L'interruption de grossesse, qu'elle soit volontaire (IVG) ou spontanée (fausse couche), est une expérience profondément marquante pour une femme. Bien que l'IVG soit légalement encadrée et la fausse couche considérée comme un événement médical courant, ces situations sont trop souvent entourées de silence et peuvent engendrer une souffrance psychologique significative et sous-estimée. Cet article vise à offrir des pistes pour accompagner une femme traversant cette épreuve, en tenant compte des spécificités de chaque situation.

Reconnaître et Valider la Douleur

La première étape pour soutenir une femme après une fausse couche est de reconnaître et de valider sa douleur. Il est crucial de lui montrer que sa peine est légitime et qu'elle a le droit de ressentir de la tristesse, de pleurer et de vivre un deuil. Minimiser sa douleur ou lui dire de "tourner la page" rapidement peut être extrêmement blessant. La fausse couche est bien la perte d'un être cher, et il est important de le reconnaître.

L'Importance de l'Affection et de l'Écoute

Une femme qui vient de vivre une fausse couche a particulièrement besoin de marques d'affection et d'être écoutée sans recevoir de conseils. Si c'est votre compagne qui a fait une fausse couche, sachez que ses émotions sont à fleur de peau. Elle vit un immense chamboulement hormonal qui fait suite à celui du début de la grossesse et qui accentue par lui-même l'impression de vide et les idées noires. Son corps est encore dans l'attente d'un bébé. Les préparatifs commencés pour la naissance peuvent renforcer sa tristesse et le sentiment de perte. Elle a besoin de temps pour guérir, et le temps est un allié qui peu à peu apaise le chagrin et permet un jour d'être prête pour une nouvelle grossesse.

Les Mots à Éviter

Certains mots, dits avec les meilleures intentions du monde, n'aident pas la femme qui a fait une fausse couche. Ils laissent entendre que sa perte n'est pas réelle, qu'elle n'a pas perdu un vrai bébé, que ça n'a pas vraiment d'importance, que ce n'est pas grave… Alors que pour elle, il se passe quelque chose de tellement important !

Communiquer avec les Enfants

Dans la tourmente du deuil périnatal, de nombreux parents cherchent naturellement à protéger leurs autres enfants. Ils souhaitent les épargner, éviter d'ajouter de la peine à leur peine. Pourtant, même tout-petits, les enfants perçoivent intensément ce qui se passe : un changement de ton, une absence prolongée, un regard fuyant ou une ambiance différente à la maison. Face à ce flou, les enfants tentent de comprendre par eux-mêmes, et peuvent se faire des idées très justes… ou, au contraire, très angoissantes et culpabilisantes. C'est pourquoi il est essentiel, autant que possible, de poser des mots simples sur ce qu'ils vivent.

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Messages Clés à Transmettre aux Enfants

  • "Tu n'es pas responsable de la mort du bébé." L'enfant peut croire que c'est à cause de lui - d'un mot, d'un geste, d'une pensée ou même de la jalousie - que le bébé est mort.
  • "Ce n'est pas contagieux." Il peut avoir peur que d'autres membres de la famille meurent, ou que cela lui arrive aussi.
  • "On va s'occuper de toi. Voilà ce qui va se passer." Quand tout bouge autour de lui, l'enfant a besoin de repères.
  • "Le bébé qui est mort restera toujours important pour toi. Et moi aussi, je continuerai de te parler de lui / d'elle."

Il ne s'agit pas de tout dire, ni de forcer un moment si l'on ne s'en sent pas capable. Il est tout à fait possible d'y revenir plus tard, quand vous vous sentez plus prête. Ce n'est pas la parole qui fait de la peine, c'est l'événement. Et si l'on ne peut pas changer ce qui s'est passé, on peut choisir ce qu'on en fait : parler, transmettre, inclure.

