La retraite est une étape importante de la vie, et il est essentiel de comprendre les conditions et les modalités de calcul de sa pension. L'un des éléments clés est la durée d'assurance, exprimée en trimestres, qui détermine l'ouverture du droit à la retraite et influence le montant de la pension. Cet article vise à démystifier les 158 trimestres de retraite, en abordant les différents types de trimestres, les conditions pour les valider, et les majorations possibles.
La Durée d'Assurance : Un Pilier de la Retraite
La durée d'assurance est l'ensemble des périodes transformées en trimestres, incluant les périodes cotisées, assimilées, validées par présomption, et les majorations de durée d'assurance. Les trimestres de majoration de durée d'assurance ne sont pas affectés à des années civiles déterminées. L'année civile concerne la période du 1er janvier au 31 décembre.
Trimestres Cotisés
Le montant du salaire soumis à cotisations sert de base à l'attribution des trimestres, et non la durée du travail. Jusqu'à fin 2013, chaque tranche de salaire sous le plafond de la sécurité sociale, égale à 200 fois la valeur du Smic horaire brut en vigueur au 1er janvier de l'année civile en cours, donne droit à un trimestre. Le nombre annuel de trimestres ne peut être supérieur à quatre.
Exceptions :
- Dernière année : En cas de départ en retraite en cours d'année civile, le décompte des cotisations versées s'arrête au dernier jour du trimestre civil précédant la date de départ de la pension. Un départ au 1er septembre ne peut donner droit qu'à deux trimestres.
- Décalage de paie : Jusqu'à fin 2017, les salaires étaient reportés sur le relevé de carrière selon l'année de leur versement. Le salaire et les cotisations de décembre versés en janvier étaient affectés à l'année du versement. Depuis janvier 2018, ce décalage n'a plus de conséquence, car la paie de décembre versée en janvier est inscrite dans le compte individuel avec les salaires de l'année de travail.
- Périodes à l'étranger : Elles sont retenues comme indiqué sur le formulaire de liaison transmis par le pays concerné.
- Indemnités des élus locaux : Les indemnités de fonction des élus des collectivités territoriales ne sont ni un salaire, ni un traitement, ni une rémunération. Toutefois, ils sont affiliés à l'assurance retraite dès que leurs indemnités dépassent 50% du plafond de la sécurité sociale. Ils peuvent acheter jusqu'à 12 trimestres pour les années d'élu local.
Trimestres Assimilés
Les périodes assimilées sont les périodes d'interruption involontaire du travail salarié.
- Congé de reclassement : Le congé de reclassement excédant le préavis de licenciement, bien que rémunéré par l'ancien employeur, n'est pas soumis aux cotisations sociales. Ce congé suit les règles d'attribution de validation de la formation : chaque tranche de 50 jours de formation valide un trimestre.
- Maternité : Avant 2014, le trimestre qui comprend la date de l'accouchement est assimilé à un trimestre d'assurance. La CPAM devait signaler aux caisses de retraite chaque accouchement.
- Stages de formation professionnelle : Toutes les périodes de stage de la formation professionnelle continue effectuées par un demandeur d'emploi non indemnisé depuis janvier 2015 permettent la validation de périodes assimilées (il n'y a pas d'effet rétroactif).
- Stages et TUC
- Chômage partiel : Depuis mars 2020, les périodes de chômage partiel (activité partielle longue durée ou APLD) sont prises en compte pour la retraite. Depuis 2025 s’ajoute l’APLD Rebond.
- Congé de reclassement et contrat de transition professionnelle
- Trimestres pour les sportifs de haut niveau
- Majoration élu local
Achat de Trimestres
Un assuré social peut acheter des trimestres pour parfaire sa durée d'assurance validée, voire cotisée. Certains achats bénéficient de tarifs réduits s'ils sont effectués jeune ou au titre d'une activité jeune.
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Périodes d'Apprentissage
Les modalités de prise en compte des périodes d'apprentissage au titre de l'assurance-retraite depuis janvier 2014 sont définies (décret 2014-1514 et circulaire Cnav 2016-41). Le cas échéant, le trimestre pouvant résulter de la totalisation des reliquats des journées non prises en compte est affecté à l'année civile au cours de laquelle le contrat a pris fin.
Ajournement de la Retraite
À partir de l'âge du taux plein sans décote (67 ans), l'ajournement de la demande de retraite donne droit à une majoration de durée d'assurance si l'on ne réunit pas, tous régimes confondus, la durée exigée pour obtenir une retraite entière. Ces trimestres de majoration de durée d'assurance pour âge ne sont pas affectés à des années civiles. La majoration est égale à 2,5% de la durée totale d'assurance par trimestre d'ajournement après 67 ans.
