L'essor de la pratique du vélo en France, particulièrement sensible depuis le début des années 2010 et renforcé par la crise du Covid-19, s'est accompagné d'une augmentation préoccupante du nombre d'accidents impliquant des cyclistes, y compris les enfants. Cet article se penche sur les statistiques relatives aux accidents de vélo chez les enfants en France, en analysant les facteurs de risque et en explorant les pistes d'amélioration de la sécurité. Les données utilisées proviennent principalement de la base de données accidents corporels de la circulation, administrée par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR). Cette base recense les accidents survenus sur une voie ouverte à la circulation publique, impliquant au moins un véhicule et ayant fait au moins une victime qui a nécessité des soins.

Augmentation de la pratique du vélo et hausse des accidents

La pratique du vélo a connu une augmentation significative ces dernières années. En 3 ans, elle aurait augmenté de 20 % en agglomération, où elle avait déjà décollé grâce aux divers systèmes de vélos en libre-service. La campagne n’est pas en reste, mais elle part de plus loin, le phénomène est moins visible : il y aurait, depuis 2019, 18 % de cyclistes en plus sur les routes hors agglomération. Plusieurs facteurs expliquent cet engouement, notamment la crise du Covid-19, qui a incité les gens à éviter les transports en commun, la volonté de s’activer et de moins utiliser la voiture pour de courtes distances, et l’arrivée du vélo électrique. De plus, la création d’infrastructures dédiées, principalement en milieu urbain, sécurise de plus en plus la pratique.

Malheureusement, cette progression s'est traduite par une augmentation du nombre d'accidents et de décès chez les cyclistes. Jusqu’alors, le nombre de morts gravitait autour de 140 à 170 décès par an. Depuis 2019, l’évolution est sensible, le chiffre des morts à vélo a bondi. Les décès de cyclistes ont augmenté de près de 38 % depuis 2019. En 2022, selon les statistiques de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), il y a eu 245 décès de cyclistes, contre 187 en 2019. En ajoutant les 35 décès d’usagers de trottinettes et autres engins de déplacement personnel motorisé (EDPM), la hausse atteint 90 % en 12 ans.

Accidentologie infantile à vélo : Aperçu général

Bien que les données spécifiques aux accidents de vélo impliquant uniquement des enfants soient limitées dans les informations fournies, l'accidentologie générale en France concernant les enfants de moins de 13 ans est instructive. Les sources de l'ONISR pour les années 2018, 2019 et 2020 fournissent un contexte important. Il est crucial de noter que l'étude se concentre sur les accidents corporels, c'est-à-dire ceux qui nécessitent des soins médicaux.

Il est également important de considérer que les données de la base accidents corporels ne sont pas exhaustives. Les forces de l’ordre n’interviennent que lorsqu’il existe un tiers responsable, et certains blessés légers ne sont pas toujours pris en charge dans un établissement de soin ni par des services de secours.

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Facteurs de risque et circonstances des accidents

Plusieurs facteurs contribuent aux accidents de vélo, notamment :

  • L'âge : Les statistiques montrent que l’âge semble un facteur de risque important : 64 % des cyclistes tués sur leur vélo avaient plus de 55 ans. À vélo électrique, 67 % des tués avaient plus de 75 ans. Bien que ces chiffres concernent l'ensemble des cyclistes, il est raisonnable de supposer que l'âge joue également un rôle dans les accidents impliquant des enfants, en particulier les plus jeunes, qui manquent d'expérience et de compétences.
  • Le lieu : Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les routes de campagne sont plus mortelles pour les cyclistes que les pistes cyclables des métropoles. S’y produisent plus de la moitié des décès à vélo. La différence de vitesse entre une auto roulant à 80 km/h et un vélo explique certainement la gravité des accidents hors agglomération, de même qu’a contrario, la faible vitesse de circulation en ville la limite.
  • Les conditions de circulation : Plus étonnant encore, les décès se produisent la plupart du temps dans des conditions normales : 77 % en plein jour, 69 % en dehors de tout croisement, 87 % sur route sèche. Des chiffres corroborés par les récents accidents mortels signalés dans la presse régionale : ils résultaient d’une collision par l’arrière, lors d’un dépassement où l’automobiliste n’avait pas respecté la distance de sécurité.
  • Le type de collision : Dans l'immense majorité des cas, les collisions avec un autre véhicule impliquent des voitures ou des utilitaires, et dans sept cas sur dix elles se font par le côté.