Le Cas Spécifique de l'IVG

Dans le cas d'un avortement, la femme qui a fait ce choix peut vivre des émotions multiples et se trouver tiraillée entre des sentiments contradictoires. Par exemple, elle peut d'abord éprouver du soulagement et se sentir « libérée d'un problème » puis ressentir un malaise difficile à exprimer. Le « petit vélo dans la tête » peut venir harceler par des questions telles que : “est-ce que c’était le bon choix ? J’aurais peut-être pu faire autrement ? Pourquoi me suis-je laissée influencer ? Pourquoi ai-je pris une décision si vite ?”, etc. Il n’est pas anormal de se sentir mal après une IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), même des années plus tard.

L'Importance de l'Objectivité et du Pardon

Heureusement, tout peut finir par s’apaiser si l’on accepte de regarder les faits avec objectivité. Ce temps de parole, cette mise en lumière et de vérités est nécessaire pour ouvrir un chemin d’apaisement. Se pardonner, même si cette démarche est complexe et longue : on est souvent plus intransigeant envers soi-même qu’avec les autres. Toutes les femmes ayant subi un avortement, même celles qui sont totalement incroyantes, assistent à une culpabilité inconsciente, par-delà toutes les justifications rationnelles ou idéologiques affichées. Plus cette culpabilité sera combattue et refoulée, interdite d’accès à la lumière de la conscience et de la parole, plus elle risque de devenir toxique.

Déculpabilisation et Tragique de l'Existence

Dans cette perspective, la déculpabilisation sociologique actuelle, allant dans le sens du déni, censure le tragique de l’existence. Celui-ci, empêché d’être vécu, ne peut plus être surmonté. Sous couvert d’émancipation, cela constitue une violence insidieuse supplémentaire faite aux femmes, puisqu’on leur répète : « c’est pour ton bien, pour ta liberté » sans pouvoir s’en défendre.

Rituels de Deuil Personnalisés

Que vos croyances rejoignent les miennes ou pas, à partir du moment où la grossesse est investie, la fausse-couche est un événement qui doit être reconnu. Il y a l’idée d’un embryon, d’un fœtus et par prolongement/futurisation, d’un bébé qui a été porté. Il est donc primordial qu’il soit pleinement reconnu (que la mère soit enceinte de quelques semaines ou de plusieurs mois). Mais vous pouvez également créer un rituel en vous laissant guider par votre âme.

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Exemples de Rituels

Pour avoir traversé quatre fausses couches avant de mettre au monde mon bébé, à chaque fois, j’ai pris le temps d’accueillir ma tristesse, ma colère, mon incompréhension, mon mal-être, ma blessure d’injustice comme d’abandon… avant de personnaliser mon rituel de deuil. Personnellement, j’ai écrit une lettre à chacune des âmes qui m’avait appelé et que j’avais accueilli, puis je suis allée choisir à chaque fois une fleur ou un arbre selon le cas, que je suis allée planter, en choisissant minutieusement un endroit dans la forêt (notre terre-mère).

Écrivez une lettre symbolique à cet enfant qui ne verra pas la matière. Pour ma part, à chacune de mes fausses couches, j’ai écrit une lettre principalement teintée des couleurs de la gratitude. En accord avec ma spiritualité, j’étais très reconnaissante que ces petites âmes m’aient choisie pour maman. Il en va sans dire qu’il s’agit là d’être en accord avec les valeurs qui vont de pair avec votre spiritualité. Vous pouvez simplement écrire : “Je reconnais que tu es passé par mon corps et que sois parti, et j’ai décidé d’accepter cela, même si c’est encore douloureux”. Vous pouvez écrire ce que vous voulez, vous êtes la seule personne à savoir quels sont les bons mots qui raisonnent avec votre expérience.

Plusieurs dimensions entrent en jeu, alors que vous soyez sensibles à l’ésotérisme ou pas, la dimension psychique est indéniable : la projection de cet enfant a fait partie de vos pensées et à présent, il n’est plus dans votre corps. Je vous invite ensuite à brûler votre lettre tout en visualisant une représentation de l’âme qui part en même temps que la lettre se consume.

