L'enseignement des mathématiques à l'école maternelle est un sujet de débat constant, oscillant entre différentes approches pédagogiques. Parmi les figures marquantes de ce domaine, Rémi Brissiaud propose une vision spécifique de l'apprentissage des nombres, notamment à travers son "Album à calculer". Cet article explore l'approche de Brissiaud, les avis qu'elle suscite, et son impact potentiel sur l'enseignement des mathématiques en maternelle.
L'Évolution de la Pensée de Brissiaud
Certains acteurs de l'éducation ont noté une évolution dans la pensée de Rémi Brissiaud au fil des années. Des ouvrages théoriques des années 90 aux publications plus récentes, un "ravin" semble s'être creusé, selon certains observateurs. Cette évolution se manifeste notamment dans sa position vis-à-vis de la file numérique, qu'il semble désormais moins privilégier, la remplaçant par des supports visuels comme les "petits pingouins sur la banquise" pour l'apprentissage des quantités de 1 à 5.
Le Comptage-Numérotage vs. le Comptage-Dénombrement
Une des contributions majeures de Brissiaud est sa distinction entre le "comptage-numérotage" et le "comptage-dénombrement". Le comptage-numérotage, souvent pratiqué dans les familles, consiste à associer un mot-nombre à chaque objet pointé, sans nécessairement comprendre que ce mot-nombre désigne la quantité totale formée. Brissiaud prône plutôt le comptage-dénombrement, où l'on énonce le mot-nombre seulement lorsque la pluralité correspondante a été formée.
Pour illustrer cette distinction, prenons l'exemple d'un enseignant qui déplace des cubes du bord de la table vers son centre pour montrer comment compter. Dans le comptage-numérotage, l'enseignant dirait "un" en déplaçant un cube. Dans le comptage-dénombrement, il dirait "un cube", puis "et-encore-un, deux cubes", signifiant explicitement que chaque nom de nombre désigne la quantité qui vient d'être formée.
La Conceptualisation du Nombre
Brissiaud insiste sur l'importance de la conceptualisation du nombre, c'est-à-dire la construction d'une image mentale précise du nombre, permettant à l'enfant d'avoir une représentation mentale ordonnée. Cette conceptualisation passe par la manipulation d'objets, la décomposition des nombres, et l'utilisation de constellations.
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L'Importance des Décompositions
Selon Brissiaud, savoir compter, c'est savoir trouver des décompositions d'un nombre. Un nombre n'est pas un simple numéro ou un symbole, mais une relation entre des quantités. Ainsi, l'enfant qui maîtrise les 5 premiers nombres doit savoir faire usage d'une dizaine de décompositions (1+4, 2+3, 3+2, 4+1, 1+1+1+1+1, etc.).
Le Subitizing
Le subitizing est la capacité à "voir" subitement le nombre, sans avoir besoin de compter. Brissiaud souligne que cette capacité n'est pas innée, mais se construit. Jusqu'à 3 unités, l'homme a la possibilité de les traiter en un seul focus de l'attention. Ainsi, face à 3 cubes, les concevoir comme 1, 1 et encore 1 se trouve facilité.
Les Plaques-Nombres Herbinière
Les plaques-nombres Herbinière, revalorisées par Rémi Brissiaud, sont un outil pédagogique visant à éviter le comptage-numérotage et à favoriser les stratégies de décomposition-recomposition. Elles permettent d'accéder au nombre comme une relation entre des quantités.
L'Album à Calculer : Un Outil pour la Maternelle
L'"Album à calculer" de Brissiaud est un outil conçu pour aider les enfants à conceptualiser les nombres de 3 à 7. Il met en scène des "histoires en images" avec des animaux, permettant de visualiser les décompositions des nombres. Par exemple, dans le "Deuxième album à calculer", les rabats représentent les rideaux d'un cirque, avec les coulisses à gauche et la piste à droite. Les enfants doivent trouver combien d'animaux sont en coulisse, en se basant sur le nombre total d'animaux et ceux qui sont en piste.
Les Critiques et les Alternatives
L'approche de Brissiaud n'est pas sans susciter des critiques. Certains enseignants trouvent ses exercices difficiles à mettre en œuvre, notamment avec des enfants en difficulté. D'autres préfèrent des approches alternatives, comme celle de Liliane Baron, qui respecte davantage la pédagogie en usage en maternelle.
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Certains enseignants ont témoigné de difficultés avec la méthode Diagonale, la jugeant trop complexe pour les enfants, notamment en CE2 avec des enfants d'IME. Ils préfèrent piocher des exercices dans différents ouvrages pour adapter la leçon à leurs élèves.
Les Bases 2, 3, 5… : Un Intérêt Contesté
L'enseignement des bases 2, 3, 5… est un sujet de débat. Si certains y voient un intérêt pour introduire ou conforter la numération décimale, d'autres estiment qu'on peut s'en passer. L'intérêt de la base 2 pour l'informatique est plus largement reconnu.
L'Adaptation aux Besoins des Élèves
Brissiaud souligne l'importance de s'adapter à ce que les élèves comprennent effectivement, plutôt qu'aux indications d'une progression censée valoir de manière générale. Il insiste sur le rôle de la parole et du langage dans la construction du nombre, et sur la nécessité de prendre en compte les compétences langagières des enfants.
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