La question de la consommation d'alcool pendant l'allaitement suscite souvent des interrogations et des inquiétudes chez les jeunes mamans. Il est essentiel d'avoir une information claire et précise pour prendre des décisions éclairées concernant la santé de son bébé. Cet article vise à fournir des recommandations basées sur des données scientifiques et des conseils pratiques pour les mères allaitantes au Canada.

L'alcool passe-t-il dans le lait maternel ?

Oui, l'alcool consommé par la mère passe dans le lait maternel. La concentration d'alcool dans le lait maternel est similaire à celle présente dans le sang de la mère. Cela signifie que chaque fois qu'une mère consomme de l'alcool, son bébé est également exposé à cette substance via le lait maternel.

Risques de la consommation d'alcool pendant l'allaitement

La consommation d'alcool pendant l'allaitement comporte des risques significatifs pour le bébé, surtout lorsqu’il est consommé en grande quantité. L’alcool peut provoquer somnolence, perturbation du sommeil et prise de poids anormale chez le nourrisson. Des études ont montré que l'exposition des nourrissons à l'alcool par le lait maternel peut avoir des effets durables sur leur développement cérébral et comportemental. L'exposition à l'alcool par le lait maternel peut avoir des conséquences graves et durables sur le développement cérébral et comportemental des enfants.

Il est bien documenté que l'exposition prénatale à l'éthanol via la consommation maternelle d'alcool pendant la grossesse altère le développement cérébral et comportemental de la progéniture. Cependant, peu d'accent a été mis sur l'éducation des nouveaux parents sur la consommation d'alcool pendant l'allaitement.

Une étude a utilisé un nouveau modèle murin, où la progéniture a été exposée à l'éthanol via l'allaitement du jour postnatal (P) 6 à P20, une période corrélée à la petite enfance chez l'homme. Le poids du cerveau a également été réduit aux deux âges chez les hommes et à P20 pour les femmes, cependant, le poids du cerveau des femmes a récupéré aux niveaux de contrôle à P30. Les caractéristiques néocorticales ont été étudiées et il a été constaté que l'épaisseur du cortex frontal était réduite chez les hommes LEE par rapport aux témoins. Les résultats des tests comportementaux suggèrent que les souris LEE adoptent un comportement à risque plus élevé, présentent une régulation anormale du stress et présentent une hyperactivité accrue.

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Recommandations générales

La solution la plus sûre pendant l'allaitement est de ne pas consommer d'alcool du tout. Cela reste la plus sûre manière de protéger votre santé et celle de bébé. Actuellement, les Centers for Disease Control and Prevention déconseillent la consommation maternelle d'alcool pendant la grossesse et déclarent qu'il n'y a pas de niveau de consommation sûr connu.

Cependant, si une mère choisit de consommer de l'alcool occasionnellement, il est crucial de le faire de manière responsable et en respectant certaines précautions.

Délai d'attente après la consommation d'alcool

La méthode la plus sûre consiste à attendre que l'alcool soit complètement éliminé du corps avant de reprendre l'allaitement. Le lait nouvellement produit contiendra de l'alcool tant qu'il en restera dans le sang de la mère.

Le temps nécessaire pour que l'alcool soit éliminé du corps varie en fonction de plusieurs facteurs :

  • La quantité d'alcool ingérée
  • La rapidité d'ingestion
  • Le poids de la mère
  • Le fait que l'estomac soit vide ou non

En moyenne, la concentration d’alcool dans le lait pour un verre est maximale environ 30 à 60 minutes après consommation et il faudra attendre 2 à 3 heures pour être sûr que l’alcool soit complètement évacué de l’organisme. Le temps d’attente augmente évidemment au fur et à mesure du nombre de verres consommés.

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Si vous buvez un verre d'alcool (bière à 5°C par exemple), il faut attendre 2 heures avant la prochaine tétée. Plus la quantité d’alcool absorbée est grande, plus ce délai s’allonge. Après une soirée très alcoolisée, il est recommandé d'attendre 12 heures avant de donner le sein à son bébé.

Conseils pratiques

  • Planification : Avant de boire de l'alcool, vous pouvez tirer et stocker votre lait maternel. Cela permettra de nourrir votre bébé pendant la période où l'alcool sera dans votre sang.
  • Confort mammaire : En cas d'inconfort mammaire pendant le temps d'attente, vous pouvez tirer votre lait et le jeter.
  • Modération : Si vous choisissez de boire, limitez votre consommation à un verre. Il faut attendre au minimum 2 heures pour un verre, comptez 12 heures si vous avez pris plusieurs verres.
  • Alimentation : Mangez avant de consommer de l'alcool pour ralentir son absorption dans le sang.
  • Soutien : N'hésitez pas à demander de l'aide à votre partenaire, à votre famille ou à vos amis pour prendre soin de votre bébé pendant que vous attendez que l'alcool soit éliminé de votre corps.

