules cancéreuses et de préserver les cellules saines.
Prédisposition génétique et cancer de l'ovaire
On estime que 15 à 20 % des femmes atteintes d’un cancer de l’ovaire sont porteuses d’une altération ou d’une mutation des gènes BRCA (BReast CAncer), BRCA1 ou BRCA2. Ces gènes sont normalement impliqués dans les mécanismes de détection et de réparation des dommages que peut subir l’ADN. Lorsqu’ils sont anormaux, ces mécanismes sont défaillants. Alors qu’une femme sans anomalie génétique a 1 % de risque de cancer de l’ovaire, une femme présentant une mutation du gène BRCA1 a ainsi un risque d’environ 15 à 45 % (selon les études) de développer un cancer épithélial ovarien vers 50 ans. Dans le cas d’une mutation de BRCA2, le risque est de l’ordre de 15 à 20 % et augmente à partir de 55 ans. D’une manière générale, les femmes porteuses d’une mutation de BRCA déclarent un cancer de l’ovaire à un plus jeune âge que celles qui ne sont pas porteuses. La recherche d’une prédisposition au cancer de l’ovaire peut être envisagée chez les femmes à risque, par exemple dont la famille proche a une mutation d’un gène BRCA (cette mutation pouvant être portée et transmise également par les hommes de la famille) ou compte des personnes ayant été touchées par des cancers des ovaires, du sein (en particulier à un jeune âge ou chez un homme) ou de l’endomètre. Une mutation BRCA augmente aussi le risque de développer un cancer du pancréas ou de la prostate chez l’homme.
Recherches actuelles et nouvelles stratégies thérapeutiques
Les chercheurs se battent sur tous les fronts pour découvrir de nouvelles modalités de prise en charge du cancer de l’ovaire. Bien sûr, on peut citer les travaux visant à mieux caractériser les tumeurs d’un point de vue moléculaire, ce qui pourrait déboucher sur de nouvelles pistes thérapeutiques.
Les inhibiteurs de PARP, comme l’olaparib, bloquent la réparation de l’ADN dans les cellules tumorales, provoquant leur mort sélective. Ils constituent une avancée majeure pour les patientes présentant une mutation BRCA ou un profil HRD positif, qui signale un problème de réparation de l’ADN tumoral. Des inhibiteurs de protéine kinase sont également à l’étude, avec des résultats prometteurs dans les carcinomes séreux. D’autres approches, comme la mise à contribution d’anticorps conjugués (ADC), sont en développement. Le mirvetuximab soravtansine, ciblant le récepteur du folate, a notamment démontré une réduction des tumeurs et une amélioration de la survie des malades. Le luveltamab tazevibulin, mieux toléré, et le trastuzumab deruxtecan (Enhertu), efficace chez les patientes prétraitées, se trouvent comme le mirvetuximab soravtansine sur le banc d’essai. Globalement, la mise en place de ces nouvelles stratégies thérapeutiques nécessite une mesure plus précise de leur efficacité à vaincre le cancer. Pour finir, les scientifiques s’intéressent également à l’immunothérapie, qui est en plein essor. Il s’agit ici de stimuler le système immunitaire afin qu’il s’attaque plus spécifiquement aux cellules tumorales. Ces traitements vont être testés chez tous types de patientes.
Découverte fortuite d'un cancer du sein pendant l'allaitement
Bien que l'allaitement soit associé à une diminution du risque de cancer du sein (ou un autre cancer féminin : ovaires, utérus), ce n'est pas une garantie à 100 %.
Il existe des cas où le comportement du nourrisson allaité a permis de découvrir un cancer du sein chez la mère. Sarah Boyle, 28 ans, remarque que son enfant pousse des cris à chaque fois qu'elle souhaite le nourrir de son sein droit. Elle se rend à l'époque chez son médecin, qui ne s'alarme pas. Quelques semaines plus tard, face au refus systématique de son enfant et à la réduction de taille du sein droit, elle passe un scanner et une biopsie à l'hôpital universitaire de Royal Stoke. Les examens révèlent un cancer du sein.
D'autres témoignages illustrent comment l'allaitement peut conduire à la découverte d'une masse suspecte dans le sein :
- Pascale : Sa fille de 3 ans ½ a palpé son sein droit et a demandé ce que c'était que cette chose dure. Après réflexion, Pascale a palpé son sein et a senti une boule grosse et dure comme une bille près de l’aréole.
- Patricia : Son bébé de 17 mois, allaité, lui a fait sentir une boule très distincte de quelques millimètres à la surface de son sein gauche en le palpant.
Allaiter malgré le cancer : témoignages
Marie-Thérèse : Ne pas allaiter son bébé ou le sevrer trop tôt contre sa profonde volonté, cela ébranle en nous la confiance en notre sens maternel et nous laisse des frustrations difficilement effaçables. Être empêchée formellement d'allaiter après plusieurs allaitements réussis et des sevrages naturels, provoque de profondes blessures qui ne cicatrisent que lentement, par le biais du maternage intensif façon LLL. La cicatrise peut néanmoins régulièrement faire mal.
Lorsque j'attendais mon quatrième enfant, il était clair que je l'allaiterais. J'avais tellement envie d'un allaitement facile après les difficultés d'anorexie du nourrisson de sa sœur, que j'étais sûre que ce bébé allait bien téter, aurait bon appétit. Je me préparais à un accouchement naturel, à la maison, soutenue par les deux sages-femmes qui m'avait accompagnée tout au long de ma grossesse.
Cependant, à huit mois et demi de grosesse, après avoir lutté (et gagné) contre les contractions, un dernier bilan sanguin me fit basculer dans une réalité à laquelle je ne m'étais pas préparée : l'accouchement déclenché sous haute surveillance à l'hôpital.
tags: #allaitement #et #cancer #de #l'ovaire