Exemple : Une personne née en septembre 1957 a un âge légal de départ à la retraite de 62 ans et doit valider 166 trimestres pour obtenir le taux plein. À 67 ans (septembre 2024), elle a 155 trimestres. Si elle décide de continuer à travailler jusqu'au 1er juillet 2025 (3 trimestres de plus), elle aura 155 + 11,62 = 166,62 trimestres, arrondis à 167. Ce nombre ne peut dépasser les 166 trimestres du taux plein.
Pénibilité
Dix points de pénibilité permettent une majoration d'un trimestre. Les trimestres acquis à ce titre permettent de bénéficier du taux plein, donc de réduire ou d'annuler la décote dans tous les régimes de retraite (circulaire Cnav 2025-19 du 30 juillet 2025).
Validation sur Présomption
D'une part, les périodes de salariat pour lesquelles les cotisations ou les salaires n'ont pas été reportés au compte de l'assuré peuvent être validées sur présomption. D'autre part, les périodes de chômage avant 1980 pour lesquelles l'assuré ne peut pas produire de justificatifs peuvent également être validées sur présomption. La présomption peut être due grâce à des bulletins de salaires ou à l'indemnisation par l'assurance-maladie.
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Majorations pour Enfants
Les femmes, mères de famille, salariées affiliées au régime général et aux régimes alignés se voient attribuer une majoration de leur durée d'assurance retraite (MDA) allant jusqu'à deux ans par enfant. La loi de 2009 a instauré un dispositif applicable depuis avril 2010 aux couples, mariés, pacsés ou vivant maritalement et pas encore en retraite. La loi de 2023 garantit désormais un minimum de deux trimestres de majoration d'éducation au profit de la mère.
- Majoration de trimestres pour maternité
- Majoration de trimestres pour adoption : Les parents désignent d'un commun accord le bénéficiaire de la majoration ou, le cas échéant, définissent la répartition entre eux de cet avantage. Cette option est exprimée auprès de la caisse d'assurance-vieillesse compétente, dans le délai de six mois à compter du quatrième anniversaire de l'adoption de l'enfant.
- Majoration de trimestres pour éducation : Il est institué, au bénéfice de l'un ou l'autre des deux parents assurés sociaux, une majoration de durée d'assurance de quatre trimestres attribuée pour chaque enfant mineur au titre de son éducation pendant les quatre années suivant sa naissance ou son adoption. Les parents désignent d'un commun accord le bénéficiaire de la majoration ou, le cas échéant, définissent la répartition entre eux de cet avantage. Cette option est exprimée auprès de la caisse d'assurance-vieillesse compétente, dans le délai de six mois à compter du quatrième anniversaire de la naissance de l'enfant ou de son adoption. En cas de désaccord exprimé dans le délai de six mois, la majoration est attribuée à celui des parents qui établit avoir assumé à titre principal l'éducation de l'enfant pendant la période la plus longue. En cas de défaut d'option dans les délais, la décision est réputée valoir décision conjointe implicite de désignation de la mère (adoptante). La décision, y compris implicite, des parents ou l'attribution de la majoration ne peut être modifiée, sauf en cas de décès de l'un des parents avant la majorité de l'enfant. Si régime spécial de retraite. Le choix entre le père ou la mère pour l'application de la majoration de durée d'assurance au titre de l'éducation (enfants nés ou adoptés) doit être exprimé auprès de la caisse dans un délai de six mois à compter du quatrième anniversaire de la naissance de l'enfant ou de son adoption.
Congé Parental
En cas de majoration de durée d'assurance pour enfant, le même enfant ne donne pas droit à la majoration d'assurance pour congé parental. La durée du congé parental est décomptée, de date à date, par périodes de trois mois. Le nombre de trimestres est arrondi au chiffre supérieur. Il faut produire une attestation de « congé parental » établie par son employeur.
Assurance Vieillesse des Parents au Foyer (AVPF) et Assurance Vieillesse des Aidants (AVA)
L'assurance-vieillesse des parents au foyer (AVPF) et l'assurance-vieillesse des aidants (AVA) (depuis septembre 2023), sont des affiliations gratuites et obligatoires au régime général de l'assurance vieillesse. Il faut vérifier attentivement le relevé de carrière, car des employeurs publics, des Caf ou MSA n'ont pas toujours appliqué la réglementation et versé les cotisations au régime général.
