Si le mot « château-fort » évoque instinctivement l’Europe médiévale et ses chevaliers, l’histoire des fortifications est bien plus ancienne et profondément enracinée en Afrique. Loin des clichés, l’Afrique se révèle être un véritable berceau des châteaux et forteresses, témoignant d’une richesse architecturale et historique souvent ignorée. Cet article explore cette facette méconnue du continent africain, des fortifications pharaoniques aux citadelles médiévales, en passant par les royaumes d’Axoum et du Zimbabwe.

Les Racines Pharaoniques des Fortifications

Les spécialistes s’accordent pour dire que l’Égypte pharaonique a été la première à bâtir des fortifications, il y a environ 6000 ans. La plus ancienne attestation se trouverait à Nekhen, ancienne capitale du sud de l’Égypte. C’est dans cette ville qu’est né Naré Mari (Narmer), le pharaon fondateur de l’Égypte unifiée il y a 5300 ans. Après avoir conquis le nord du pays, Naré Mari fonde Memphis (Men Nafooré), la capitale du nord, et la militarise en la dotant de fortifications pour faire face aux ennemis.

Tout au long de son histoire, l’Égypte a compté de nombreux enclos fortifiés, mais celui de Buhen, situé au Soudan, est considéré comme le plus emblématique. L’aménagement du site aurait commencé il y a 5000 ans. Bien que les Égyptiens se savaient d’origine soudanaise, les relations entre les deux peuples étaient souvent tendues. Le pharaon Sésostris III (Sen-Ouseret) fit donc construire de nombreuses forteresses, dont celle de Buhen, pour protéger ses frontières et le pays des autres Africains. Le site de Buhen couvrait une surface de 13 000 m2 et était long de 150 mètres.

Il est important de noter que même les temples étaient fortifiés. Un temple, dans l’antiquité africaine, était appelé Hout Ntjer, ce qui signifie « Château du Seigneur ». Le temple d’Imana (Dieu) à Karnak en Égypte, le plus important édifice religieux de l’histoire africaine, en est un exemple frappant.

Axoum et le Royaume d'Abyssinie : Des Forteresses Millénaires

En Éthiopie actuelle, dans l’ancien royaume d’Axoum, existait une civilisation vitaliste de type pharaonique. Avant l’avènement du christianisme au IVe siècle, Axoum aurait compté des châteaux-forts, bâtis il y a environ 2000 ans. Ces structures, combinées aux gigantesques obélisques caractéristiques du royaume, témoignent de la puissance et de la sophistication de cette civilisation.

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Aujourd'hui, un circuit découverte de 13 jours en Éthiopie permet d'explorer le cœur du royaume d'Abyssinie et du Tigré. L'aventure débute à Axoum, l'ancienne capitale, où l'on peut admirer les obélisques monolithiques, les stèles géantes, les tombes royales et les ruines de palais qui rappellent la grandeur d'un empire florissant du Ier au XIIIe siècle. Axoum est aussi, depuis plus de 1700 ans, un haut lieu de la spiritualité chrétienne éthiopienne. L'église Sainte-Marie-de-Sion abriterait la légendaire Arche d'Alliance, renfermant les Tables de la Loi offertes par Salomon à la reine de Saba.

Le voyage se poursuit vers Lalibela, la "Jérusalem noire", célèbre pour ses églises monolithiques creusées dans la roche, classées au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ces églises constituent un chef-d'œuvre architectural et spirituel unique au monde. Le circuit mène ensuite vers les eaux du lac Tana, le plus vaste lac d'Éthiopie et berceau du Nil Bleu, à la découverte de ses monastères insulaires. L'itinéraire se termine dans le massif du Gheralta, au Tigré, où se nichent des églises rupestres perchées, accessibles par des sentiers vertigineux.

Du Zimbabwe au Niger : Vestiges de Cités Fortifiées

À la fin de la civilisation pharaonique, vers l’an 300, des forts sont construits au Zimbabwe. Celui de Mhanwa, bâti sur une colline, est la plus ancienne structure de la civilisation du Zimbabwe. Cependant, le site le plus impressionnant est la cité fortifiée de Djado au Niger. Laissée à l’abandon et méconnue, ses vestiges évoquent une ville ancienne élaborée, construite il y a 1500 à 2500 ans.

L'Influence Africaine sur les Fortifications Européennes

Les premiers Amazighs ou Berbères ont vécu sous l’influence de l’Égypte pharaonique et de Carthage, s’inspirant de ces civilisations pour bâtir les leurs. En 640, les Arabes entrent en Afrique par l’Égypte et soumettent le Maghreb noir. Les Berbères noirs du Maghreb, également appelés Maures ou Sarrasins, envahissent l’Espagne en 711, ainsi que le Portugal, la Sicile et le sud de la France.

C’est toute l’expérience africaine dans la construction des forts qui va déferler sur l’Europe au Moyen-Âge. Le premier fort est bâti par les Africains à Gibraltar dès 711. Les Maures vont recouvrir leurs nouveaux territoires de ces défenses sophistiquées. C’est deux siècles plus tard que la France entreprend d’en construire également, en réponse à ces invasions et aux attaques scandinaves.

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L'Héritage Continu des Fortifications en Afrique

Même après l’arrivée des Européens en Afrique au XVe siècle, les rois noirs marocains continuaient à construire des fortifications. Au XVIIIe siècle, les Éthiopiens construisent encore des châteaux-forts, comme celui de Gondar, surnommée la "Camelot de l'Afrique". Les Tata (fort) de Sikasso au Mali et les forts haoussa au Nigeria seront les derniers forts en activité d’Afrique.

Gondar, l'ancienne capitale de l'Éthiopie pendant près de deux siècles, abrite aujourd'hui l'un des plus grands ensembles de monuments anciens du continent africain. Huit monarques y ont successivement bâti leurs palais à l'intérieur de la magnifique enceinte impériale. Du donjon, on peut découvrir l'étendue scintillante du lac Tana, le plus haut d'Afrique.

La Signification Culturelle des Châteaux

En Andalousie, le château d’Aracena est bien plus qu’un simple monument. Comme l’explique l’anthropologue Richard Maddox, « le château » fait référence à un site archéologique et à un monument historique tout en renvoyant à un ensemble plus vaste. Cet ensemble comprend les ruines du château médiéval, l’église adjacente de Santa Maria, un buste en bronze de don Enrique et l’image vénérée de la sainte patronne de la ville, la Vierge du château.

« Monter au château », pour les habitants d’Aracena, c’est parcourir un espace physique et symbolique qui les rapproche du Pouvoir et du Sacré.

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