L'importance des infrastructures et de la sensibilisation

Les caractéristiques des accidents graves (86 % des décès hors réseau cyclable, collision mortelle contre des véhicules roulant à pleine vitesse sur route partagée) montrent l’intérêt de sécuriser les déplacements cyclistes par des infrastructures dédiées. La création de pistes cyclables sécurisées, séparées de la circulation automobile, est essentielle pour réduire le risque d'accidents.

La sensibilisation des automobilistes et des cyclistes aux règles de sécurité routière est également primordiale. Les campagnes de sensibilisation devraient notamment insister sur le respect des distances de sécurité lors des dépassements, le port du casque et l'importance d'être visible, surtout la nuit.

Par ailleurs, la fermeture momentanée de rues aux voitures devant les écoles ou les collèges, ce que l’on appelle des « rues aux enfants » (pour les 10-15 ans, dans les 3/4 des cas, l’accident a lieu à moins de 500 m. « Ce qui pourrait rendre la rue et la route plus sûre pour les personnes se déplaçant à vélo ».

Exemples d'accidents et statistiques locales

Plusieurs exemples d'accidents survenus en France illustrent la gravité de la situation :

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  • En mars 2021, une voiture a fauché une vingtaine de cyclistes entre Saint-Just-Saint-Rambert et Bonson dans la Loire.
  • Le long de la Saône, quartier de la Confluence, de nombreux accidents de vélos se produisent chaque jour. Les cyclistes chutent à cause des anciens rails de chemin de fer.
  • Un cycliste a été mortellement fauché par un automobiliste jeudi 27 avril à Rochetaillée-sur-Saône, deux autres ont été heurtés de plein fouet le même soir à Villeurbanne.
  • Un jeune cycliste de 16 ans a été tué dans une collision dimanche 30 en Haute-Loire.

Sur les 12 derniers mois, le nombre de blessés graves à vélo en France est largement supérieur à celui de l'année 2019 : 2 600 cyclistes seraient gravement blessés, soit +10 % par rapport à 2019.

Dans le Rhône, 7,4% des cyclistes accidentés entre 2019 et 2021 (52 sur 700) se déplaçaient sur un vélo à assistance électrique. Ils étaient environ 6% dans la Loire (6 sur 107), 11% en Côte-d'Or (5 sur 46), 4,4% dans l'Ain (4 sur 90), 8,3% dans le Jura (3 sur 36) et 5% en Saône-et-Loire (5 sur 102).

Entre 2017 et 2021, une centaine d'accidents sérieux (recensés par la police) ont impliqué à la fois un vélo et un piéton dans le Rhône (pour la plupart dans Lyon, notamment les 3e, 6e et 7e arrondissements). 92 piétons ont été blessés dans ces collisions, dont 25 ont dû être hospitalisés. Sur la même période on ne compte que 6 piétons blessés dans une collision avec un cycliste dans la Loire, ou encore 4 en Saône-et-Loire.

Deux enfants de 3 ans, passagers sur un vélo, ont été légèrement blessés lors d'une collision avec un scooter à Bron en 2021. Ce sont les plus jeunes victimes recensées par les forces de l'ordre à l'occasion d'un accident impliquant un cycliste dans nos départements. La victime la plus âgée, toujours dans le Rhône, était âgée de 104 ans lors de son accident dans le 3e arrondissement de Lyon : le cycliste a été légèrement blessé lors d'une collision avec une voiture, en 2017.

Analyse du risque comparatif

Il est important de contextualiser le risque d'accident à vélo par rapport aux autres modes de transport. A vélo, le risque d'accident grave ou mortel est plus élevé qu'en voiture ou à pied. Le risque pour un cycliste d’être tué, pour un temps de déplacement identique, est trois fois plus élevé que pour un automobiliste, et quatre fois plus que celui des piétons, mais dix fois moins que pour un motard. Le risque d’être gravement blessé est seize fois plus élevé que pour un automobiliste, et dix fois plus que celui des piétons, mais huit fois moins que pour un usager de deux-roues motorisé. Chez les cyclistes, le risque d’accident corporel est plus élevé chez les 18-25 ans, chez les femmes, et hors agglomération.

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Vélos et trottinettes représentent 8% de la mortalité et 20% des blessés graves. « Depuis la pandémie, la part des usagers vulnérables (piétons, cyclistes, trottinettes, deux-roues motorisés) parmi les personnes tuées ou blessées gravement se renforce », note l'Observatoire de la sécurité routière dans son Bilan 2022. « La part des cyclistes et utilisateurs de trottinettes augmente : 8% de la mortalité et 20% des blessés graves (…) Les occupants de voiture représentent désormais moins de la moitié des personnes tuées (48%).

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