Allocation d'Éducation de l'Enfant Handicapé
Cette majoration est accordée aux salariés ayant cotisé à l'assurance-retraite. Un trimestre d'assurance est attribué à la date d'ouverture du droit à l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ou à la date de prise en charge effective de l'enfant.
Prise en Charge d'un Adulte Handicapé
Depuis février 2014, l'assuré assumant au foyer familial la prise en charge permanente d'un adulte lourdement handicapé de sa famille peut obtenir une majoration de trimestres pouvant aller jusqu'à 8. Le taux d'incapacité est égal ou supérieur à 80 %.
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Le Minimum Contributif (Mico)
La pension de base au taux plein ne peut pas être inférieure à un montant minimum, dit « minimum contributif » (Mico normal ou majoré) ou une majoration exceptionnelle pour ceux partis en retraite avant septembre 2023 (Majex). Il ne faut pas confondre ce minimum contributif avec le minimum vieillesse (Aspa). Les deux montants du minimum contributif seront revalorisés comme le Smic.
Calcul de la Pension de Base et du Minimum Contributif
Le régime de retraite de base calcule la pension de base à partir des droits acquis par les cotisations personnelles. Deux conditions et deux étapes sont nécessaires. Les deux majorations sont calculées à la liquidation, à la date d'effet de la pension. Si le total de la retraite résultant de ces calculs dépasse le plafond de retraites personnelles autorisé, la majoration due au titre du minimum est réduite du montant du dépassement. Après avoir porté la pension au minimum, on applique la surcote. Ce nouveau montant (minimum plus surcote) bénéficie de la majoration de 10 % pour trois enfants.
Exemple 1 : Un salarié né en 1961 totalisant 162 trimestres dont 110 cotisés demande sa retraite pour inaptitude à 62 ans. Sa durée exigée est de 168 trimestres. Sa retraite de base s'élève à 490 €.
Exemple 2 : Un salarié né en 1961 totalisant 172 trimestres dont 156 cotisés demande sa retraite à l'âge légal. La durée exigée est de 168 trimestres. Si l'ensemble des pensions de retraite personnelles légalement obligatoires (y compris les majorations) est inférieur à un montant (plafond), la pension de base bénéficie d'une majoration à hauteur du minimum. Si la base de données partagée entre les 37 régimes de retraite n'est pas à jour, une avance est attribuée si le montant éventuel du minimum est égal ou supérieur à 10 % du minimum appelé « seuil permettant le paiement de l'avance du minimum contributif ». La régularisation éventuelle se fera ultérieurement.
Totalisation des Durées d'Assurance
Les durées d'assurance accomplies dans les régimes visés par la Lura (liquidation unique de retraite des régimes alignés : assurance retraite, indépendants, salariés agricoles) sont totalisées comme s'il s'agissait d'un seul régime. La durée d'assurance est celle indiquée par les autres régimes.
Périodes Validées par les Régimes Étrangers
Sont également prises en compte les périodes validées par les régimes étrangers dans le cadre des règlements communautaires et des accords internationaux de sécurité sociale, si la pension mise en paiement est la pension communautaire ou est calculée dans le cadre d'une convention.
Majoration Exceptionnelle (Majex)
Une majoration exceptionnelle (Majex) des petites retraites concerne uniquement les retraites attribuées avant septembre 2023, portées ou non au minimum contributif (Mico). Cette revalorisation de 100 € mensuelle sera au prorata des trimestres cotisés uniquement. Le calcul s'effectue en plusieurs étapes. Cette majoration nécessitant l'étude de retraites anciennes, son application s'étale de septembre 2023 à septembre 2024.
Plafond de la Pension
Le montant de la pension ne peut pas être supérieur à 50 % du montant du plafond de la sécurité sociale en vigueur dans l'année de la liquidation (avantages complémentaires non compris). Du fait de l'indexation sur les prix des salaires portés au compte individuel, cet écrêtement ne se rencontre presque jamais.