L'Accompagnement Psychologique et Médical

Evidemment chaque femme est unique, ce qui veut dire que toutes ne vivent pas la suite de l’IVG de la même manière. Au-delà d’un acte biologique, c’est avant tout toute la réalité psychique de chaque femme qui doit être prise en compte. Quand une femme a un désir d’enfant après une IVG, il arrive que des difficultés pour tomber enceinte apparaissent en réaction à la culpabilité ressentie, comme une punition qu’elle s’inflige à elle-même.

Du côté de l’interruption spontanée de grossesse (fausse-couche), il n’existe pas en France de protocole pour l’accompagnement psychologique post fausse-couche. La prise en charge est très variable d’une structure à l’autre et il est rare qu’on propose aux femmes un soutien psychologique. Il arrive même qu’elles soient laissées à l’abandon face à leur souffrance physique et psychique. De plus, après une ou plusieurs fausses-couches, les femmes sont généralement plus anxieuses car elles gardent en tête ce risque et ont parfois beaucoup du mal à profiter pleinement de leur grossesse.

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L'Hypnose comme Outil Thérapeutique

À la demande de mes collègues gynécologues ou sages-femmes, je rencontre les parents afin de les accompagner dans ce moment si délicat. L’hypnose est un outil me permettant de les aider tout au long de ce parcours. Ces femmes qui ont porté la vie et qui doivent, en peu de temps, affronter la perte d’un bébé.

Lorsqu’une problématique est liée à la grossesse, c’est normalement le gynécologue qui fera l’annonce. Dans certains cas, dont la trisomie, les parents pourront faire le choix de poursuivre ou non la grossesse. Dans certains cas, la mère accouchera du bébé et il sera en soins palliatifs. Dans d’autres situations, il y aura un geste posé par le gynécologue pour l’arrêt de vie du bébé in utéro (foeticide), puis arrivera le déclenchement des contractions pour accoucher de l’enfant décédé. Cette décision sera prise en pluridisciplinaire entre médecins pour déterminer ensuite la date de l’IMG.

Différentes problématiques peuvent mener à l’IMG aussi appelé avortement thérapeutique. L’IMG peut être envisagé si la vie de la mère est en danger, ou encore si l’enfant à naître a de fortes probabilités d’être atteint d’une infection particulière grave, d’une malformation ou encore d’une anomalie chromosomique.

Lorsque la décision est prise et que le travail commence, l’hypnose peut être utile en salle des naissances. Par exemple, elle peut aider à calmer les personnes, autant la maman que le papa, mais elle peut aussi s’avérer efficace si la mère a des difficultés avec les contractions. Tout au long de ce processus, il faut être attentif aux mots utilisés par ces femmes, ces mots qui seront repris lors de la transe. Afin que les femmes puissent trouver une paix intérieure, il est utile de les aider à libérer les tensions internes, les émotions bloquées à l’intérieur d’elles. La visualisation et la confusion hypnotique peuvent permettre d’apaiser le mental. Une visualisation telle qu’un bourgeon de fleur fermée, associé au col de l’utérus fermé, où chacune des contractions, peu importe leur intensité, ouvrira ce col, facilitera le travail.

Créer des Souvenirs

Par la suite, quand le bébé arrive sans vie, les parents seront respectés dans leur désir de le rencontrer ou non. Certains parents veulent passer un temps avec leur enfant et conserver ces souvenirs par des photos non traumatisantes, parfois simplement d’un pied, d’une main, faire des empreintes, donner des câlins. Dans ce cas, les parents auront une boîte-souvenir de cet enfant où ils pourront mettre, avec les empreintes et les photos, des doudous ou tout ce qui est en lien avec ce bébé. Cela pourra aider pour plus tard et évitera les regrets.

Le Rôle du Père

Le vécu entre le papa et la maman sera différent. Par exemple dans le cas d’une IMG, la mère ira au bloc opératoire seule pour faire le foeticide. Certaines femmes demeurent partagées car une partie d’elles veulent garder leur bébé, mais elles doivent faire face à la réalité. Ainsi le corps peut vouloir retenir le bébé sans vie dans le ventre afin de retarder l’acceptation que l’enfant est réellement décédé. Les papas sont plutôt dans une attente. Il faudra souvent travailler sur la culpabilité de ne pas avoir été présent pendant le foeticide et le sentiment d’impuissance de ne pouvoir aider. N’ayant pas porté l’enfant, certains papas pourront même avoir une certaine difficulté à comprendre l’ampleur de la peine de leur conjointe.