Alimentation de la mère allaitante

Pendant les 4 premiers mois de sa vie, votre bébé ne va boire que du lait maternel et n’aura besoin d’aucun autre aliment pour sa croissance. Il n’y a pas de restrictions alimentaires spécifiques pendant l’allaitement. Mangez à votre faim, voire mangez plus : l’allaitement demanderait un apport supplémentaire par jour de calories variant entre + 595kcal (des 0 à 2 mois de bébé) et +670 kcal (de ses 3 à 6 mois).

Recommandations nutritionnelles

  • Pas de régime strict : Pendant les 2 premiers mois de bébé, ne pas commencer un régime minceur post-partum pour perdre le poids de votre grossesse car votre nouveau-né n’aura pas terminé son allaitement (préférablement pendant les 4 premiers mois). Si vous entamez un régime, il est conseillé de perdre 2kg par mois et pas plus au début.
  • Hydratation : Boire suffisamment d’eau : pour produire votre lait maternel, le corps aurait besoin de +600ml à +700ml d’eau par jour par rapport aux 1,5L recommandés. Les recommandations seraient donc de boire 2L d’eau par jour pour une femme allaitante, sachant qu’environ 700ml supplémentaires vous seront apportés par votre alimentation.
  • Aliments à privilégier : Ne pas consommer trop de sucres raffinés et de graisses saturées. Privilégier les aliments naturels frais, entiers et préférablement biologiques. Préférez l’achat en biologique de fruits et légumes très pollués en conventionnel (céleri branche, agrumes, endives, poires, pommes, patates, brocolis, carotte, haricots, petits pois et épinards…) : cela peut être du frais ou du surgelé si jamais votre budget est serré.
  • Végétalisme : Par ailleurs, sachez que le lait des mamans végétariennes contient en moyenne moins de polluants environnementaux (comme les PCB) que celui des mamans non végétariennes. Si vous êtes végétalienne, consultez un professionnel de santé qui vous donnera des conseils et un régime alimentaire adapté à votre allaitement.

Mythes et réalités

  • La bière favorise la lactation : La légende urbaine selon laquelle boire de la bière favoriserait la lactation de la maman allaitante est un mythe. Comme le dit Santé Publique France dans son guide de l’allaitement, “ Aucun alcool ne favorise la montée de lait.” Au contraire, la consommation d’alcool réduit la production de lait de la maman (LLL France) et peut même entraîner un blocage de l’éjection du lait (Santé Publique France).
  • Les aliments qui donnent des gaz au bébé : La présence de crucifères et de légumes producteurs de gaz dans l’alimentation de la maman pose souvent question. Il serait dit que les gaz de ces légumes (oignons, choux, brocolis, crudités, légumes fermentés) passeraient dans le lait maternel et causeraient des coliques chez le bébé. C’est là aussi totalement faux, le processus des gaz chez bébé est normal pendant que son intestin et son système digestif se met en place. Du point de vue scientifique, RIEN ne prouve que l’alimentation de la maman influence les coliques de bébé.

Aliments à surveiller

Le chocolat

En août 2025, une étude d’UFC a mis en évidence la contamination de tablettes de chocolat bio au cadmium. Ce métal lourd, naturellement présent dans la terre et dans les sols, se retrouve dans de nombreux aliments de consommation courante. L’origine du chocolat compte, les fèves de cacao venant d’Amérique Latine sont naturellement plus polluées au cadmium car c’est la nature des sols. Consommer des aliments riches en fer et en zinc (empêche la toxicité du cadmium), ainsi que privilégier le bio (moins de cadmium) sont des bonnes pratiques.

Allergies et intolérances

Si vous remarquez que votre nourrisson semble souffrir de coliques ou de troubles digestifs quand vous mangez des oeufs, du soja, des fruits à coque (arachides, noix), du poisson ou encore du gluten (blé), alors vous pouvez - sur conseil de votre professionnel de santé - les retirer un par un de votre alimentation pendant 5-7 jours et voir si l’état du transit digestif de bébé s’améliore.

Que faire en cas de questions ou de doutes ?

En cas de doute, il est toujours préférable de consulter un professionnel de la santé pour obtenir des conseils adaptés. Si vous avez la moindre question, le moindre doute, demandez l'avis d'un.e professionnel.le de santé ou d'un.e consultant.e en lactation. Votre choix doit être éclairé (et le vôtre) pour être le bon.

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