La grossesse et le post-partum constituent une période de changements considérables dans la vie d'une femme. La réduction mammaire, une intervention de chirurgie esthétique et réparatrice, peut être envisagée pour atténuer une poitrine excessivement volumineuse et améliorer le confort quotidien. Une question fréquemment posée est de savoir si l'allaitement est possible après une telle intervention. Cet article explore en détail cette question, en tenant compte des différentes techniques chirurgicales, des délais à respecter et des témoignages de femmes ayant vécu cette expérience.

Réduction Mammaire : Généralités et Objectifs

La plastie mammaire de réduction, ou réduction mammaire, a pour but de diminuer le volume des seins et de corriger la ptôse (affaissement) qui y est généralement associée. En cas d'hypertrophie mammaire, elle consiste à enlever l'excès de tissu glandulaire, de graisse et de peau. Cette intervention est souvent intégrée dans une approche plus globale appelée Mommy Makeover, qui associe plusieurs interventions de chirurgie esthétique pour restaurer la silhouette après une ou plusieurs grossesses.

Techniques Chirurgicales et Impact sur l'Allaitement

La compatibilité entre chirurgie esthétique et allaitement dépend principalement de la technique chirurgicale utilisée.

  • Techniques préservant l'aréole connectée au tissu glandulaire : Dans ces méthodes, l’aréole reste connectée au tissu glandulaire et aux canaux qui amènent le lait. Aujourd’hui, les techniques chirurgicales de réduction mammaire s’appliquent à préserver ces paramètres afin d’assurer la possibilité de l’allaitement maternel.

  • Techniques sectionnant les canaux reliant l'aréole au tissu mammaire : Lorsque les canaux reliant l’aréole au tissu mammaire sont sectionnés, la production de lait peut être beaucoup plus faible. La technique de Thorek où l’on réalise une greffe des aréoles peut empêcher l’allaitement car tous les canaux galactophores sont coupés.

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  • Lifting mammaire : Un lifting mammaire consiste surtout à retendre la peau et repositionner l’aréole. Cette intervention touche moins souvent les canaux et la glande, et l’allaitement reste généralement possible.

Possibilité d'Allaiter Après une Réduction Mammaire

En résumé, la compatibilité entre chirurgie esthétique et allaitement dépend surtout de la technique chirurgicale choisie. La possibilité de l’allaitement maternel dépend également de l’importance du volume mammaire retiré.

Facteurs Déterminants

  • Technique chirurgicale utilisée : Les techniques modernes, plus respectueuses des structures mammaires, permettent aujourd’hui de préserver partiellement la fonction lactée.

  • Quantité de tissu mammaire retirée : Oui, dans certains cas, la production de lait peut être réduite après une réduction mammaire, surtout si une partie importante de la glande mammaire a été retirée.

  • Préservation des canaux lactifères et de la sensibilité du mamelon : Si les canaux lactifères (qui transportent le lait) et la sensibilité du mamelon sont préservés, l’allaitement peut se faire normalement. En revanche, si le mamelon a été déplacé ou si une grande partie de la glande mammaire a été enlevée, l’allaitement peut être compromis.

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Études et Statistiques

La seule étude scientifique (Cosmetic breast surgery - Is breastfeeding at risk ? L Nommsen-Rivers. J Hum Lact 2003 ; 19(1) : 7-8) qui s’est penchée sur les conséquences au niveau de la lactation de la chirurgie d’augmentation et de réduction des deux seins a trouvé une multiplication par trois du risque d’échec de l’allaitement chez les femmes qui avaient subi une chirurgie mammaire quelle qu’elle soit, par rapport aux femmes qui n’avaient pas eu de chirurgie. Le taux de réussite de l’allaitement est significativement plus bas après chirurgie de réduction. L’estimation du taux de réussite de l’allaitement après réduction varie de 0 % à 70 % en fonction du type de chirurgie. Ces chiffres ne paraissent pas pas refléter la réalité car le taux d’échec parait très élevé mais il est certain qu’une chirurgie du sein ne peut que compromettre l’allaitement.

Recommandations

Ainsi, je conseillerai aux patientes qui veulent absolument allaiter de programmer la chirurgie de réduction mammaire après leur grossesse et leur allaitement.

Délais à Respecter Avant et Après la Grossesse

  • Avant la chirurgie : Informer son chirurgien en amont : si vous envisagez une grossesse et un allaitement, parlez-en avant l’intervention.

  • Après la chirurgie : Après une plastie mammaire de réduction, il est recommandé d’attendre une période de 6 mois voire de 1 an avant d’envisager une grossesse. Cela laisse le temps aux tissus de cicatriser et de retrouver une fonctionnalité normale. On recommande d’attendre au moins 6 mois après la fin de l’allaitement avant d’envisager une plastie de réduction.

Convalescence et Cicatrisation

Des recommandations post-opératoires doivent être scrupuleusement respectées afin de favoriser une bonne cicatrisation durant la convalescence d'une réduction mammaire.

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  • Repos : Reprise des activités légères entre 8 et 15 jours après l’intervention, mais évitez le sport, le port de charges et toute activité intense pendant 6 semaines.