Le Minimum Contributif : Un Montant Plancher
Le minimum contributif ne concerne qu'une partie de la retraite obligatoire, le régime de base. Le minimum contributif, institué en 1983, est à mettre à l'actif de la CFDT. En janvier 1984, le minimum contributif représente environ 73 % du Smic net. Revalorisé comme les pensions depuis 1986, ces revalorisations sont indexées sur les prix et non sur le Smic. Une réforme entrée en vigueur en 2012 limite le droit à ce minimum à ceux qui ont des retraites personnelles inférieures à un montant assez faible : le plafond est de 89% du Smic net. Si le bénéficiaire du minimum contributif n'est pas imposable, cas le plus fréquent, sa pension n'est pas soumise aux cotisations sociales, contrairement au salarié au Smic soumis, lui, à des cotisations estimées à 21 %. Le minimum contributif ne doit pas être comparé avec l'Aspa (allocation de solidarité aux personnes âgées) appelée auparavant « minimum vieillesse ». La revalorisation de la retraite minimum en 2023 pouvant aller jusque 100 € par mois est un minimum. Le calcul de la pension de réversion du conjoint survivant d'un bénéficiaire du minimum contributif se fait sur le montant de base de la retraite, avant alignement sur ce le minimum et sans la majoration pour handicap.
Qui Peut Bénéficier du Minimum Contributif ?
Le minimum contributif est le « montant plancher » de la retraite de base, pour les assurés qui ont cotisé la durée légale (entre 167 et 172 trimestres suivant la date de naissance) ou qui ont dépassé l'âge de la retraite à taux plein (67 ans). Ce minimum retraite s'applique aux pensions des salariés du privé (régime général), des salariés agricoles (MSA), et des artisans, commerçants et industriels (SSI). Il est attribué quels que soient les revenus dont dispose le retraité en plus de ses pensions : loyers, revenus du capital, activité professionnelle… En revanche, il ne peut pas porter la somme des pensions de retraite perçues dans l'ensemble des régimes (de base et complémentaire) au-dessus d'un certain montant.
Comment Calculer le Minimum Contributif Majoré ?
Pour calculer le montant de la pension de retraite auquel vous avez droit, on tient compte de 2 paramètres :
- le nombre de trimestres cotisés c'est-à-dire les trimestres au cours desquels vous avez effectivement versé des cotisations retraite (ou que vous avez rachetés, éventuellement) ;
- et les trimestres validés, qui se composent des trimestres cotisés auxquels on ajoute tous les trimestres obtenus pendant les périodes de chômage, de maladie, de maternité, ainsi que les trimestres de majoration pour enfants… En bref, tous les trimestres dont vous bénéficiez sans avoir cotisé.
Il peut exister 3 cas de figure :
- Vous avez dépassé l'âge légal de départ à la retraite et vous totalisez le nombre requis de trimestres cotisés : votre pension ne pourra pas être inférieure au minimum contributif majoré.
- Vous avez dépassé l'âge minimum de la retraite et vous totalisez bien le nombre requis de trimestres validés, mais vous n'avez pas suffisamment de trimestres cotisés. Dans ce cas, votre pension ne pourra pas être inférieure au minimum contributif simple, augmenté d'une majoration qui est calculée de la façon suivante :
- Si vous avez moins de 120 trimestres cotisés, vous n'avez droit à aucune majoration : vous percevrez le minimum contributif simple, non majoré
- Si vous avez entre 120 trimestres et la durée d'assurance requise, vous percevez une majoration proportionnelle au nombre de trimestres cotisés que vous totalisez, par rapport à la durée requise.
- Vous avez dépassé l'âge de la retraite à taux plein (67 ans) et vous ne totalisez pas le nombre de trimestres validés requis : dans ce cas, le montant plancher de votre retraite représentera une fraction du minimum contributif non majoré.
Le Minimum Garanti pour les Fonctionnaires
Pour les fonctionnaires, le minimum garanti est en théorie le « montant plancher » de la retraite de base. Il est attribué aux fonctionnaires dont la pension est peu élevée. Son versement n'est pas conditionné au respect d'un plafond de ressources global (c'est-à-dire tous revenus confondus). En revanche, comme le minimum contributif, il ne peut pas permettre de porter la somme totale des pensions de retraite (tous régimes confondus) au-dessus d'un certain montant. En cas de dépassement, le minimum garanti est réduit en proportion.
Pour bénéficier du minimum garanti, vous devez remplir l'une de ces conditions au moment de prendre votre retraite :
- Avoir validé le nombre de trimestres d'assurance requis (tous régimes confondus) pour bénéficier d'une retraite à taux plein ;
- Avoir atteint la limite d'âge ;
- Avoir atteint l'âge d'annulation de la décote ;
- Être admis à la retraite pour invalidité d'origine professionnelle ou non professionnelle ;
- Avoir droit à la retraite anticipée en tant que parent d'un enfant invalide, handicapé à 80 % ou atteint d'une infirmité ou maladie incurable.
Le montant de votre « minimum garanti » variera en fonction de votre ancienneté en tant que fonctionnaire.
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