Air Algérie, la compagnie aérienne nationale algérienne (code IATA : AH ; code OACI : DAH), est bien plus qu'une simple entreprise de transport aérien. Elle incarne un pan de l'histoire de l'Algérie, un symbole de son indépendance et de son identité nationale. Son histoire tumultueuse est intimement liée aux soubresauts de l'Afrique du Nord au XXe siècle.
Les prémices de l'aviation en Algérie
L'aventure aérienne en Algérie débute dès 1922, lorsque la Société du Réseau Transafricain effectue un vol inaugural entre Alger et Biskra, à bord d'un Dorand AR. Cette première tentative de ligne intérieure est cependant de courte durée, s'arrêtant le 1er juin 1923.
Parallèlement, les Lignes Aériennes Latécoère, connues pour leurs liaisons aéropostales entre Toulouse et Dakar, explorent des trajets reliant la métropole à l'Algérie, via une liaison Toulouse-Maroc. Une ligne Casablanca-Oran est testée avec un Latécoère 15, un appareil bimoteur où le pilote est installé dans un cockpit extérieur tandis que les six passagers sont dans une cabine fermée. Une autre ligne, reliant Alicante (Espagne) à Alger par hydravion, est également essayée. Ces projets sont rapidement abandonnés en raison du manque de fiabilité des appareils.
Une autre approche pour relier la France métropolitaine à l'Algérie est envisagée. À partir de 1928, une ligne Marseille-Alger, exploitée par l'Aéropostale (successeur du constructeur Latécoère), est ouverte, avec une escale aux îles Baléares. Les hydravions SPCA 63 Météore, Latécoère 21, puis CAMS 53 et 58 sont utilisés.
La naissance et l'évolution d'Air Algérie
La création d'Air Algérie se déroule en deux étapes. En 1946, la Compagnie Générale de Transport (C.G.T.) est créée. Avec le soutien d'Air France, elle se spécialise dans le transport de passagers et de fret entre la métropole et les principales villes d'Algérie : Alger, Constantine et Oran.
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La naissance officielle d'Air Algérie a lieu en juin 1953, lorsque la Compagnie Générale de Transport fusionne avec la Compagnie Air Transport pour former « C.G.T. Air Algérie ». C'est à cette époque qu'Air France exploite le quadrimoteur Bréguet 763 Provence, surnommé "Deux-Ponts" en raison de la répartition de ses passagers sur deux niveaux. Cet avion se distingue par sa maniabilité, sa sûreté et le fait qu'il n'a jamais connu de crash ni de blessés durant sa carrière (1953-1963).
La compagnie se modernise ensuite avec l'arrivée de la SE 210 Caravelle, construite par Sud Aviation, d'abord pour Air France (fin 1959) puis pour Air Algérie (début 1960). Cet appareil, reconnaissable à ses deux réacteurs situés à l'arrière du fuselage, marque une avancée technologique grâce à son système de pilotage automatique. La Caravelle est adoptée par de nombreuses compagnies européennes.
L'indépendance et la nationalisation
L'intensification du trafic aérien entre la France et l'Algérie à la fin des années 1950 et au début des années 1960 est liée à la découverte du pétrole saharien (vers 1955) et à la guerre d'Algérie, qui entraîne des transports massifs de troupes et, après l'indépendance en 1962, le rapatriement des Européens d'Algérie.
Après l'indépendance, l'État algérien prend une participation majoritaire dans le capital d'Air Algérie, considérée comme un instrument de sa politique. En 1963, le gouvernement d'Ahmed Ben Bella prend 51% du capital. En 1970, sa participation atteint 83%, puis 100% en 1972, Air France vendant ses 17% restants.
En 1973, la Société de Travail Aérien (S.T.A.) est intégrée à Air Algérie, qui devient la Société Nationale de Transport et de Travail Aérien Air Algérie.
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Expansion et restructuration
En 1983, Air Algérie emploie 6 900 personnes et dispose d'une flotte de 66 appareils, dont 18 Grumman AgCat utilisés pour la pulvérisation agricole. La compagnie est scindée en deux entités : l'une pour les opérations intérieures (I.A.S.), desservant un réseau de 24 escales, et l'autre pour les lignes internationales (34 escales en Afrique et en Europe). Cette séparation est de courte durée, et les deux entités sont fusionnées en 1984, Air Algérie se voyant confier la gestion des aérogares. Cette responsabilité est retirée à Air Algérie en 1987.
Adaptation à la libéralisation
La décennie 1990 est marquée par la déréglementation du transport aérien, avec le développement des vols charters et des compagnies à bas prix. Pour faire face à cette concurrence, Air Algérie augmente son capital :
- 1997 : Air Algérie devient une société par actions avec un capital de 2,5 milliards de dinars algériens (DA).
- 2000 : Le capital est porté à 6 milliards de DA.
- 2002 : Le capital est porté à 14 milliards de DA.
Tragédies et développement du réseau
L'histoire d'Air Algérie est également marquée par des tragédies. En 2003, la compagnie connaît son accident le plus grave lorsque le vol Air Algérie 6289 (Boeing 737) s'écrase à Tamanrasset, faisant 102 morts et un survivant.
Malgré cela, Air Algérie continue de développer son réseau. En 2007, une ligne directe Alger-Montréal est ouverte. En 2009, une ligne Alger-Pékin est inaugurée.
La compagnie aérienne possède un hub principal à l'aéroport d'Alger-Houari Boumèdiène et un second hub à l'aéroport d'Oran - Es Sénia. Le réseau couvert par Air Algérie s'étend sur 96 400 km, soit 2,4 fois le tour de la Terre. Le réseau international dessert 45 villes dans 30 pays en Europe, au Moyen-Orient, au Maghreb, en Afrique et en Amérique (Canada). Un réseau domestique relie 31 villes. En 2003, le nombre de vols quotidiens atteint 120 en période de pointe.
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