Gérer la Culpabilité et Préparer l'Avenir

Une tristesse inimaginable envahit certaines femmes, accompagnée bien souvent de culpabilité. Parfois, cette culpabilité remonte plus tard, lorsque tout est fini. La mère culpabilise d’avoir arrêté le coeur de son enfant. Un exercice en PNL proposé par Robert Dilts : « Les Mentors » permet de voir la situation différemment en apportant un nouveau regard sur la situation. Bien souvent, à la fin de l’exercice, la mère s’aperçoit qu’elle a fait le bon choix, autant pour elle que pour son bébé.

Finalement, dans les jours, semaines ou mois qui vont suivre, il y aura un travail sur le deuil, bien sûr, mais il y aura aussi une préparation pour plus tard, pour préparer une éventuelle grossesse si tel est le désir. La préparation pourra alors débuter avec, par exemple, la visualisation de la reconstruction de l’utérus qui suit. Vous pourriez aussi faire une métaphore avec l’oiseau qui prépare son nid.

L'Impact sur la Fratrie

Même si l’avortement reste un secret, un « non-dit », les enfants d’une même fratrie ne sont pas indemnes de ce qui se passe ou s’est passé pour leur mère. Ils ont en commun d’avoir vécu dans le même ventre leur vie prénatale, portés par la même mère. La grossesse qui s’est interrompue marque un manque dans l’histoire obstétricale de la femme et, par conséquent, un vide également dans la famille construite ou en devenir. Si l’avortement a lieu lors d’une première grossesse, l’enfant de la grossesse suivante peut souffrir d’une absence en sentant qu’il n’est pas l’aîné ; il peut sentir, dans sa vie prénatale, que quelque chose s’est passé dans ce ventre avant lui. L’enfant qui n’a pas été avorté devient un « survivant ». Il peut ressentir la précarité de sa vie, comme une « survie » par rapport à son frère ou sa sœur avorté(e). L’intuition des enfants ou leur souffrance ne s’expriment pas forcément aisément par des mots, parfois plus facilement par le dessin.

Ressources et Associations de Soutien

Voici différentes associations qui aident les personnes vivant ce deuil :

  • Le Groupe de libération de la parole post-IVG à Lyon: Un mercredi par mois de 18h30 à 20h30 au sanctuaire de Fourvière, dans un local proche de la basilique. Une équipe de bénévoles est présente : écoutante, médecin, psychologue et prêtre catholique.
  • L’association Mère de Miséricorde: Propose une écoute téléphonique anonyme et sans jugement aux personnes ayant été confrontées à l’IVG ou l’IMG. Cela peut être le lieu pour déposer son fardeau. Cette association pro-vie est catholique, mais l’écoute proposée est aconfessionnelle. Mère de Miséricorde propose aussi des sessions spirituelles catholiques pour les personnes, femmes et hommes, confrontées, parfois depuis longtemps, au deuil d’un enfant non né. « Portées par une communauté de prière, elles comportent des temps d’enseignements et de méditation, des ateliers créatifs, des veillées, un accompagnement individuel et personnalisé.
  • L’association SOS bébé: Est un site d’information et de soutien aux femmes qui se posent la question de l’IVG, aux personnes confrontées au regret de l’avortement ou à la douleur d’une fausse-couche.
  • L’association Agapa: Accompagne les femmes confrontées au deuil périnatal, y compris celles qui regrettent un avortement. Elle propose un accompagnement personnel des femmes ou des hommes ayant été confrontés à l’IVG ou à l’IMG, à travers des rencontres (en différents lieux de France) ou à distance (téléphone ou visio). Agapa propose aussi des groupes de parole qui réunissent des parents confrontés au deuil périnatal et à l’IMG (interruption médicale de grossesse).

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