  • Soutien-gorge médical : À porter jour et nuit pendant 6 semaines, puis uniquement le jour pendant 2 semaines. Après une réduction mammaire, le port d’un soutien-gorge post-opératoire joue un rôle clé dans la récupération. Conçu sans armature pour limiter les frottements sur les zones cicatrisées, il assure un maintien optimal de la poitrine, aide à réduire les gonflements et favorise la stabilisation des tissus. Il est recommandé de le porter jour et nuit pendant les quatre premières semaines, puis uniquement en journée pendant encore un mois.

  • Massage des cicatrices : À commencer vers la 6ᵉ semaine, avec une crème cicatrisante, pour assouplir la peau. Bien que les chirurgiens cherchent à minimiser les cicatrices, certaines sont inévitables. La façon dont votre corps guérit les cicatrices dépend de plusieurs facteurs. Dans certains cas elles seront fines et blanche, parfois elles seront plus colorées et plus épaisses. Un traitement local de ces cicatrices est possible.

  • Tabac interdit : Arrêter de fumer un mois avant et un mois après l’intervention afin d’éviter les complications.

  • Alimentation équilibrée : Privilégiez une alimentation riche en protéines, vitamines et hydratez-vous régulièrement.

Dès les premiers jours après la réduction mammaire, il est fréquent de ressentir une gêne au niveau de la poitrine, parfois accompagnée de bleus (ecchymoses) ou d’un léger gonflement (œdème), qui s’estompent en quelques semaines. En cas de douleur persistante malgré le traitement, n’hésitez pas à contacter votre chirurgien.

Témoignages et Expériences

Chaque corps réagit différemment, et chaque parcours est unique. L’essentiel est de faire ce qui vous convient, sans culpabilité ni pression extérieure.

Témoignage Positif

Je me suis faite opérer il y a 3 ans d'un lifting des seins avec pose de prothèses. Mon chirurgien, conscient de mon désir d'enfant et d'allaiter, m'a informée que l'allaitement serait peut-être plus difficile au démarrage que la normale, mais qu'il ferait au mieux. L’aréole était monté, et les prothèses placées sous les muscles. Les nerfs intercostaux donc auront pu être coupés au moment où l’aréole était déplacé, et les nerfs terminant au bout de mamelon ont été coupés, mais le chirurgien s'est assuré que la glande mammaire reste intacte pendant toute l’opération. En effet, j’ai pu constater un retour de sensibilité des mamelons quelque temps après l’opération. Si les nerfs intercostaux avaient été touchés et s’ils ne s’étaient pas rattachés avec chaque cycle menstruel et pendant la grossesse, le message au cerveau de fabriquer du lait venant des seins lors des tétées aurait pu être entravé. 3 ans plus tard me voilà enceinte. J’ai vu du colostrum perler au bout de mes mamelons, ce qui m’a rassurée. Je n’étais pas a priori vraiment motivée pour allaiter car j'avais peur que ça ne marche pas et que mes seins s’abîment à nouveau… Mais après une belle naissance de ma petite fille, j'ai décidé d'allaiter ! J'ai accouché naturellement sans péridurale.

Témoignage Mitigé

Les premiers jours se sont bien passés. Pas d’engorgement. J'ai eu ma montée de lait et mon bébé reprenait du poids. Cependant, au bout de 3 semaines, sa courbe de poids commençait a stagner, et là c’était le début des doutes ! Ai-je assez de lait ? Mon bébé doit avoir faim, etc. Alors qu'elle dormait bien et remplissait ses couches. Effectivement, elle prenait un peu moins de poids que les recommandations mais elle grossissait toujours. Le pédiatre voulait que je donne un complément de lait artificiel par jour car, bien sûr, j'étais « un cas particulier », mon allaitement avait « peu de chance » de fonctionner aux yeux des professionnels de santé.

Témoignage Difficile

En 1985, j’ai subi une réduction mammaire sur les deux seins : cinq heures d’intervention au total. Quinze jours plus tard, on m’ouvrait à nouveau le sein droit pour évacuer un hématome. Deux ans plus tard, en 1987, je subissais à nouveau une intervention sur ce même sein à cause de mon mamelon qui était invaginé. Le chirurgien qui m’avait opérée me précisa que suite à cette opération, je ne pourrais JAMAIS PLUS allaiter avec ce sein.

Conseils et Soutien

  • Consultation avec un chirurgien plasticien qualifié : La première étape consiste à consulter un chirurgien plasticien qualifié. Le professionnel évaluera votre état de santé, discutera de vos attentes et déterminera si vous êtes un bon candidat.

  • Discussion ouverte avec le chirurgien : Il est crucial de discuter en détail de ces aspects avec votre chirurgien, de comprendre les risques potentiels et de suivre toutes les recommandations postopératoires pour optimiser le processus de guérison. Une décision éclairée et une communication ouverte avec votre chirurgien sont essentielles pour atteindre les résultats souhaités.

  • Soutien d'une sage-femme ou d'une consultante en lactation : Certaines femmes observent une montée de lait partielle ou une production insuffisante. Des conseils adaptés peuvent être apportés par une sage-femme ou une consultante en lactation.

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