Introduction

La pandémie de COVID-19 a engendré des bouleversements considérables dans de nombreux aspects de la vie quotidienne, y compris les pratiques médicales entourant la maternité. Alors que certains prévoyaient un essor des naissances suite aux confinements, les chiffres actuels en France suggèrent une réalité différente. Cet article explore les diverses facettes des restrictions d'accès à la maternité mises en place pendant la pandémie, leurs conséquences observées, et les débats qu'elles suscitent.

Baisse de la Natalité en France

Contrairement aux prédictions initiales d'un baby-boom post-confinement, les données de l'INSEE révèlent une diminution continue de la natalité en France, une tendance observée depuis six ans. Les naissances enregistrées en janvier montrent une baisse significative de 13 % par rapport à janvier. Bien qu'il soit encore prématuré de tirer des conclusions définitives, cette baisse soulève des questions sur l'impact de la pandémie et des mesures de confinement sur les décisions de procréation.

Diminution des Naissances Prématurées

Un aspect plus positif émerge des observations faites dans plusieurs pays développés, dont la France, l'Australie, les Pays-Bas, le Canada et les États-Unis : une baisse notable du nombre de naissances prématurées. Certaines études font état d'une diminution allant jusqu'à 90 % des nouveau-nés pesant moins de 1,5 kg. En France, bien que les données soient encore préliminaires, la clinique de Bezannes (Reims) a signalé une chute de 20 % du nombre de nouveau-nés prématurés, et Troyes une baisse de 15 %.

Cette diminution marquée entre mi-mars et fin août pourrait s'expliquer par le ralentissement de la vie économique et du rythme de vie imposé par le confinement. Moins de stress et plus de repos pourraient avoir été bénéfiques pour les femmes enceintes, en particulier celles qui travaillent habituellement debout, portent de lourdes charges ou passent de longues heures dans les transports.

Allongement du Congé de Paternité

Certains pays ont profité de la crise sanitaire pour renforcer le soutien aux jeunes parents. En Belgique, la durée du congé de paternité a été augmentée, passant de 10 à 15 jours, avec une promesse de l'étendre à 20 jours en. L'Espagne a décidé d'égaliser la durée des congés maternité et paternité en allongeant ce dernier à 16 semaines. Cette mesure vise à permettre aux pères de soulager les mères et d'être plus présents pour leur bébé.

Lire aussi: L'importance du carnet de suivi

En France, le congé paternité est actuellement de 14 jours, comprenant le congé de naissance de 3 jours ouvrables et le congé de paternité proprement dit de 11 jours. À partir du 1er juillet, le congé paternité passera à 28 jours, une avancée significative pour l'égalité parentale.

Restrictions des Visites en Maternité

La Belgique, comme de nombreux pays développés, a drastiquement restreint les conditions de visite en maternité en raison de la pandémie. Cette mesure, initialement temporaire, pourrait être maintenue après la crise sanitaire. Les observations suggèrent que les femmes se remettent mieux de l'accouchement avec des visites limitées. Elles sont plus reposées et vivent des moments privilégiés en famille. L'allaitement semble également mieux se dérouler, et le personnel soignant est moins sollicité.

Cependant, cette restriction des visites suscite des réactions mitigées. À Bourges et Châteauroux, par exemple, les pères sont autorisés à assister à l'accouchement, mais ne peuvent pas rester avec leur femme et leur enfant les jours suivants. Cette mesure, bien que visant à protéger la population, est perçue comme angoissante par certains futurs parents.

Impact Psychologique et Social

L'anthropologue Mounia El Kotni, spécialiste des questions de genre et de santé, a constaté que l'interdiction des visites était globalement appréciée des femmes, car elle les dédouane de la pression sociale de recevoir des visites alors qu'elles viennent de vivre un accouchement. En effet, dans de nombreuses sociétés, les visites à la maternité sont ritualisées et s'y soustraire peut être difficile.

Anne Évrard, coprésidente du Collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane), souligne qu'il est essentiel de demander aux femmes ce qu'elles veulent. Certaines apprécient de n'avoir que leur conjoint et leurs enfants, tandis que d'autres ont besoin de la présence de leur famille pour vivre pleinement l'accueil du bébé. Elle craint que les hôpitaux ne privilégient la simplicité de fonctionnement sans tenir compte de la diversité des besoins des patientes.

Lire aussi: Plaine des Palmistes : Cascade Biberon

Impact sur l'Allaitement Maternel et la Perte de Poids des Nouveau-nés

Une étude rétrospective bicentrique comparant les couples mères-enfants pris en charge pendant le premier confinement à ceux pris en charge l'année précédente a révélé que le groupe COVID perdait moins de poids entre J2 et J0. Plus particulièrement, la perte de poids moindre concernait les nouveau-nés nés par voie basse les deux premiers jours de vie et les primipares entre J2-J0. Les pertes de poids pathologiques >10 % étaient moindres à J2 et J3, et moins de compléments lactés étaient distribués durant le séjour.

Ces résultats suggèrent que la restriction des visites en maternité a eu un impact positif sur l'allaitement maternel, bien que l'impact psychologique de l'isolement chez la mère aurait pu jouer un rôle.

Témoignages et Expériences

De nombreux témoignages illustrent les différents vécus de cette période. Diane, qui a accouché à l'hôpital Tenon à Paris, a apprécié de n'avoir que son conjoint autorisé à lui rendre visite, car cela lui a permis de se concentrer sur son bébé et de profiter des conseils des soignants. Alice, une autre jeune maman, a passé cinq jours dans un huis clos avec son compagnon, ce qui lui a permis de s'inscrire pleinement dans la maternité.

Margaux Girerd, qui a accouché au Centre Hospitalier Agen-Nérac, a dû annoncer à ses proches qu'elle préférait ne recevoir personne, ce qui a suscité de l'incompréhension. Cependant, elle a tenu bon face à la pression sociale et a pu profiter pleinement des premiers jours avec son bébé.

Différences Européennes et Internationales

Les restrictions de visites liées au Covid-19 varient considérablement d'un pays à l'autre. À Bruxelles, la plupart des établissements limitent les visites au co-parent et à la fratrie du nouveau-né. À Berlin, c'est la règle "un visiteur par jour pendant une heure" qui est appliquée dans de nombreux hôpitaux. La Suisse, en revanche, est revenue aux règles pré-Covid. Aux États-Unis, certaines maternités n'acceptent que deux visiteurs à la fois, tandis que d'autres autorisent tous les visiteurs de plus de 12 ans, sans limite de temps.

Lire aussi: Définition Couche d'Accès Réseau

Vers un Nouveau Modèle de Maternité ?

La pandémie a mis en lumière les avantages potentiels de la limitation des visites en maternité, tels qu'un meilleur repos pour les mères, un allaitement plus facile et une plus grande intimité familiale. Cependant, il est essentiel de tenir compte de la diversité des besoins des femmes et de leur offrir la possibilité de choisir le modèle qui leur convient le mieux.

Comme le souligne Anne Évrard, il faudrait mettre en place des solutions plus ajustables, en demandant à la mère quelle est sa position par rapport aux visites. Cela permettrait de concilier les avantages de la restriction des visites avec le besoin de soutien social et familial de certaines femmes.

tags: #accès #maternité #covid #restrictions

Articles populaires: